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Pour le prince Hicham Alaoui, le roi du Maroc et les islamistes sont des « frères siamois »

À une semaine des élections législatives au Maroc, le cousin de Mohammed VI, exilé aux États-Unis, publie une nouvelle tribune pour dénoncer le pacte entre le pouvoir marocain et les islamistes
Hicham Alaoui est surnommé le « Prince rouge » pour ses positions critiques envers le pouvoir marocain (AFP)
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« Bloquée », « incapable de se réformer », « autoritaire » : le prince Hicham Alaoui, le cousin du roi du Maroc Mohammed VI, signe dans l’hebdomadaire français L’Obs ce jeudi une nouvelle charge contre le pouvoir marocain.

Connu pour ses positions critiques qui lui ont valu le surnom de « Prince rouge », il analyse les enjeux politiques des prochaines élections législatives qui se tiendront au Maroc le 7 octobre dans une tribune intitulée « Le parti islamiste et la monarchie marocaine sont liés comme des frères siamois ».

Il explique qu’« historiquement, les élections parlementaires au Maroc ont été des exercices de gestion politique, de cooptation et d’ajustement au service du statu quo », et qu’à ce titre, « les élections [législatives] d’octobre ne feront pas exception ».

Il y fait une analyse de la stratégie d’Abdelilah Benkirane, secrétaire général du Parti de la justice et du développement (PJD) et chef du gouvernement, qui a accédé au pouvoir après les élections de 2011, dans le sillage des Printemps arabes, des contestations de rue au Maroc et d'une vaste réforme constitutionnelle voulue par le roi Mohammed VI.

Une monarchie « prisonnière de ses promesses démocratiques »

Le parti islamiste est depuis lors à la tête d'un gouvernement de coalition comptant des libéraux, des communistes et des conservateurs. Après cinq années aux affaires, les islamistes conservent une forte audience dans le pays.

« Sa [au PJD] stratégie consistait à rendre assez de services politiques à la monarchie pour se rendre indispensable, et ainsi, pénétrer le cœur du régime en gagnant la confiance du roi. » Ce qui lui a permis de devenir « une composante du système qui survit sur une architecture autoritaire ».

Selon lui, le PJD « se présente comme un parti d’opposition qui se bat contre les excès du palais, alors que sa vision idéologique et sa stratégie politique ne lui permettent pas d’affronter ces excès. »

Le « prince rebelle », fellow à l’Université de Harvard, membre de l’ONG Carnegie Endowment for International Peace et président de la Fondation Hicham Alaoui, évoque ensuite la monarchie, à ses yeux « également bloquée ». « Aussi grande que puisse être sa volonté de contenir le PJD, la monarchie est prisonnière de ses propres promesses démocratiques faites avec les réformes constitutionnelles de 2001. »

« Le danger du PJD n’est pas sa participation, puisque comme tous les partis, il peut être confiné (contenu) mais plutôt sa potentielle sortie du jeu politique. Le PJD deviendrait alors purement un mouvement social guidé par des idéaux islamiques. Il pourrait défier la monarchie sur la sphère religieuse, le cœur même de son pouvoir et de sa légitimité. »

Pourtant, cette échéance électorale pourrait être une occasion de « rabattre les cartes du jeu politique ». « Le palais pourrait soutenir la montée du parti centriste proche de lui, le Parti Authenticité et Modernité (PAM), et reléguer le PJD au rôle de partenaire mineur au sein du gouvernement. »

Les législatives s'annoncent comme un duel serré entre le PJD et le PAM, fondé en 2008 par un proche du roi, Fouad Ali el-Himma, avec comme objectif affiché de contrer les islamistes.

« Pacte faustien »

L'avant-campagne a d’ailleurs été marquée par un climat de défiance et d'accusations réciproques, le PJD et ses alliés dénonçant, de façon anonyme ou allusive, un « État profond » ou « parallèle » qui userait de « méthodes autoritaires » pour contrôler la vie politique, contrer les islamistes et assurer la victoire du PAM aux élections.

Pour Moulay Hicham, l’objectif de cette élection est de perpétuer la situation actuelle. « Malgré leur aversion mutuelle, le parti islamiste et la monarchie sont liés comme des frères siamois. Les deux sont des forces contre-révolutionnaires responsables du détournement du ‘’printemps arabe’’ au Maroc. »

Sur le long terme, il estime toutefois que « ce pacte faustien » n’est pas viable. « Le régime marocain souffre d’une incapacité constitutive à poursuivre jusqu’au bout ses engagement de réforme, ce qui reflète sa façon de percevoir la menace de la démocratisation à différentes époques. Durant les décennies du roi Hassan II, le raisonnement était idéologique et patrimonial : la monarchie assumait une logique paternaliste de supériorité culturelle et d’authenticité. Dans la période actuelle, cependant, l’intérêt de la monarchie a changé. Elle reste intransigeante sur le fait de rester la source des idées et initiatives politiques les plus importantes. Mais elle souhaite tout autant protéger des secteurs économiques-clés de toute invasion étrangère. »

Hicham Alaoui avait créé la polémique en 2014 avec son Journal d’un prince banni, entre biographie et manifeste politique, où il racontait l’envers du « royaume exemplaire » du Maroc. À la mort de Hassan II en 1999, il avait réclamé une « monarchie constitutionnelle ». Suite aux pressions et aux menaces, il avait choisi de s’exiler avec sa famille aux États-Unis, où il vit depuis 2002.