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Libye : des chefs islamistes armés affirment que Belmokhtar est en vie

Alors que des informations contradictoires circulent sur l’émir algérien, plusieurs appels ont été lancés pour que les islamistes armés de l’EI et d’al-Qaïda se rassemblent sous une même bannière en Libye
Les renseignements algériens, qui disent ne pas savoir si Belmokhtar est mort ou en vie, considèrent toutefois que s’il avait été tué, l’information aurait circulé parmi les tribus de la région (AFP)

ALGER – Mokhtar Belmokhtar, l’Algérien le plus recherché, est-il toujours en vie ?

Selon des sources sécuritaires libyennes en relation avec des islamistes armés, citées par El Majalaa, magazine saoudien basé à Londres, Mokhtar Belmokhtar, émir affilié à al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) annoncé mort par les Américains en 2013, 2015 et 2016, est bien en vie.

Alors que trois de ces islamistes assurent que celui que l’on surnomme « Le Borgne » a été tué par une frappe américaine à Derna (il y en a eu plusieurs depuis 2015), les deux autres, des chefs, affirment qu’il s’en est sorti vivant – il se trouverait aujourd’hui entre les frontières avec le Tchad, le Niger et le Mali.

Des sources sécuritaires algériennes contactées par Middle East Eyese disent sceptiques : « Le rapprochement entre Belmokhtar et l’EI est tout simplement impossible. Parce que Daech en Libye a condamné à mort Belmokhtar en 2015. Ce dernier a même échappé à une tentative d’assassinat », explique une source proche des renseignements militaires. 

Les renseignements algériens, qui disent ne pas savoir si Belmokhtar est mort ou en vie, considèrent toutefois que s’il avait été tué, l’information aurait circulé parmi les tribus de la région. Selon eux, il est aussi possible que, grièvement blessé à la suite d’une frappe, il soit aujourd’hui très diminué, ce qui expliquerait sa mise à l'écart d'al-Mourabitoune. 

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Selon les confessions des islamistes, accusés d’agir au nom du groupe État islamique (EI) tout en collaborant avec al-Mourabitoune (affilié à AQMI et membre du groupe créé en février 2017 réunissant plusieurs groupes du Sahel), le chef d’al-Qaïda, Belmokhtar, tout en restant très attaché à son allégeance à Ayman al-Zawahiri, aurait laissé certains de ses lieutenants coopérer avec des responsables de l’EI, en particulier « son bras droit, Yahia Abou al-Hammam ». 

Yahia Abou al-Hammam, responsable de l’émirat du Sahara, n’a dans l’organigramme d’AQMI, aucun lien avec Mokhtar Belmokhtar (capture d’écran)

Ce dernier, Djamel Okacha de son vrai nom, un Algérien de 40 ans, numéro deux d’AQMI derrière Abdelmalek Droukdel, aurait été aperçu au cours de ces derniers mois avec plusieurs responsables d’AQMI et de l’EI dans différentes régions du sud libyen, notamment à la frontière avec l’Algérie et le Niger. Une démarche qu’il n’aurait jamais entreprise sans l’aval de Bemokhtar, affirment les islamistes libyens. 

« Là encore, cela semble invraisemblable : d’abord parce que Mokhtar Belmokhtar et Yahia Abou al-Hammam ne se sont pas vus depuis 2012 ou 2013, à l’époque où les groupes islamistes occupaient le nord du Mali », poursuit un ex-cadre algérien de lutte antiterroriste. 

Appels à l’unification face à Haftar

« Même s’ils obéissent aux mêmes chefs, Abdelmalek Droukdel et Ayman al-Zawahiri, ils n’ont pas de relations organiques. Par ailleurs, al-Mourabitoune ne prendrait jamais cette décision de manière unilatérale puisqu’il s’est rangé à la collégialité du groupe d’Iyad ag-Ghali, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans au Maghreb islamique ». 

Selon les sources sécuritaires libyennes citées par El Majalaa, un rapprochement serait d’ailleurs en cours entre al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et le groupe État islamique (EI) en Libye. 

Abou Walid al-Sahraoui serait à la tête du groupe se revendiquant de l'EI le plus important en Afrique du nord (capture d'écran Al-Jazeera)

« Ces derniers mois, il y a eu en effet de nombreux appels pour unifier les combattants en Libye sous la bannière d’une seule organisation afin de faire face aux coups assenés par l’Armée nationale libyenne [ANL] de Haftar », souligne un de nos interlocuteurs qui suit l’activité des groupes en Libye. 

« Certains de ces appels ont été publiés sur Twitter par certains groupes islamistes armés, différentes brigades d’al-Qaida ou le Conseil de la Choura des moudjahidine en Libye. Cela n’a pas étonné les différents services de sécurité qui ont capté cet activisme secret ayant pour objectif d’unifier quatorze organisations et groupes armés libyens. Plus surprenant, des groupes ayant prêté allégeance à l’EI ont accepté des négociations. »

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À plusieurs reprises, des combattants de l’EI auraient même été repérés dans des positions d’al-Qaïda, en particulier dans le sud libyen, sans que cela débouche sur des combats. 

« Les tentatives d’unification ont commencé en février 2018. Elles ont été menées notamment par des dissidents du Conseil de la Choura des moudjahidine de Derna et des conseils d’autres villes libyennes. Le Conseil de la Choura des moudjahidine de Derna a d’ailleurs changé de nom pour s’appeler désormais ''La force de protection de Derna''. Et parce que cette appellation ne correspond plus à la doctrine salafiste djihadiste, cela a provoqué des dissidences. 

Selon des informations recueillies par MEE, un rapprochement serait aussi à l’œuvre entre l’EI et AQMI au Sahel. « Il n’est pas encore question de fusion, mais on relève que les deux groupes, chacun dans leurs zones d’influence, ont évolué de l’hostilité à la non-hostilité. »