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Algérie : polémique sur les « salaires à vie » d’anciens membres du Conseil national de transition

La controverse, selon certains observateurs, remet en cause le rôle de cette instance durant la période critique des années 1990
Le Conseil national de transition a terminé son mandat en 1997, année des législatives, pour élire un Parlement depuis sa dissolution en 1992 (AFP)
Le Conseil national de transition a terminé son mandat en 1997, année des législatives, pour élire un Parlement depuis sa dissolution en 1992 (AFP)
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Un sénateur du Front de libération nationale (FLN, parti majoritaire) a provoqué une vive polémique en parlant des « salaires à vie » des ex-membres du Conseil national de transition (1994-1997), instance désignée pour pallier l’absence d’un Parlement dissous en 1992.

Lors d’une émission sur une chaîne de télévision privée, Abdelouaheb Benzaïm, membre du Conseil de la nation (Sénat), a expliqué que les anciens membres du CNT bénéficiaient d’un « salaire à vie » de 400 000 dinars (environ 2 500 euros), « soit vingt fois le salaire minimum en Algérie qui est de 20 000 DA », commente le site TSA.

Selon ce site, le sénateur a déclaré que la mission des membres désignés pour siéger dans ce Parlement non élu « était peut-être difficile, avec la guerre civile » mais qu’ils avaient « voté une loi leur permettant, après trois ans d’exercice, de prendre leur salaire à vie, avec les augmentations successives ».

« Ils ont des cartes d’anciens députés et bénéficient des services fournis par l’APN [le Parlement] aux anciens élus », a ajouté le sénateur FLN.

« Voilà ce que le FLN a produit ! »

Le CNT, composé d’hommes et de femmes politiques, mais aussi de représentants de la société civile, d’écrivains et de syndicalistes, a été créé en janvier 1994, remplaçant le Conseil consultatif national installé de 1992 à 1994 comme organe consultatif auprès du Haut comité de l’État. Cet attelage institutionnel a été mis en branle dès la démission du président Chadli Bendjedid, la dissolution du Parlement et l’annulation du second tour des législatives en janvier 1992.   

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Le mandat du CNT est arrivé à terme avec les législatives de 1997.

Répliquant à ces déclarations, un des ex-membres du CNT (et ex-ministre), Abdelkader Bengrina, président du parti El Bina, a affirmé qu’il touchait à l’époque où il siégeait dans cette instance 55 000 dinars (environ 344 euros) et que les salaires des députés n’avaient été revus à la hausse que lors de la mandature législative de 2007-2012. Bengrina a démenti le fait de toucher les 400 000 dinars à vie du CNT, mais il a indiqué qu’il touchait une « retraite » d’ex-membre du CNT.

Pour sa part, la présidente du parti de l’Union pour le changement et le progrès (UCP), Zoubida Assoul, elle aussi ex-membre du CNT, a réagi aux propos du sénateur Benzaïm, en déclarant qu’elle déposerait plainte contre lui.

« J’ai vraiment été triste [en entendant] ses déclarations. C’est un comportement désolant qui met l’image de l’Algérie au bas de l’échelle. Voilà ce que le FLN a produit ! », a-t-elle déclaré dans les médias.

« Dire que j’ai un salaire de 400 000 dinars, c’est totalement faux », appuie l’ancienne magistrate. « Je lui donne rendez-vous devant la justice, d’autant qu’il n’a pas apporté de preuves de ce qu’il prétend », a ajouté Zoubida Assoul, critiquant encore Abdelouahab Benzaïm : « Ce même sénateur a cautionné le quatrième mandat de Bouteflika qui a mené le pays à la dérive avec plus de 300 milliards de dollars dilapidés. »

« Le vrai problème, au-delà de ces mensonges sur ces fameux 400 000 dinars ‘’à vie’’, c’est qu’on est en train de faire du révisionnisme par rapport à cette séquence historique du CNT », regrette un ex-membre du CNT sous couvert de l’anonymat. « Ceux qui se sont mobilisés contre le danger terroriste en risquant leur vie à l’époque sont aujourd’hui traités de profiteurs. C’est révoltant ! ».