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Retrait américain de l’accord sur le nucléaire : quelles sont les options de l’Iran ?

Suite à la décision du président américain Donald Trump de se retirer de l’accord sur le nucléaire iranien, Téhéran doit faire son choix parmi une gamme d’options risquées

Qu’est-ce qui permet à deux ennemis jurés de célébrer simultanément la matérialisation d’une cause commune ? Aussi étrange que cela puisse paraître, le président américain Donald Trump est devenu le catalyseur qui a permis à ce phénomène rarissime de se produire.

En annonçant le retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien – connu sous le nom de Plan d’action conjoint ou Accord de Vienne –, Trump a apporté la plus grande joie aux camps d’extrême droite tant en Israël qu’en Iran.

Alors que le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a acclamé la « décision courageuse » du président américain, les partisans de la ligne dure en Iran ont inondé leurs médias de commentaires jubilatoires sur la décision américaine et de reproches à l’encontre du président iranien Hassan Rohani et de son ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif pour avoir fait confiance au Grand Satan.

Sanctions draconiennes

Trump a fondé sa décision sur la doctrine de Netanyahou : « fix it or nix it » (« réparez-le ou supprimez-le »). En choisissant le « nix it », et en rompant un accord international approuvé par le Conseil de sécurité des Nations unies, le président américain a clairement violé le droit international.

Trump a également signé une note qui déclenche la réimposition d’une partie des sanctions liées au nucléaire, lesquelles avaient été levées progressivement à partir de janvier 2016. La réintroduction des sanctions les plus draconiennes – celles ciblant les secteurs bancaire et énergétique iraniens – aura lieu dans les 180 jours à venir.

En annonçant le retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien, Trump a apporté la plus grande joie aux camps d’extrême droite tant en Israël qu’en Iran

L’Iran se retrouve à présent entre le marteau et l’enclume. D’un côté, de hauts responsables iraniens, dont le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, ont menacé à plusieurs reprises que si les États-Unis abandonnaient l’accord, l’Iran en ferait de même.

« [Toute sanction] des pays adverses dans les négociations [sur le nucléaire], [sous n’importe quel prétexte, y compris] de fausses excuses répétées de soutien au terrorisme ou [de violation des] droits de l’homme », rendrait l’accord nul et non avenu, a écrit Khamenei dans une lettre ouverte à Rohani. « Si les États-Unis déchirent l’accord, nous le jetterons au feu », a prévenu le guide suprême à une autre occasion.

À la lumière de ces déclarations et d’autres du même ordre, opter pour une réponse passive face à la décision de Trump serait embarrassant pour Téhéran et porterait un coup significatif au statut du guide et des autres responsables iraniens.

Le président américain Donald Trump signe un document rétablissant les sanctions contre l’Iran après l’annonce du retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien le 8 mai 2018 (AFP)

D’autre part, l’économie iranienne est en profonde stagnation et la monnaie du pays, le rial, ne cesse de baisser. Le rial a perdu plus de la moitié de sa valeur depuis octobre. L’Iran ne veut donc pas être isolé au moment où il est soumis à d’immenses pressions économiques.

Néanmoins, toute réponse sérieuse de la part de Téhéran et susceptible de se traduire par une violation du Plan d’action conjoint risque d’endommager les relations de l’Iran avec l’Union européenne (UE). Cette dernière a déclaré qu’elle resterait dans l’accord malgré la sortie des États-Unis.

Comme évoqué ailleurs, Israël, Trump et ses conseillers comptent sur la poursuite des manifestations qui ont eu lieu plus tôt cette année dans près de 80 villes iraniennes, et qui ont été en grande mesure alimentées par des difficultés économiques.

Les options de l’Iran

L’Iran pourrait choisir de déclencher l’article 36 du Traité de Vienne et déposer une plainte auprès de la Commission mixte, laquelle est composée des représentants de l’Iran, de l’Union européenne et des pays du P5 + 1 (Chine, France, Allemagne, Russie, Royaume-Uni et États-Unis).

Si cette procédure ne résout pas le problème, l’Iran pourrait alors saisir le Conseil de sécurité de l’ONU. Si cela devait se produire, non seulement les États-Unis pourraient opposer leur veto à toute résolution, mais ils auraient également des raisons de suspendre leurs propres engagements dans le cadre de l’accord. Or, cette option est beaucoup trop risquée pour l’Iran.

Téhéran pourrait choisir de relancer une partie de son programme nucléaire actuellement interdite par le Plan d’action. Ainsi, immédiatement après le discours de Trump, Rohani a demandé à l’Organisation de l’énergie atomique d’Iran (OEAI) de se préparer à reprendre l’enrichissement nucléaire au niveau industriel. « J’ai ordonné à l’OEAI d’aller de l’avant avec les préparatifs nécessaires pour reprendre l’enrichissement au niveau industriel sans aucune limite », a-t-il déclaré en réponse à la décision de Trump.

L’Iran pourrait également choisir d’augmenter les essais de ses missiles balistiques. Contrairement aux affirmations des Américains, le programme de missiles balistiques de l’Iran ne viole pas la résolution 2231 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui a entériné le Traité de Vienne

Si l’Iran devait exercer cette option, cela supprimerait toute possibilité de coopération économique avec l’UE. Malgré la rhétorique de Rohani, l’Iran ne choisira pas cette voie, du moins pas dans l’immédiat.

Le protocole additionnel, que l’Iran a accepté en vertu de l’accord, donne aux inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) la capacité de mener des inspections approfondies et sans préavis sur les sites nucléaires iraniens. La sortie de ce protocole constituerait une violation de l’accord et dissuaderait l’UE de prendre parti pour l’Iran et contre Trump.

En outre, le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Ali Shamkhani, a récemment déclaré que l’Iran pourrait se retirer du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) si Trump sabordait l’accord nucléaire. Cela est très peu probable.

Même lorsque l’Iran vivait sous les sanctions les plus draconiennes, de 2005 à 2015, il ne s’est pas retiré du TNP. Ceci malgré le fait que le pays était alors au bord de la guerre avec les États-Unis et Israël (lui-même non signataire du TNP).

Les tactiques d’intimidation américaines

L’Iran pourrait également choisir d’augmenter les essais de ses missiles balistiques. Contrairement aux affirmations des Américains, le programme de missiles balistiques de l’Iran ne viole pas la résolution 2231 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui a entériné le Traité de Vienne. Quoi qu’il en soit, cette option pourrait provoquer une grande colère aux États-Unis et une certaine frustration en Europe.

Si l’Iran pourrait effectuer plusieurs tests pour répondre aux tactiques d’intimidation des Américains, il n’augmentera pas la portée de ses missiles. Pourquoi ? Téhéran est bien conscient qu’une telle mesure pourrait mener à un conflit militaire.

Quelle mesure l’Iran prendra-t-il alors ? Pour le moment, rien. Javad Zarif a déjà confirmé ce point dans un tweet : « En réponse aux violations persistantes des États-Unis et au retrait illégal de l’accord sur le nucléaire, ainsi que l’a demandé le président Rohani, je dirigerai un effort diplomatique visant à examiner si les membres restants du Plan d’action conjoint peuvent en garantir tous les bénéfices pour l’Iran. Le résultat déterminera notre réponse. »

La priorité de l’Iran est de vendre du pétrole. Depuis janvier 2016, les exportations brutes du pays ont plus que doublé, atteignant 2,6 millions de barils par jour en avril dernier, et environ 1,5 million de barils par jour en 2016. Cette augmentation est essentiellement due aux livraisons de pétrole iranien aux raffineries de l’UE.

Dans ce contexte, les vents de la guerre, qui ont commencé à souffler il y a plusieurs semaines en Syrie entre l’Iran et Israël, ont fait monter le niveau d’incertitude dans la région

Si les Européens ne parviennent pas à persuader Trump de s’abstenir de réimposer des sanctions – ce qui peut arriver partiellement les 4 août et 4 novembre prochains – et, qu’en conséquence, les exportations pétrolières iraniennes diminuent significativement alors que le système bancaire du pays se retrouve paralysé, l’Iran exercera une ou plusieurs de ces options.

Dans ce contexte, les vents de la guerre, qui ont commencé à souffler il y a plusieurs semaines en Syrie entre l’Iran et Israël, ont fait monter le niveau d’incertitude dans la région.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : une Iranienne passe devant une peinture accrochée au mur de l’ancienne ambassade américaine à Téhéran, la capitale iranienne, le 8 mai 2018 (AFP).

Traduit de l’anglais (original).