Tariq Ramadan, prisonnier politique ?

Tariq Ramadan, prisonnier politique ?

#France
Alain Gabon's picture
11 avril 2018

De plus en plus, et alors que l’intellectuel suisse est en détention préventive depuis déjà plus de deux mois pour des accusations de viol, il apparaît que l’affaire Ramadan est aussi une affaire politique

Bien que piétinant un peu pour ce qui est des signatures (mais quel autre intellectuel européen et francophone accusé de viol pourrait recueillir plus de 130 000 signatures en moins de trois semaines ?), la campagne Free Tariq Ramadan rassemble désormais des soutiens (intellectuels et chercheurs de renom, organisations et associations islamiques, autorités religieuses, etc.) provenant de plus de trente pays et quatre continents.

Ceci suffirait déjà à confirmer la stature internationale, intellectuelle et religieuse de Ramadan, que ses ennemis s’évertuent mesquinement à nier pour tenter, par le biais des allégations sexuelles le concernant, de discréditer sa pensée, son héritage, son influence bénéfique auprès de millions de jeunes et son œuvre considérable.   

S’agirait-il tout bonnement de le maintenir en détention le plus longtemps possible, qui plus est en mauvaise santé du fait des soins clairement inadéquats qu’il reçoit en prison, afin de le priver du droit et de la possibilité de se défendre, y compris auprès du public ?

Le soutien du dernier Rassemblement des musulmans de France (RAM, ex-UOIF) au Salon islamique annuel du Bourget est d’ailleurs resté considérable. Et malgré les tentatives d’intimidation proprement odieuses de Jean-Pierre Elkabbach – pour ne citer que l’exemple le plus éhonté du «  journaliste » à la botte, couché à plat ventre devant tous les puissants –, le président du RAM, Amar Lasfar, n’a pas hésité à réitérer sa solidarité avec Tariq Ramadan.

De plus en plus, et alors que l’intellectuel suisse est en prison préventive depuis déjà plus de deux mois pour des accusations de viol, il apparaît que l’affaire Ramadan est aussi une affaire politique, comme le pensent et le constatent désormais des millions de personnes en France et de par le monde, y compris des non-musulmans.

Incarcération injustifiée, alibis absurdes

À ce stade, il n’est plus nécessaire de mettre à nouveau en évidence le déni de justice flagrant, le deux poids deux mesures systématique, l’absence d’équité et d’impartialité (constatée même par ses adversaires), la justice d’exception et la violation des droits humains les plus élémentaires dont fait l’objet Tariq Ramadan – un traitement ô combien éloigné de celui auquel ont droit tous les autres accusés proéminents, à commencer par les ministres Hulot et Darmanin.

Rappelons cependant à quel point les trois motifs invoqués par les juges pour incarcérer Ramadan – présumé innocent – sont ridicules, et d’une mauvaise foi méprisable :

Ridicule, la crainte par eux invoquée qu’il puisse « exercer des pressions » sur les victimes présumées, vu que dans sa situation (sous l’œil d’une justice dès le départ hostile, cruelle voire sadique sans même parler des médias tous ligués contre lui), cela ne pourrait que lui nuire encore davantage.

Les prétextes risibles invoqués par ces « juges » montrent que non seulement ils prennent les Français pour des imbéciles, mais qu’eux-mêmes ont été grandement affectés par les quinze années de diabolisation de cet homme par l’ensemble des médias et de la classe politique [...]. De tels juges ne sont plus dignes de notre confiance

Absurde, la crainte qu’il puisse « s’échapper dans un pays étranger » : d’une part, Ramadan a lui-même offert de rendre son passeport ; d’autre part, fuir équivaudrait pour lui à une reconnaissance de culpabilité ; troisièmement, en devenant un fugitif et un hors-la-loi, il se mettrait lui-même la corde au cou et annihilerait ses chances d’acquittement ; et quatrièmement, depuis le premier jour, Ramadan a fait preuve d’une coopération sans faille avec la justice française, et ce malgré le traitement inique qu’elle lui a réservé, à lui et à lui seul.

Car en effet, qui d’autres parmi toutes les affaires de viol médiatisées de ces derniers mois, les Hulot, Darmanin et consorts, a été jeté de suite en prison, y est resté des semaines, et qui plus est en régime d’isolement ? Personne. Seul Tariq Ramadan, et nous devons tous nous demander pourquoi.

Grotesque, enfin, la « peur » de ces juges qu’il puisse à nouveau violer s’il était libéré ( !), dans sa situation, même surveillé par la justice, avec un bracelet électronique et dans une maison commune sous surveillance policière comme ses avocats l’avaient demandé.

Ramadan semble donc être pour eux non pas un homme normal, doué de raison et d’instinct de préservation, mais un forcené qui serait incapable de se contrôler même avec la police, la justice et les média sur le dos, un animal en rut, incontrôlable et, qui plus est, suicidaire. Car quel fou furieux irait violer à nouveau dans ces conditions, même en admettant qu’il le désire et ait de plus les moyens d’échapper à toute surveillance ?



Manifestation en soutien à Tariq Ramadan, détenu pour viol, devant le palais de justice de Paris, le 22 février 2018 (AFP)

Les prétextes risibles invoqués par ces « juges » montrent que non seulement ils prennent les Français pour des imbéciles, mais qu’eux-mêmes ont été grandement affectés par les quinze années de diabolisation de cet homme par l’ensemble des médias et de la classe politique, de Le Pen et Sarkozy en passant par Valls et Mélanchon. De tels juges ne sont plus dignes de notre confiance et, comme l’avaient demandé ses premiers avocats, ce procès devrait être reterritorialisé en Suisse.

D’ailleurs, que vient faire le procureur François Molins, en charge de tous les dossiers terroristes au niveau national, dans cette affaire ? Ce monsieur n’a donc pas assez à faire avec les « djihadistes », dont on nous rabat pourtant les oreilles qu’ils sont des milliers à vouloir commettre des attentats sur notre sol ? Molins n’aurait-il donc pas assez de travail pour qu’on lui refile en plus les présumés violeurs ? Ou alors, cette cynique mais évidente manœuvre digne des procès staliniens, consistant à « donner » Ramadan comme par hasard au procureur que tous les Français associent avec les attentats de Charlie Hebdo et du 13 novembre, n’aurait-elle pas plutôt pour but de présenter Ramadan comme ayant partie liée avec les « djihadistes » à la Mohammed Merah et autres frères Kouachi ?

Aucune des trois raison offertes par les juges pour garder cet homme incarcéré ne tient debout. La vraie raison est ailleurs : s’agirait-il tout bonnement de le maintenir en détention le plus longtemps possible, qui plus est en mauvaise santé du fait des soins clairement inadéquats qu’il reçoit en prison, afin de le priver du droit et de la possibilité de se défendre, y compris auprès du public ?

À LIRE : Tariq Ramadan est toujours présumé innocent, jusqu’à preuve du contraire

Que ce soit ou non le but de l’opération, force est de constater que c’est bel et bien ce qui se passe dans les faits. Par exemple, comme relevé récemment par le Conseil supérieur des imams de Côte d’Ivoire dans leur soutien à Ramadan : « Alors que l’instruction est en cours et que le Professeur TARIQ RAMADAN a été privé de parole sur la quasi-totalité des chaînes de télévision françaises, une tribune est offerte à tous ses détracteurs pour mener contre lui une campagne ardue de dénigrement et un lynchage médiatique sans précédent et sans aucune possibilité pour le Professeur TARIQ RAMADAN de se défendre, devenant ainsi dans l’opinion publique française et internationale le coupable jugé, condamné, et exécuté ».

Le simple fait de le garder en prison tandis que le boulevard est grand ouvert à ses détracteurs et accusatrices (qui ne s’en sont pas privé pendant des mois) suffit déjà à introduire un déséquilibre terrible et une injustice fondamentale dans la situation.

Sans même parler de sa santé rapidement déclinante, il faut donc libérer Ramadan afin qu’il puisse assurer sa défense, comme le droit français est censé le lui permettre. Or, cela n’a aucunement été le cas jusqu’à présent, et les juges devraient également s’inquiéter du fait qu’un peu partout dans le monde, on commence à considérer Tariq Ramadan comme un prisonnier politique.

Le simple fait de le garder en prison tandis que le boulevard est grand ouvert à ses détracteurs et accusatrices (qui ne s’en sont pas privé pendant des mois) suffit déjà à introduire un déséquilibre terrible et une injustice fondamentale dans la situation

Quant aux méthodes ignobles utilisées par la justice et les médias (qui travaillent dans son cas au coude-à-coude) pour l’enterrer avant même son procès, elles sont désormais fréquemment comparées, par exemple, à celles de l’ex-roi du Maroc Hassan II vis-à-vis de ses opposants ou à celles du gouvernement américain et du FBI dans leur entreprise de destruction des Black Panthers pendant les années 60 et 70 : incarcération abusive, privation du droit et des possibilités concrètes de se défendre adéquatement, lynchage médiatique, campagne de diffamation, maltraitance physique, privation de soins médicaux, etc.

Ce à quoi l’on assiste en France depuis des mois dans le traitement judiciaire, politique et médiatique de Tariq Ramadan ressemble donc désormais à ces méthodes utilisées en général sous d’autres cieux pour casser des opposants réfractaires. Et l’on sait bien que Ramadan fait partie de ceux-là pour tous les pouvoirs établis. Du moins ne peut-on s’empêcher de faire ce genre de parallèles.

Des témoignages cousus de fil blanc

Étant donné que ces accusations sont arrivées en pleine vague #MeToo/#BalanceTonPorc, il existe de plus une tentative d’intimidation très nette consistant à sommer tout le monde, de manière arrogante et impérieuse, à croire toute présumée victime, sans exception, et ce de façon absolue et inconditionnelle, sous prétexte que « trop souvent on ne croit pas les victimes » et que cela a rendu la « libération de leur parole » encore plus difficile (ce dont on ne doute d’ailleurs pas).

Ce à quoi l’on assiste en France depuis des mois dans le traitement judiciaire, politique et médiatique de Tariq Ramadan ressemble donc désormais à ces méthodes utilisées en général sous d’autres cieux pour casser des opposants réfractaires

Il faudrait donc, selon cette nouvelle doxa, abandonner tout esprit et examen critiques pour considérer désormais systématiquement et sans poser aucune question qu’un présumé violeur est un violeur, point barre, que les présumées victimes sont des victimes, et que leurs accusations sont tout bonnement des faits avérés, quand bien même aucune preuve tangible de quelque nature que ce soit n’aurait été fournie, comme c’est le cas ici.

Sinon, à la moindre question, à l’expression du moindre doute, on est du côté des « porcs », un « ami et allié des violeurs ».

Il faut savoir résister à ce petit terrorisme intellectuel provenant de certains quartiers des #MeToo et ne pas hésiter à dire, après les avoir écoutées de l’oreille la plus attentive qui soit, qu’il y a une quantité impressionnante de choses troublantes dans les accusations et récits des trois supposées victimes (la désormais très médiatisée Henda Ayari et les deux anonymes « Christelle » et « Marie »).

On passera sur la longue liste de questions que jamais les journalistes n’ont soulevées (par exemple, comment peut-on « hurler pendant des heures » dans une chambre d’hôtel sans alerter qui que ce soit et sans que personne n’ait entendu quoi que ce soit ?). Mais lorsque les « journalistes » de la bande à Patrick Cohen, d’ailleurs tous des anti-Ramadan acharnés, montrent un fil de textos que leur a fourni « Christelle » et qui lui fut soi-disant envoyé par Ramadan, comment se fait-il que pas un, pas une seule seconde, ne remarque le problème pourtant si évident juste devant leurs yeux : à savoir qu’il est strictement impossible que Ramadan ait contacté cette femme en octobre 2009 en l’appelant « Christelle » comme écrit sur cette copie de sms, puisque « Christelle » est le pseudonyme que lui donnèrent les médias en octobre 2017 (donc huit ans après ces soi-disant messages !) pour protéger son anonymat. D’où la question, « Christelle » a-t-elle utilisé des faux ?

À tout le moins, un journaliste digne de ce nom (à plus forte raison, quatre, réunis sur le plateau ce jour-là) aurait vu l’anomalie, grosse comme une verrue au bout du nez. 

Mais non, chez la joyeuse bande à Patrick Cohen, mais aussi chez les autres, lorsqu’il s’agit de Ramadan, l’Antéchrist que la France s’est donné, tout, même de telles énormités, passe comme une lettre à la poste.



La couverture de Charlie Hebdo consacrée à l'affaire Ramadan a suscité la polémique en novembre dernier

Et ne posez surtout pas de telles questions, pour normales qu’elles soient, sinon vous aurez à coup sûr une #MeToo qui viendra vous accuser de « protéger un porc ».

On notera d’ailleurs qu’après avoir triomphalement clamé haut et fort pendant des semaines que « Christelle », elle, contrairement à Henda Ayari, possédait bien une preuve tangible de la culpabilité de Ramadan (un certificat médical établi après son viol), ces médias restent étrangement silencieux maintenant que ce certificat a été examiné, y compris par eux, que rien ne permet de le relier à Ramadan et que cette « preuve » qui les faisait saliver de joie a été invalidée. (À notre connaissance seul Europe 1 a admis ce fait, et encore, dans une seule phrase noyée dans un article à charge.)

« Marie »

Le témoignage anonyme de la troisième et dernière accusatrice est de loin le plus extravagant des trois, même pour qui possède une imagination fertile et extensible ainsi qu’une bonne connaissance des données et réalités du viol en France et ailleurs, dont certaines dépassent effectivement l’imagination. Mais comme on dit, « y’a des limites ».

Outre la complaisance gratuite dans le langage et les détails graphiques, destinée peut-être à produire un effet de choc, d’outrage et de sidération propre à nous empêcher de prendre conscience de la nature surréaliste de ses accusations, on est passé un peu vite sur le fait que cette personne est l’ex-« call-girl » de DSK ou de certains cheikhs des Émirats, qui d’ailleurs détestent et craignent eux aussi Ramadan pour ses virulentes attaques contre leur despotisme et pour son soutien aux événements pro-démocratiques du Printemps arabe.

« Marie » est donc une ex-professionnelle du sexe endurcie, car il fallait l’être pour aller, entre autres choses, participer aux orgies collectives de l’un des pires obsédés sexuels de la planète. Et il n’y a pas si longtemps que cette femme se faisait encore payer pour y participer. Certes, on peut changer, devenir une pieuse musulmane et une bonne mère de famille ainsi qu’elle prétend dormais l’être. Mais seul le nouvel avocat de Ramadan, Emmanuel Marsigny, a révélé lors de sa fracassante intervention médiatique que « Marie » s’était également fait payer pour tenter de piéger DSK – son propre client – avec l’aide d’un paparazzi de Closer.

On voit que quand il s’agit de Tariq Ramadan, plus c’est incroyable et extravagant, plus ça aura l’air vrai, du fait que sa diabolisation et déshumanisation par les médias et les politiques étaient déjà si avancées bien avant ces accusations

Mais là encore, interdit de douter ou simplement de se poser la moindre question. Il faudrait tout croire aveuglément, traiter la moindre accusation comme un fait avéré, faire taire ses doutes, « soutenir les victimes » systématiquement et inconditionnellement, sinon la Police de la Pensée viendra vous accuser vous aussi d’être un « porc » dégoûtant.

Son témoignage proprement horrifique, qu’elle compare d’ailleurs elle-même aux « choses que l’on voit dans certains films d’horreur » (lapsus freudien ?), est un coupé-collé quasi exact de celui de « Christelle », dont on aurait simplement noirci encore plus les traits (témoignage lui-même disponible en un clic et abondamment médiatisé). « Marie » décrit des scènes de viol de la part d’un Ramadan soudainement transformé en « démon », d’une violence extrême, hallucinante, monstrueuse et traumatisante, mélangeant actes sexuels forcés, humiliations, passages à tabac, urination, etc. En somme, de vraies séances de torture.

Or, après avoir subi de telles abominations une première fois, elle aurait accepté, nous dit-elle, de prendre l’avion pour aller se refaire violer et passer à tabac une seconde fois. Puis une troisième, puis une quatrième et ainsi de suite pendant deux ans, en allant à chaque fois elle-même retrouver Ramadan dans une ville différente, en toute connaissance de ce qui l’attendait.

Interrogée sur la raison de ce comportement pour le moins étrange, « Marie » nous ressert le leitmotiv éculé de « l’emprise psychologique » de Ramadan, qui ressemble fort à un canular de plus, similaire à celui du « double langage » dont la polémiste Caroline Fourest accuse l’islamologue.



Les messages #MeToo et #BalanceTonPorc sont écrits sur la main d’un manifestant lors d’un rassemblement contre les violences sexuelles organisé par le collectif Les EfFRONTé-es à Paris, le 29 octobre 2017 (AFP)

Décidément, Ramadan est plus fort que Mandrake le Magicien. Ce diable d’homme arrive donc même à « sidérer » des professionnelles internationales du sexe en les hypnotisant à un point tel qu’elles vont elles-mêmes prendre l’avion pour venir à lui se refaire violer.

Et bien sûr, tout comme les deux autres accusatrices, tout cela sans aucune preuve tangible à présenter : pas le moindre témoignage de personnel de ces hôtels, malgré ces « hurlements pendant des heures » ; pas le moindre certificat médical malgré ces séances de tortures prolongées et répétées. Rien.

Mais là encore, interdit de douter ou simplement de se poser la moindre question. Il faudrait tout croire aveuglément, traiter la moindre accusation comme un fait avéré, faire taire ses doutes, « soutenir les victimes » systématiquement et inconditionnellement, sinon la Police de la Pensée viendra vous accuser vous aussi d’être un « porc » dégoûtant

Mais il faudrait tout croire sur paroles, y compris de personnages tels que Henda Ayari, au final si peu crédibles, pour ne pas dire franchement douteuses, entre déclarations qui ne tiennent pas debout (« il m’a violée Monsieur le juge et c’était trop traumatisant et effrayant mais oui, c’est moi qui ai tout fait pour le revoir après »), livres à vendre dont on ne manque jamais de faire la promotion entre deux accusations sur plateau télé, appels à donations sur les pages Facebook car on a des problèmes financiers, évidentes recherches de gloire médiatique (surtout pour Ayari, qui bien avant son accusation s’évertuait sans grand succès à faire sa percée médiatique et « créer le buzz » via, entre autres, des magazines comme Closer), collusions de longue date avec les pires adversaires de Ramadan, affinités idéologiques « laïcistes » et « anti-islamistes » (Ramadan étant la tête de turc de tous ces « laïcards de combat »), et on en passe. Sans mentionner, immanquablement, la si noble et désintéressée posture de la survivante-qui-ne-veut-qu’aider-les-autres-femmes-et-rien-d’autre, tout en se présentant cependant comme un modèle à suivre.

« Marie » va même jusqu’à affirmer que malgré les scènes traumatisantes, effrayantes, hallucinantes de violence et de douleur qu’elle nous décrit, elle n’avait pas pris conscience qu’il s’agissait de viols ! Il a fallu, dit-elle, que ce soit le policier qui a pris son témoignage qui le lui apprenne ! (Et n’oublions pas que nous parlons en plus d’une professionnelle du sexe.)

On voit que quand il s’agit de Tariq Ramadan, plus c’est incroyable et extravagant, plus ça aura l’air vrai, du fait que sa diabolisation et déshumanisation par les médias et les politiques étaient déjà si avancées bien avant ces accusations. On peut donc en rajouter une couche dans le registre du monstrueux et du démoniaque, le public suivra. Et du reste, les #MeToo s’assureront, par leur petit terrorisme intellectuel contre quiconque émet des doutes, que le public marche au pas.

On passera sur les autres révélations d’Emmanuel Marsigny concernant « Christelle » et « Marie », entre autres que « Christelle » a avoué devant le juge qu’elle avait fabriqué des faux comptes au nom de Ramadan afin de lui nuire en propageant des faux emails à son nom. Et c’est donc ce genre d’accusatrices que nous devrions tous croire aveuglément ? Marsigny n’étant pas un amateur, il est certain qu’il ne se risquerait pas à proférer des mensonges dans les grands médias, surtout sur une affaire aussi sensible. Du reste, rien de ce qu’il a révélé sur ces femmes n’a été démenti par qui que ce soit, elles-mêmes, leurs avocats ou les médias.

À LIRE : Tariq Ramadan, Mennel, Diallo, ou le racisme islamophobe à la française

Quant à Henda Ayari, via les Femen dont elle reproduit les messages diffamatoires et hystériques, elle en arrive maintenant le plus sérieusement du monde à accuser Ramadan de contrôler en personne, depuis sa prison (d’où il ne peut même pas recevoir la plupart de son courrier), des « milices endoctrinées » qu’il enverrait lui-même agresser ses accusatrices, tout en appelant son « armée de soutiens » « les moutons ».

On peut ainsi abondamment vérifier qu’à l’instar de « Christelle », qui crée des faux comptes et faux emails Ramadan, Ayari ne recule devant aucun mensonge éhonté, et par Femen interposées, traite carrément l’homme sur sa page Facebook de « parrain de l’islam » et de « véritable chef de gang mafieux, usant des mêmes sinistres méthodes que les capo de n’importe quelle camorra ». Alors que Ramadan a toujours fermement condamné toute violence en expliquant qu’elle ne pouvait que le desservir. (Mais on pourra toujours ressortir le gros cliché bien gras du « double discours », la légendaire « taqiyya » des musulmans, bref les sornettes habituelles.)

Ayari saborde ici tristement son propre cas en prouvant qu’elle est capable de dire absolument n’importe quoi y compris les pires imbécilités, sans doute intoxiquée par ses quinze minutes de gloire, sa posture de « femme-courageuse-qui-se-bat-pour-les-autres-femmes » et sa petite clique de suiveurs haineux qui la stimulent dans cette voie sur Facebook, au rang desquels on compte entre autres Robert Spencer, un des chefs de file des Suprémacistes blanc états-uniens, dont la vie est dédiée à répandre la haine de l’islam. (Spencer fur l’un des inspirateurs principaux du tueur de masse néo-nazi Anders Breivik, qui le cite des dizaines de fois dans son manifeste.)

Et à aucun moment, Ayari ne se désolidarise de ce genre de soutiens.

Mais où sont les preuves ?

Enfin, autre chose jamais relevée par les médias – qui, dans le cas Ramadan mais seulement dans le cas Ramadan et jamais dans les autres, ont tous déroulé le tapis rouge aux victimes présumées : après quasiment sept mois de lynchage médiatique et d’accusations publiques, aucune d’entre elles ni personne d’autre y compris les ennemis acharnés de l’intellectuel n’ont à ce jour été capables de nous montrer la moindre preuve tangible que ces accusations sont fondées. Pas la moindre, même juste une, même une toute petite.

Après quasiment sept mois de lynchage médiatique et d’accusations publiques, aucune des accusatrices ni personne d’autre y compris les ennemis acharnés de l’intellectuel n’ont à ce jour été capables de nous montrer la moindre preuve tangible que ces accusations sont fondées

Par contre, Emmanuel Marsigny nous a appris que le téléphone portable de Ayari ainsi que son ordinateur avaient désormais été examinés par les enquêteurs. Résultat des premières expertises techniques : rien. Côté médical : rien. Le fameux « certificat médical » de « Christelle » que pendant des semaines, elle et nos médias nous avaient présenté comme une « preuve accablante » ? Rien ne le relie à Ramadan ou à aucun homme en particulier.

De plus, « Christelle » et « Marie » ont déclaré avoir fourni aux grands médias comme Europe 1 et la bande à Patrick Cohen toute leur « documentation », la même que celle donnée aux juges. Ces médias, qui détestent Ramadan et ne cessent depuis des années de tenter de le détruire en tant qu’Ennemi Musulman Numéro 1, nous ont dit qu’ils avaient maintenant eu le temps de tout éplucher—méls, textos, « photos » et « enregistrements vidéos » avec lesquels ils nous rejouent maintenant le même scénario que celui du « certificat médical » de « Christelle » qui soi-disant prouvait tout mais au final s’est avéré ne prouver rien du tout.

Et bien alors, comment se fait-il que pas un ne soit capable de nous montrer ne serait-ce qu’une seule preuve concrète et crédible de ces crimes ? Après avoir examiné les « milliers » de méls et les « centaines de photos » de Ramadan dont « Marie » prétend disposer, au bout du compte, la seule chose mentionnée est un selfie de cette femme dans une chambre d’hôtel avec à ses côtés un homme assoupi pris de dos « qui pourrait être Ramadan » et un « enregistrement audio » avec des « propos pornographiques ». C’est donc ce que nos médias ont trouvé de pire. Mais de preuves de viol ou autre crime quelconque : à ce jour, zéro.



Un gendarme français monte la garde devant la Cour d'appel (Reuters)

Il devient de plus en plus évident qu’ils n’ont en fait rien et que ces dossiers semblent bien vides. Sinon, vu le degré de haine que tous ces « journalistes » ou journaleux à la Fourest éprouvent depuis des années contre cet homme, ils se seraient fait une joie de tout balancer à la une de leurs médias.

D’ailleurs, on constate dernièrement que faute de mieux, ils en viennent à faire feu de tout bois, comme remettre en question la validité des diplômes, de la thèse voire même des études et connaissances de Ramadan. Ou alors, de désespoir face à des dossiers dénués de toute preuve, on déterre des pseudo-« affaires » passées comme cette « nouvelle révélation » (qui date en fait d’il y a trois ans !) de « silence acheté », sans même noter qu’il n’y a ici aucun crime, aucune accusation de crime et encore moins de preuve de viol. (Le témoignage passé de cette femme que l’on ressort maintenant faute de mieux mais qui à aucun moment ne parle de viol tend au contraire à invalider celui des trois accusatrices.)

Contre cet enfumage permanent, il importe donc de réaffirmer ce qui devrait pourtant être évident : à savoir que ce n’est pas (ou ne devrait pas être) à l’accusé de prouver son innocence, comme cela est cependant le cas pour Ramadan (mais aucunement pour les autres), mais aux accusatrices de démontrer la réalité de leurs propos

Contre cet enfumage permanent, il importe donc de réaffirmer ce qui devrait pourtant être évident : à savoir que ce n’est pas (ou ne devrait pas être) à l’accusé de prouver son innocence, comme cela est cependant le cas pour Ramadan (mais aucunement pour les autres), mais aux accusatrices de démontrer la réalité de leurs propos.

Or, malgré le coup de force de certains #MeToo qui, en pleine inconscience (on a envie de dire « folie furieuse »), proposent tout simplement d’éliminer la charge de la preuve et la présomption d’innocence – à savoir la pièce centrale de tout notre système judiciaire et des protections des libertés en France – juste parce que cela leur serait pour le moment pratique, à ce jour, et après déjà sept mois, pourquoi ces femmes, leurs avocats, leurs si nombreux alliés et les médias anti-Ramadan n’ont-ils été capables de nous fournir que du bruit médiatique et pas le moindre début d’une preuve que ces violences ont bien eu lieu?

C’est dans leur camp qu’est la balle, pas dans celui de Ramadan, quand bien même beaucoup, en France, se réjouissent de le voir en prison, et ce en toute injustice.

 

Alain Gabon est professeur des universités et maître de conférences en Études françaises aux États-Unis. Il dirige le programme de français de l’Université Wesleyenne de Virginie et est l’auteur de nombreuses conférences et articles sur la France contemporaine et l'islam en Europe et dans le monde pour des ouvrages et revues universitaires spécialisés, des think tanks comme la Cordoba Foundation en Grande-Bretagne, et des médias grands publics comme Saphirnews ou Les cahiers de l’Islam. Un essai intitulé « Radicalisation islamiste et menace djihadiste en Occident : le double mythe » a été publié en septembre 2016 par la Cordoba Foundation.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : l’islamologue suisse Tariq Ramadan est en détention provisoire pour des accusations de viol depuis le 2 février 2018 (AFP).