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Cinq dessins animés japonais qui ont su conquérir le cœur des enfants du monde arabe

La tendance actuelle à produire des films d’animation locaux reflète l’attrait des dessins animés japonais dans la région depuis de nombreuses années. Middle East Eye passe en revue les séries qui ont marqué la région
Les animés japonais ont été introduits au Moyen-Orient et en Afrique du Nord dans les années 1970 et ont été doublés en arabe (MEE)
Les animés japonais ont été introduits au Moyen-Orient et en Afrique du Nord dans les années 1970 et ont été doublés en arabe (MEE)

Cet été, l’Arabie saoudite a sorti son premier long métrage d’animation coproduit avec le studio japonais Toei Animation.  

The Journey, ou Ar-Rihlah, dont la production a pris trois ans, se déroule dans l’Arabie pré-islamique et raconte l’histoire de l’invasion aksoumite de La Mecque par le roi Abraha, qui régna sur le sud de l’Arabie (l’actuel Yémen).

Ce film est né de la coopération entre la fondation MiSK, l’institution culturelle du pays, et l’un des producteurs de dessins animés japonais les plus réputés, qui a précédemment travaillé sur des séries telles que Goldorak, Dragon Ball Z et One Piece.

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Les coproducteurs avaient précédemment créé la série animée The Woodcutter’s Treasure (Kanz al-Hattab) en 2018 et travaillent sur Future’s Folktales, qui se passe en 2050 dans la ville nouvelle de Neom.

Ce n’est pas la première fois que des studios du Moyen-Orient plongent dans le monde de l’animé. Alter Ego Productions, basée à Abou Dabi, a créé la série Torkaizer en 2013. Elle suit un garçon émirati qui voyage au Japon après son diplôme et sauve le monde d’une évasion extraterrestre.

La Turquie a également développé ses propres dessins animés, accueillant une trentaine de studios créateurs et sortant plusieurs longs métrages par an.

La tendance à produire des films d’animation locaux reflète l’attrait des animés japonais dans la région, qui remonte à plusieurs décennies.

Middle East Eye passe en revue les séries qui ont marqué la région.

Goldorak

UFO Robot Grendizer, plus connue sous le nom de Goldorak, fut l’une des séries animées les plus populaires dans le monde arabe dans les années 1980. Troisième partie de la trilogie Mazinger (précédée par Mazinger Z et Great Mazinger), cette série a été élue second animé le plus populaire en Afrique du Nord et au Moyen-Orient dans un sondage YouGov de 2019. 

L’histoire commence sur une planète lointaine baptisée Euphor. Le personnage principal de la série, le prince d’Euphor, doit quitter sa planète lorsqu’elle est attaquée par une planète voisine, Véga.

S’échappant sur Terre, il atterrit sur le mont Fuji au Japon avec son vaisseau spatial Goldorak, qui peut également se transformer en robot géant. Il rencontre un gentil scientifique, le professeur Procyon, qui l’adopte et le rebaptise Actarus Procyon.

Cependant, son arrivée sur Terre ne lui garantit pas la sécurité, il est traqué par le Grand Stratéguerre de Véga et son armée. Actarus et Goldorak se battent pour protéger la Terre tout en essayant de garder leur identité extraterrestre secrète.

La série de 74 épisodes, créée par le mangaka japonais Go Nagai en 1975, symboliserait la position du Japon après la Seconde Guerre mondiale dans le monde. Cette série était « l’exorcisme du passé impérial du Japon à travers son portrait en tant que victime de violence extraterrestre [et] la célébration du progrès technologique japonais », écrit Marco Pellitteri dans son article de 2009 : Nippon ex Machina: Japanese Postwar Identity in Robot Anime and the Case of UFO Robo Grendizer.

Doublée en arabe classique par l’acteur libanais Jihad al-Atrash, la série a d’abord été diffusée au Moyen-Orient sur la chaîne Télé Liban dans les années 1980. Elle n’a pas tardé à être diffusée à travers toute la région.

« Tout le monde connaissait Goldorak », affirme l’illustrateur, écrivain et réalisateur libanais Fadi Baki dans une interview qu’il a donnée au journal libanais Daily Star. Il y qualifie le dessin animé de « colle qui maintient le monde arabe » avant d’expliquer plus en détail son importance. « Il y avait les combats dehors [pendant la guerre civile libanaise, dans les années 1970 et 1980]. Nous étions tous des enfants et cela utilisait quasiment le même langage panarabe – combattant les envahisseurs qui arrivaient – mais à la télé, les gentils gagnent. »

Le Jordanien Amer Mango se rappelle avoir regardé l’émission à la télévision publique saoudienne pendant les repas de famille avec ses deux jeunes sœurs.

Aujourd’hui consultant en gestion sportive basé au Japon, Amer Mango explique toutefois que ses souvenirs de la série sont mitigés car ils se mélangent avec ceux de l’invasion irakienne du Koweït voisin et de la guerre du Golfe qui s’est ensuivie.

« Nous vivions à Olaya [un quartier de Riyad] à l’époque, et dès qu’il y avait une roquette tirée depuis l’Irak, on entendait les sirènes et on se ruait vers les abris voisins – alors en regardant Goldorak combattre, on avait l’impression qu’une véritable bataille avait lieu ».

Le personnage fait un retour cette année sous forme d’un nouveau jeu vidéo.

Captain Majid (Captain Tsubasa)

Captain Majid est un garçon de 11 ans qui rêve de jouer au foot au niveau professionnel et finit par atteindre son rêve.

Dans la série, initialement créée en 1983 (et connue en France sous le nom d’Olive et Tom), le personnage principal Tsubasa Ozora rencontre souvent des « méchants » dans les équipes adverses mais trouve toujours un moyen de les vaincre en utilisant ses compétences avec le ballon.

Lorsque la série a été exportée au Moyen-Orient en 1990, Tsubasa a été rebaptisé Majid, apparemment en référence au joueur saoudien populaire Abdullah Majed, qui avait remporté trois fois le titre de footballeur asiatique de l’année (en 1984, 1985 et 1986). Majid a été doublé par l’actrice syrienne Amal Hawijeh, qui a déclaré que les gens continuaient à l’appeler Captain Majid plutôt qu’Amal. 

Comme la plupart des animés, la série a vu le jour sous forme de manga. Son créateur, Yoichi Takahashi, a déclaré avoir été inspiré par la Coupe du monde de la FIFA 1978.

En 2017, Captain Majid restait très populaire. Le premier tome du manga a été traduit du japonais en arabe puis distribué au Moyen-Orient, des copies gratuites ont même été données aux enfants réfugiés syriens.

Plus récemment, en 2020, une nouvelle série basée sur les tribulations de Majid a été diffusée sur MBC 3.

Adnan wa Lina (Conan, le fils du futur)

Cette série en 26 épisodes des années 1970 se passe dans une dystopie post-apocalyptique.

La série est inspirée d’Après la vague, histoire de science-fiction publiée en 1970 par l’écrivain américain Alexander Key. Son introduction en résume le cadre. « La Troisième Guerre mondiale a éclaté en 2008 quand les belligérants ont utilisé des armes ultra-magnétiques qui étaient bien plus dangereuses que les armes traditionnelles et cela a amené la destruction sur terre et dans la mer. »

Cette série est la première production de l’animateur japonais Hayao Miyazaki avec Nippon Animation. Il a ensuite cofondé le studio Ghibli et a produit des classiques tels que Mon voisin Totoro (1988) et Le Voyage de Chihiro (2001).

La version arabe de la série a été rebaptisée d’après les deux personnages principaux : Adnan (Conan) et Lina (Lana).

Doublée au Koweït par des acteurs locaux, la série suit les deux jeunes héros dans leur voyage à travers différentes îles créées après la guerre. Tous deux essaient de se montrer plus malins que les autres survivants du conflit et tentent d’échapper aux responsables de la destruction de la Terre, qui complotent toujours pour diriger ce qu’il en reste.

Utilisant la télépathie et la téléportation, ainsi que leur capacité à communiquer avec les animaux, les deux amis arrivent à garder plusieurs coups d’avance sur leurs ennemis.

« La scène où Adnan et Lina tombent d’une tour me touche toujours », confie Mohammed Ramadan (42 ans), qui a grandi en regardant la série à Amman, en Jordanie, dans les années 1980.

Dans cette scène emblématique, Lina a été capturée et enfermée dans une tour. Alors qu’Adnan essaie de la sauver, il la tient dans ses bras et se balance au bord des tourelles mais finit par être contraint de sauter avec une Lina confiante.

« Je regarde encore cette série aujourd’hui et je l’ai fait découvrir à mes propres enfants, à cause de ses intrigues classiques et des personnages auxquels on peut s’identifier. Lorsque je regarde des épisodes aujourd’hui, j’ai toujours l’impression de les voir pour la première fois, ils ne se démodent pas », poursuit le père de famille.

La série a été rediffusée sur la chaîne japonaise NHK en 2020, et les épisodes en arabe sont disponibles sur YouTube depuis 2016.

Sindibad (Sindbad le marin)

Basé sur une histoire des Mille et Une Nuits (Alf laylah wa-laylah), Sindibad était populaire au début des années 1980.

Connu sous le nom de Arabian Naito: Shindobatto no Bōken en japonais (Sindbad le marin), il est familièrement surnommé Sindibad dans le monde arabe.

L’histoire est celle du jeune Sindbad – fils d’un marchant – qui explore le monde et rencontre d’autres personnages de livres pour enfants populaires comme Ali Baba.

« Enfant, je pensais que la série animée Sindibad était une véritable réflexion de la culture et de la tradition arabes et musulmanes », indique Omar al-Ghazzi, professeur assistant en médias et communication à la London School of Economics and Political Science (LSE).

« Mais lorsque j’ai vu un épisode sur YouTube une fois adulte, dans le cadre de mes recherches, j’ai remarqué dans une scène supposée montrer des prières islamiques que les musulmans s’agenouillaient puis levaient les bras au ciel et ne priaient pas véritablement comme le font les pratiquants.

« Beaucoup d’images de Sindibad sont en réalité un produit de ce que les Japonais imaginent des cultures arabe et musulmane. »

Al-Rajal al-Hadeed (Dinosaur War Izenborg)

Produit par Tsuburaya Productions, Dinosaur War Izenborg a été diffusée de 1977 à 1978 sur TV Tokyo et se passait dans le futur – 1986 – à une époque où les dinosaures tentaient de revenir sur Terre.

Connu sous le nom d’Izenborg, ce concept était unique à l’époque, utilisant l’art japonais du tokusatsu (des scènes en prise de vue réelles), combiné à de l’animation. L’intrigue tourne autour d’Ururu, leader des dinosaures, et de ses tentatives de reprendre la Terre aux humains et de restaurer le règne des reptiles.

« Je pouvais regarder ça indéfiniment », confie Amer Mango. « Il y avait deux personnages principaux, Kamal et Lamees, qui sont frère et sœur et combattent des dinosaures géants. »

« Mais pour battre les dinosaures, Tachibana Ai and Tachibana Zen [Kamal et Lamees] devaient fusionner leurs pouvoirs et connecter leurs membres robotiques – qu’ils ont eus après avoir été blessés dans une grande explosion – pour devenir Izenborg, une sorte de personnage robotique. »

La popularité de la série a conduit à un documentaire spécial sorti en 2017, The Return of Izenborg, qui a été diffusé sur Spacetoon dans le monde arabe et sur les chaînes locales au Japon.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.