Aller au contenu principal

Découverte du « plus grand » gisement de gaz méditerranéen au large de l'Égypte

Autrefois exportatrice, l'Égypte est devenue importatrice nette de gaz ces dernières années, une tendance qui pourrait bien être inversée grâce à cette découverte
L'entreprise énergétique italienne ENI a découvert un gisement de gaz dont le potentiel est estimé à 850 milliards de mètres cubes au large des côtes égyptiennes (AFP)

Le géant italien de l'énergie, ENI, a annoncé dimanche la découverte, dans les eaux territoriales de l'Égypte, du « plus grand » gisement de gaz naturel offshore jamais découvert en Méditerranée.

Selon un communiqué d'ENI, cette découverte, confirmée par le ministère égyptien du Pétrole, pourrait représenter un potentiel de 850 milliards de mètres cubes de gaz pauvre sur une superficie d'environ 100 mètres carrés. La société italienne travaille en Égypte depuis 1954.

Selon ENI, ce projet, baptisé Zohr, constitue « la plus grande découverte de gaz jamais réalisée en Égypte et dans la mer Méditerranée » et permettra de répondre aux besoins de l'Égypte en gaz naturel pendant au moins une décennie. Le forage pourrait commencer dès l'année prochaine.

ENI précise que le gisement, qui constitue potentiellement l'un des plus grands gisements de gaz naturel jamais découvert à l'échelle mondiale, se situe à une profondeur de 1 450 mètres dans la zone de Shorouk.

Mohamed Abu Basha, économiste spécialiste de l'Égypte chez EFG Hermes, a indiqué au Financial Times : « ceci permettra potentiellement d'apaiser la situation énergétique du pays à la fois en termes d'approvisionnement et de prix ». « Il s'agit également d'une source potentielle de devises étrangères. »

Selon Mohamed Abu Basha, Zohr représente 45 % des réserves de l'Égypte.

Les fluctuations du gaz

Cette découverte intervient après que le pays, où les coupures d'électricité sont particulièrement fréquentes en période estivale quand la demande est forte, est passé du statut d'exportateur net de gaz naturel à celui d'importateur net, ce qui serait en grande partie imputable à une mauvaise gestion du secteur, comme l'ont indiqué certains analystes à MEE.

L'analyste énergétique Tareq Baconi a indiqué à MEE : « avant de devenir importatrice nette, l'Égypte était autrefois capable d'approvisionner Israël et la Jordanie en gaz de manière instantanée ». « Ce changement peut être expliqué par la gestion historique du secteur énergétique. »

En 2014, un documentaire d'Al Jazeera a révélé qu'au cours des années 2000, le pays avait perdu au moins 417 millions de dollars en vendant du gaz à Israël à un prix dérisoire par l'intermédiaire d'une entreprise israélo-égyptienne fondée par d'anciens membres des services de renseignement reconvertis dans les affaires.

Lorsque MEE a enquêté sur les échanges entre BP et la société gazière nationale égyptienne, l'ancien député égyptien Hatem Azzam, qui dispose de vingt ans d'expérience dans ce secteur, a affirmé que des responsables égyptiens avaient investi des sommes dues à ces sociétés dans des équipes de football ainsi que dans des sociétés et des emplois fictifs destinés à des amis ou à des proches.

Après vingt années de négociation sans produire de gaz sur deux concessions offshore égyptiennes, l'enquête a révélé que BP et son partenaire, RWE Dea, étaient sur le point de percevoir 100 % des bénéfices issus de l'exploitation des deux concessions après versement des redevances et des taxes.

À la lumière de l'accord entre BP et RWE Dea, Hatem Azzam s'est interrogé dimanche sur les modalités du contrat entre ENI et l'Égypte pour la concession Zohr.

En juin dernier, l'Égypte a accumulé quelque 7,5 milliards de dollars de dettes auprès de compagnies pétrolières et gazières, ce qui, selon certains analystes, a placé le pays dans une position délicate pour les négociations avec les multinationales.

Mais ces derniers mois, on estime qu'au moins la moitié de cette dette a été remboursée, renforçant ainsi la confiance des sociétés internationales implantées dans le pays et en attirant d'autres sur le marché.

Le PDG d'ENI, Claudio Descalzi, s'est récemment rendu au Caire pour évoquer cette découverte avec les dirigeants égyptiens, y compris le président Abdel Fattah al-Sissi.

Dans une déclaration, il a affirmé : « cette découverte historique peut transformer le scénario énergétique en Égypte ».

Les géologues estiment que le bassin Levantin, une zone extracôtière de Méditerranée orientale adjacente aux eaux territoriales égyptiennes et qui borde le littoral de la Syrie, de la Jordanie, du Liban, d'Israël, des territoires palestiniens occupés et de Chypre, pourrait contenir au moins 3 454 milliards de mètres cubes de gaz naturel, soit quatre fois plus que dans le seul gisement Zohr.


Traduction de l’anglais (original) par VECTranslation.