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Selon le mouvement BDS, la liste de 112 sociétés liées aux colonies israéliennes est « incomplète »

La « liste de la honte » publiée par l’ONU est un premier pas, estime le mouvement appelant au boycott, mais d’autres compagnies de premier plan « sont irréfutablement impliquées dans l’entreprise de colonisation illégale d’Israël »
Un travailleur palestinien expose des concombres tandis qu’un homme juif fait ses courses dans un grand supermarché juif, dans le bloc de colonies de Goush Etzion (AFP)
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Airbnb, Expedia, TripAdvisor, Booking… Mercredi, l’ONU a publié une liste de 112 sociétés ayant des activités dans les colonies israéliennes, considérées comme illégales par le droit international.

Une liste saluée par le mouvement BDS (boycott, désinvestissement et sanctions), qui appelle au boycott économique, culturel ou scientifique d’Israël afin d’obtenir la fin de l’occupation et de la colonisation des territoires palestiniens.

« La société civile palestinienne salue cette liste onusienne longtemps attendue de compagnies qui sont complices de l’entreprise de colonisation illégale d’Israël, ce qui constitue un crime de guerre selon le droit international », a indiqué le mouvement dans un communiqué, en soulignant toutefois que cette « liste de la honte » n’était pas complète.

Traduction : « L’entreprise française AXA est complice de l’apartheid israélien, avec 91 millions de dollars investis dans le fabricant d’armes israélien Elbit Systems et des banques israéliennes finançant des colonies illégales. Une compagnie d’assurance devrait protéger des vies et non les détruire. »

La liste comprend 94 entreprises ayant leur siège en Israël, dont plusieurs banques – Leumi, Bank of Jerusalem et d’autres dans lesquelles le groupe AXA investit – et des firmes dans des secteurs divers comme l’industrie, les télécoms ou l’alimentaire, notamment.

Les dix-huit autres sociétés sur la liste se répartissent entre six pays différents.

Parmi les noms de compagnies internationales cités, on trouve la firme française Alstom, l’Américaine Motorola Solutions ou encore Altice Europe (télécoms, médias).

« Deux entreprises françaises sont concernées, Egis et Egis rail (filiales de la Caisse des dépôts) et Alstom », souligne l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) dans un communiqué publié le 13 février.

« Ce sont des entreprises que l’AFPS et ses partenaires associatifs et syndicaux avaient mises face à leurs responsabilités depuis juin 2018 lors de campagnes d’opinion pour leur implication dans le tramway de Jérusalem. Elles ont renoncé suite à cette campagne citoyenne à répondre aux nouveaux appels d’offre mais leur engagement est plus ancien et plus profond : elles doivent maintenant se retirer de toute implication dans la colonisation israélienne de la Palestine. »

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Mais « de nombreuses entreprises et banques impliquées, directement ou indirectement, dans des activités commerciales dans ou avec les colonies, ne sont pas encore incluses dans la base de données », souligne le BDS. 

« G4S, les compagnies Hewlett Packard, Elbit Systems, Caterpillar, Hyundai Heavy Industries, Volvo, Heidelberg Cement et Cemex font partie des nombreuses autres compagnies de premier plan qui sont irréfutablement impliquées dans l’entreprise de colonisation illégale d’Israël, comme cela a été méticuleusement documenté par des groupes de défense des droits humains, le groupe de recherche israélien WhoProfits et le projet américain de l’American Friends Service Committee [quaker] Investigate. »

L’AFPS note aussi que « de nombreuses entreprises, comme Caterpillar, Hyundai Heavy Industries ou Volvo, dont l’implication dans les colonies ne fait aucun doute, ne figurent pas dans cette liste. Il faut donc maintenant la compléter et l’actualiser en dehors de toute pression ».

« Nous attendons des autorités françaises qu’elles envoient des messages très clairs aux entreprises encore présentes dans les colonies, dès lors qu’elles ont une activité en France. Nous attendons des autorités françaises qu’elles interdisent les produits des colonies israéliennes sur notre territoire. Ce serait l’occasion pour la France de dépasser les seules condamnations verbales et de montrer qu’elle entend remplir ses obligations d’État et contribuer à faire cesser les violations du droit par Israël », peut-on lire encore dans le communiqué.

« Nous attendons des autorités françaises qu’elles envoient des messages très clairs aux entreprises encore présentes dans les colonies »

- L’Association France Palestine Solidarité

Les services de Michelle Bachelet, la Haut-Commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, ont indiqué avoir passé en revue plus de 300 sociétés.

La liste diffusée mercredi en identifie finalement 112, pour lesquelles « il y a des bases raisonnables pour conclure qu’elles ont été impliquées dans une ou plusieurs activités particulières référencées » dans la résolution de 2016 du Conseil des droits de l’homme de l'ONU demandant une « base de données de toutes les entreprises engagées dans des activités particulières liées aux colonies israéliennes dans les territoires palestiniens occupés ».

Les compagnies figurant sur la liste n’ont toutefois pas vocation à y rester pour toujours, le rapport demandant une révision annuelle, et leur sortie s’il est démontré que les activités en question ont cessé.

La publication de la liste par l’ONU a été saluée par des officiels palestiniens et les soutiens de la cause palestinienne, tandis que les réactions ont été virulentes du côté israélien.

« Quiconque nous boycotte sera boycotté »

Le chef de la diplomatie palestinienne Riyad al-Maliki a salué « une victoire pour le droit international et nos efforts diplomatiques ».

Cette liste va contribuer à « assécher les puits du système colonial incarné par les colonies illégales dans les territoires palestiniens occupés », a-t-il poursuivi.

Le secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Saeb Erakat, a également salué un « premier pas crucial pour restaurer l’espoir dans le droit international ». « Cette annonce [...] consolide la crédibilité du Conseil des droits de l’homme et des organisations internationales face à l’attaque violente et la pression intense de l’administration Trump sur ces institutions », a-t-il ajouté.

Un responsable de l’ONG Human Rights Watch, Bruno Stagno, a salué la publication de cette liste, qui « devrait être un avertissement pour toutes les entreprises : faire des affaires dans des colonies illégales revient à aider des crimes de guerre ».

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a quant à lui lancé une menace de rétorsion : « Quiconque nous boycotte sera boycotté. Nous rejetons fermement ce geste méprisable », a-t-il indiqué dans un communiqué.

La liste de l’ONU est « une reddition honteuse aux pressions de pays et d’organisations qui veulent causer du tort à Israël », a réagi de son côté le ministre israélien des Affaires étrangères Israel Katz. Il s’est toutefois félicité du fait qu’une « majorité des pays ait refusé de se joindre à cette campagne de pression politique ».

Pour le conseil de Yesha, la plus importante organisation de colons, l’ONU a « une fois encore prouvé qu’elle était un organisme [...] non neutre qui agit contre l’État d’Israël ».

Traduction : « Nous condamnons fermement la publication d’une liste noire par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies qui pourrait être utilisée pour des actions discriminatoires contre Israël. Cette liste noire est clairement conçue pour cibler les entreprises américaines et israéliennes par des boycotts et autres actions punitives. »

Environ 450 000 colons juifs sont implantés dans des colonies en Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis plus d’un demi-siècle et où vivent quelque 2,7 millions de Palestiniens, selon des dernières données des autorités israéliennes. 

En incluant Jérusalem-Est, secteur de la ville sainte également conquis par Israël en 1967 puis annexé, plus de 600 000 colons sont établis dans les territoires palestiniens occupés.