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En Égypte, des émeutes éclatent après un rationnement du pain subventionné

Dans un contexte de crise économique, des Égyptiens ont manifesté dans les rues d’Alexandrie, de Gizeh, de Minya et dans d’autres régions, le gouvernement ayant décidé de limiter la distribution de pains subventionnés
Inflation galopante, pénuries et rationnement : les Égyptiens les plus nécessiteux, pris à la gorge, manifestent depuis deux jours (@mustafadofdaa)
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Ce mardi dans plusieurs villes du pays, les Égyptiens ont manifesté pour protester contre les coupes du gouvernement dans la distribution de pain subventionné, dans un contexte de sérieuse crise économique et de rationnement alimentaire.

Des témoignages et des vidéos postés sur les réseaux sociaux montrent la foule au centre d’Alexandrie en train de manifester alors que les boulangeries ont refusé de prendre les bons de rationnement qu’utilisent de nombreux Égyptiens nécessiteux pour obtenir la ration de pain attribuée par l’État.

Des manifestations ont aussi été observées à Minya, Desouk et à Imbaba dans la banlieue du Caire.

Elles sont survenues alors que le ministre de l’Approvisionnement, Ali Moselhy, a coupé les deux tiers de la quantité de pains subventionnés fabriqués en boulangerie qui étaient accordés chaque jour aux détenteurs de bons. Un système de paiement par carte, différent des bons, n’a pas été affecté par ces coupes. Ce nouveau système remplace les bons en papier. Il doit permettre un contrôle étatique plus strict et prévenir les vols de farine subventionnée dans les boulangeries.

Des affrontements ont éclaté entre la police et les manifestants qui ont bloqué l’axe principal d’Imbaba.

« La plupart des familles dans les régions pauvres possèdent des bons de rationnement. Pendant des années, nous avons essayé d’obtenir des cartes électroniques mais il faut verser des pots-de-vin aux fonctionnaires pour que votre dossier soit suivi », témoigne Montaser Awad, qui a protesté à Gizeh, à Middle East Eye.

Somaya, une femme au foyer d’Imbaba, raconte que vers 10h30, tous les pains subventionnés avaient été distribués, et elle n’a pas pu retirer les vingt miches qui sont attribuées chaque jour à sa famille.

« Le gouvernement essaie de limiter les dépenses alors il fait pression sur les pauvres. J’ai droit à vingt miches pour une famille de cinq personnes », précise-t-elle.

Selon Somaya, les manifestants ont d’abord exprimé leur frustration aux décideurs et quand les policiers sont arrivés, ils se sont tournés vers eux.

Les témoignages sur les réseaux sociaux suggèrent que la police a tiré des coups de semonce au-dessus des têtes des manifestants à Imbaba, des informations que MEE n’a pas pu recouper.

Traduction : « Soulèvement du pain ‫#انتفاضة_التموين est le hashtag le plus tendance en Égypte alors que des émeutes du pain ont éclaté dans tout le pays ».

Selon Saed, employé au bureau d’approvisionnement du gouvernement à Monera al-Gharbya, le problème dure depuis deux jours maintenant. Il ajoute que plusieurs représentants du ministère et de la province se sont déplacés pour négocier avec les habitants, en vain.

Le bureau où travaille Saed a été caillassé par les citoyens qui scandaient des slogans contre le gouvernement. « Ils étaient environ une centaine, hommes et femmes. Je ne peux pas leur vouloir. Mais nous travaillons juste pour le gouvernement. À la maison, nous sommes confrontés aux mêmes problèmes qu’eux. »

Saed explique que des ordres ont été donnés pour arrêter la distribution de bons. « Nous avions l’habitude d’en distribuer pour 1 500 miches de pain mais maintenant, nous en donnons seulement pour 500. La raison pour laquelle le gouvernement a fait cela, c’est parce qu’il a vu que le nombre de pains consommés était énorme. »

Abdel Sabour, un autre manifestant, s’est débrouillé pour obtenir les vingt miches de pain qu’il espérait. « Je n’avais pas eu de petit-déjeuner. Le gouvernement doit revenir sur cette décision. »

Voies ferrées bloquées

Selon des tweets des manifestants, les officiers de police et les forces de sécurité ont demandé aux protestataires de rentrer chez eux, en leur disant que leurs revendications seraient satisfaites s’ils arrêtaient de manifester.

Selon d’autres témoignages, la voie ferrée entre Le Caire et Minya dans la Haute-Égypte a également été bloquée par les manifestants. Même chose à la gare ferroviaire de Desouk, à 8 kilomètres à l’est d’Alexandrie, dans la province de Kafr al-Sheikh.

« Nous voulons manger ! Nous voulons du pain ! », ont scandé les manifestants dans ce qui semblait être des démonstrations pacifiques, selon les journalistes égyptiens sur place.

Le gouvernement a récemment levé les subventions sur des produits de base, et a souffert de pénuries sur d’autres produits de première nécessité. L’Égypte traverse actuellement une crise et une inflation galopante de plus de 20 %.

Moselhy a remplacé en février le général-major Mohammed Ali al-Sheikh comme ministre de l’Approvisionnement après des pénuries généralisées de sucre.

Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Shoukry, se trouvait lundi à Bruxelles pour discuter de la situation politique et sociale dans le pays avec ses homologues membres de l’Union européenne (UE).

Shoukry a déclaré qu’il espérait que l’Europe comprendrait « la nature du processus de réforme mené par l’Égypte » et a affirmé qu’il comprenait les défis politique et sécuritaires actuels.

Traduction : « En Égypte, le pain est appelé « vie » parce que les pauvres dépendent de ça pour vivre. Voilà pourquoi quand il est menacé, il y a des révoltes ‫#انتفاضة_التموين »

Traduit de l'anglais (original).