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Réconciliation palestinienne : pour l’AP, l’Égypte est un médiateur trop intrusif

Alors que l’Égypte tente de réconcilier les Palestiniens et de négocier une trêve entre le Hamas et Israël, les responsables du Fatah se disent marginalisés
Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi et le président palestinien Mahmoud Abbas au Caire, en 2017 (AFP)

RAMALLAH, Territoires palestiniens occupés (Cisjordanie) – Après des semaines de négociations, de hauts responsables palestiniens ont confié à Middle East Eyeque la confiance entre l’Autorité palestinienne (AP) et l’Égypte était « minime » et qu’ils en avaient assez de « l’intervention [du Caire] à Gaza ».

Depuis juillet, l’Égypte tente de réconcilier le Fatah, qui contrôle l’Autorité palestinienne en Cisjordanie, et le Hamas, qui contrôle Gaza, tout en négociant un cessez-le-feu à long terme entre le Hamas et Israël.

« Abbas a dit aux Égyptiens : vous jouez dans notre cour, vous intervenez à Gaza contre les intérêts nationaux palestiniens »

Un responsable du Fatah

L’administration américaine, qui cherche désespérément à mettre en œuvre son prétendu « accord du siècle » et à stabiliser Gaza dans le cadre du plan de paix, a donné le feu vert à l’Égypte pour servir de médiateur – avec ou sans le président de l’Autorité palestinienne, a déclaré une source du Hamas.

Ces travaux se sont poursuivis alors même que des bombes et des roquettes survolaient la frontière de Gaza, nourrissant les craintes égyptiennes et israéliennes de longue date selon lesquelles la détérioration économique et sociale de la bande côtière appauvrie allait se propager dans leurs pays.

Le Caire avait précédemment traité le conflit entre le Hamas et Israël comme un conflit qui ne pourrait être résolu que lorsque les Palestiniens se seraient réconciliés. Au lieu de cela, avec l’approbation des États-Unis, l’Égypte a entamé une médiation entre le Hamas et Israël, et l’Autorité palestinienne n’est pas satisfaite, ont déclaré trois responsables du Fatah à MEE.

Un garçon regarde les décombres d’un immeuble après une frappe aérienne israélienne sur la ville de Gaza, le 9 août (AFP)

Ces différents responsables ont refusé d’être identifiés parce qu’ils n’étaient pas autorisés à commenter les négociations.

Au cours d’une visite d’une délégation palestinienne de haut rang au Caire au début du mois, Abbas a eu des mots durs envers ses homologues égyptiens, a déclaré un responsable.

« Abbas a dit aux Égyptiens : vous jouez dans notre cour, vous intervenez à Gaza contre les intérêts nationaux palestiniens », a rapporté le responsable.

Selon ce responsable, l’Égypte a depuis promis de revoir sa dernière proposition et travaille actuellement à un accord global qui inclurait la réconciliation palestinienne, une trêve à long terme sur Gaza et un échange de prisonniers entre le Hamas et Israël.

« Laissez les questions palestiniennes aux dirigeants palestiniens »

- Jamal Muheisin, responsable du Fatah

Malgré tout, des tensions subsistent. Dimanche, le responsable du Fatah Jamal Muheisin a déclaré à la radio Voix de la Palestine : « Il existe des tentatives israéliennes, américaines et arabes d’obtenir un accord bilatéral entre le Hamas et Israël. »

« Notre message à ces parties arabes est le suivant : laissez les questions palestiniennes aux dirigeants palestiniens et n’encouragez pas les accords bilatéraux entre le Hamas et Israël qui renforceraient la division entre les Palestiniens », a-t-il déclaré. « Personne n’accepterait ces tentatives. »

« Est-ce ce que des partenaires se font l’un à l’autre ? »

Le dernier chapitre des négociations avec l’Égypte a commencé à la mi-juillet, lorsque le Caire a convié le Fatah et le Hamas pour une visite et a présenté un plan de réconciliation.

Cette visite est survenue juste avant la visite du chef des services de renseignement égyptien, Abbas Kamil, à Washington DC.

Selon nos sources au Fatah, la proposition aurait été présentée par les Égyptiens, mais à leurs yeux, elle portait clairement la marque du Hamas, et ils se sont sentis trahis.

« Nous nous sommes demandé : où est passée la relation stratégique entre nous ? Est-ce ce que des partenaires se font l’un à l’autre ? »

- Un responsable du Fatah

« Notre délégation a accusé l’Égypte de nous avoir vendu une proposition du Hamas et d’avoir négocié un accord unilatéral entre le Hamas et Israël », a déclaré un responsable du Fatah. « Nous nous sommes demandé : où est passée la relation stratégique entre nous ? Est-ce ce que des partenaires se font l’un à l’autre ? »

Cependant, les représentants du Fatah au Caire se sont tus. Ils pensaient que Kamil souhaitait faire des progrès avant sa visite aux États-Unis afin de tirer parti du rôle et de l’implication de l’Égypte dans l’« accord du siècle ».

Ainsi, pour minimiser l’influence des États-Unis sur ce qu’ils estiment être des problèmes internes palestiniens, ils ont attendu que le chef des services de renseignements revienne pour donner une réponse.

Lors d’une seconde visite au Caire fin juillet, la délégation du Fatah – y compris le chef des services de renseignements de l’AP Majid Faraj et les membres du comité central Azzam al-Ahmad, Rawhi Fatouh et Hussein al-Sheikh – ont adressé une lettre à Kamil.

Dans cette lettre, l’Autorité palestinienne critiquait particulièrement l’Égypte pour être parvenue à un accord avec le Hamas sur la réconciliation palestinienne avant de le présenter à l’AP, puis de l’avoir présenté à l’AP comme s’il s’agissait d’une proposition égyptienne. 

Elle a également critiqué l’Égypte pour avoir négocié une trêve à long terme entre le Hamas à Gaza et Israël sans l’implication de l’Autorité palestinienne, et pour avoir fourni aux autorités du Hamas à Gaza du pétrole, du gaz, des cigarettes et d’autres produits, privant l’Autorité palestinienne de recettes fiscales cruciales.

« Nous leur avons dit [aux Égyptiens] que l’AP versait 118 millions de dollars [103 millions d’euros] par mois à Gaza et que cela avait été ramené récemment à 98 millions de dollars [85 millions d’euros], et que ces marchandises nous fournissaient de l’argent qui contribuait aux versements à la bande de Gaza », a déclaré un responsable.

Après avoir refusé la proposition égyptienne, l’Autorité palestinienne en a lancé une nouvelle, dans laquelle elle serait responsable de toutes les institutions gouvernementales de Gaza chargées de la sécurité, des impôts, des revenus et des biens.

Plan A, Plan B

À Gaza, les dirigeants du Hamas ont déclaré être parvenus à un accord comprenant « des intérêts mutuels » avec les Égyptiens.

« Nous avons des intérêts mutuels avec l’Égypte, mais en même temps, nous essayons d’amener l’Autorité palestinienne à Gaza », a déclaré un haut responsable du Hamas.

Selon ce responsable, les domaines d’intérêt mutuel vont du renouvellement des efforts de réconciliation palestinienne à la réalisation de projets humanitaires internationaux à Gaza et à la négociation d’une trêve avec Israël.

« Si les efforts de réconciliation sont un succès, l’Autorité palestinienne dirigera la bande de Gaza, supervisera le poste-frontière de Rafah [le seul point de passage entre Gaza et l’Égypte] et les projets humanitaires passant par l’ONU, alors que l’Égypte négociera une trêve à long terme entre le Hamas et Israël », a-t-il expliqué.

Il a ajouté : « Si cette initiative ne fonctionne pas, nous passerons au plan B, que nous avons convenu avec l’Égypte, en commençant par travailler sur une trêve entre le Hamas et Israël, l’ouverture du poste-frontière de Rafah pour les personnes et les biens, la réalisation des projets humanitaires internationaux et la négociation d’un accord d’échange de prisonniers entre le Hamas et Israël. »

Une Palestinienne attend au poste-frontière de Rafah en mai (AFP)

Il a déclaré que l’Égypte avait demandé à ses entreprises de mener à bien les projets internationaux à Gaza.

L’accord comprend également la reprise de la coopération en matière de sécurité entre le Hamas et l’Égypte dans la lutte contre les groupes armés dans le Sinaï, en particulier le groupe État islamique.

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Le responsable du Hamas a déclaré que l’Égypte avait des intérêts économiques, sécuritaires et politiques à travailler à Gaza.

En particulier, l’Égypte veut rétablir les liens de sécurité avec le mouvement, qui ont été rompus plus tôt cette année après que le Caire n’a pas tenu une promesse faite au Hamas.

L’Égypte avait déclaré au mouvement que si elle livrait à l’Autorité palestinienne tous les postes-frontières de Gaza avec Israël et l’Égypte et laissait l’Autorité palestinienne collecter des taxes sur les passages, le Caire amènerait le gouvernement d’Abbas à assumer les responsabilités et à gouverner Gaza. Par le passé, le Hamas avait accepté que l’Autorité palestinienne prenne le contrôle de Gaza, mais avait refusé de se démettre des forces militaires, un problème qui avait entraîné la rupture des négociations entre les deux parties.

La promesse égyptienne n’était donc pas nouvelle, mais le Caire n’a toutefois pas été en mesure de la tenir.

Confiance minime

Une fois que l’Autorité palestinienne a fait exploser la première proposition égyptienne et que le Fatah a présenté ses revendications, le Caire a promis de rendre l’accord préliminaire plus équilibré, a déclaré l’un des responsables du Fatah.

Le chef des services de renseignements égyptiens, Kamil, a invité Azzam al-Ahmad, chef du comité central du Fatah, au Caire la semaine dernière pour lui transmettre ce message.

Des tensions ont éclaté entre l’Autorité palestinienne et l’Égypte depuis l’arrivée au pouvoir du président Abdel Fatah el-Sissi qui a exercé des pressions sur Abbas pour qu’il réintègre le dirigeant exilé du Fatah, Mohammed Dahlan, selon des collaborateurs d’Abbas et de Dahlan.

Dahlan, le chef de la sécurité de l’AP à Gaza avant que le Hamas ne prenne le contrôle de la bande en 2007, vit en exil à Dubaï depuis 2010 et a été suspendu par le Fatah en raison de son implication présumée – niée par Dahlan – dans un complot pour renverser Abbas.

Les relations entre l’Autorité palestinienne et le Caire sont désormais au plus bas, ont indiqué des responsables.

« Nous allons attendre et voir », a confié une source. « Mais la confiance entre Abbas et l’Égypte est minime. »

Traduit de l’anglais (original).