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Une histoire d’amour entre une juive et un Palestinien interdite dans les lycées d’Israël

Le ministre israélien de l’Éducation a interdit l’étude du roman hébreu Borderlife qui relate une histoire d’amour entre une Israélienne et un Palestinien
Photo d’archive d’une manifestation organisée par le groupe d’extrême droite israélien Lehava, opposé aux unions entre juifs et non-juifs
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Un roman racontant une histoire d’amour entre une Israélienne et un Palestinien a été interdit dans les lycées en Israël, ont indiqué les médias du pays mercredi.

Selon le site du quotidien israélien Haaretz, le ministre de l’Éducation a interdit l’étude du roman Gader Haya, écrit par Dorit Rabinyan, dans les lycées israéliens afin de maintenir « l’identité et l’héritage des élèves dans chaque secteur ».

Le ministère a mentionné comme raison de l’interdiction du livre la croyance selon laquelle « les relations intimes entre juifs et non-juifs menacent l’identité distincte ». Le ministère a également exprimé son inquiétude face au fait que « de jeunes adolescents ne disposent pas d’une vision systémique incluant des considérations relatives au maintien de l’identité nationale-ethnique du peuple et à la signification des unions mixtes ».

Le roman, rédigé en hébreu – et traduit en anglais par Borderlife (vie à la frontière) –, raconte l’histoire de Liat, une traductrice israélienne, et d’Hilmi, un artiste palestinien, qui se rencontrent à New York où ils tombent amoureux avant de retourner à Tel Aviv et Ramallah, respectivement. 

Le roman ayant reçu le prix Bernstein pour les jeunes écrivains – un prix littéraire israélien décerné annuellement –, plusieurs enseignants du pays en avaient recommandé l’étude dans les classes de littérature de niveau avancé, a indiqué Haaretz, citant une source anonyme. 

Un comité éducatif avait approuvé la requête, mais deux officiels de haut rang du ministère de l’Éducation en ont décidé autrement, disqualifiant le livre.

Le responsable des études littéraires du ministère, Shlomo Herzig, a fait appel de la décision, déclarant : « Le grave problème de la société israélienne aujourd’hui est la terrible ignorance et le racisme qui s’y répandent, et non pas les mariages mixtes ».

« Le plus horrible péché qui vient à l’esprit lorsque l’on enseigne la littérature, et d’autres sujets, consiste à éliminer certaines ou toutes les œuvres qui n’ont pas notre préférence en raison de considérations éthiques. Dans une telle situation, il n’y alors aucune raison d’enseigner la littérature en général », a poursuivi Herzig. 

« Si nous avions voulu que nos élèves étudient seulement des œuvres ‘’respectables’’ et conservatrices, nous nous serions retrouvés sans programme scolaire, ou avec une liste d’œuvres littéraires superficielles et sans intérêt. Des œuvres internationales extraordinaires comme Crime et Châtiment [évoquant l’assassinat de deux vieilles femmes], Anna Karénine (la trahison et l’adultère), Macbeth (le meurtre d’un roi et de ses proches) ne seraient pas intégrées au programme dans un monde littéraire à l’éthique ‘’respectable’’. »

L’appel d’Herzig a été rejeté.

Neftali Bennett – qui dirige le parti israélien pro-colonisation Foyer juif et occupe actuellement le poste de ministre de l’Éducation – a approuvé l’interdiction du livre.

« Le ministre soutient la décision prise par les professionnels », a indiqué le cabinet de Bennett dans un communiqué.

Le mariage mixte entre Palestiniens et Israéliens juifs est mal vu par certains dans la société israélienne. Une manifestation médiatisée avait été organisée en août de l’année dernière par le groupe d’opposition aux unions mixtes Lehava lors du mariage d’un musulman et d’une femme issue d’une famille juive.

Traduction de l’anglais (original).