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« Si la dialyse cesse, mon fils mourra » : des vies d’enfants menacées par le manque de fuel à Gaza

Des familles de jeunes patients ont fait part à MEE de leurs craintes alors que l'hôpital où ils sont soignés est sur le point de manquer de carburant suite au blocus imposé par Israël à des fonds qataris essentiels
Najwan al-Samouti et son fils Yahya, maintenu en vie par une machine de dialyse à l’hôpital pour enfants al-Rantissi de Gaza (MEE/Mohammed Asad)
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GAZA, Territoires palestiniens occupés - Des parents et des membres du personnel de l’hôpital pour enfants al-Rantissi de Gaza ont fait part à MEE de leurs craintes alors que l’établissement est sur le point de manquer de carburant.

Le ministère gazaoui de la Santé a averti ce week-end que la santé de centaines de patients de la bande assiégée était menacée en raison du blocus qu’Israël continue d’imposer à des fonds vitaux en provenance du Qatar.

Ashraf al-Qedra, porte-parole du ministère, a déclaré que plusieurs hôpitaux risquaient d’arrêter leurs générateurs électriques en raison de la crise du carburant.

« Nous parlons de centaines de patients, dont 800 patients souffrant d’insuffisance rénale et des dizaines d’enfants prématurés, de plus de 250 interventions chirurgicales par jour et de grossesses dangereuses, dont 150 césariennes », a précisé Qedra lors d’une conférence de presse ce dimanche.

« Nous risquons de perdre de nombreuses vies. Nous sommes confrontés à une crise majeure »

– Dr Mohammed Abu Salmiyyah, directeur de l’hôpital pour enfants al-Rantissi

« Nous avons besoin de 300 000 litres de diesel tous les mois pour assurer le fonctionnement de nos services de santé. »

Le Dr Mohammed Abu Salmiyyah, directeur général d’al-Rantissi, s’est exprimé pour MEE : « À l’hôpital al-Rantissi, nous avons un service de dialyse ouvert 24 heures sur 24 et un service pour les patients atteints de cancer. Il fait froid maintenant et le vent est glacial. Nous ne pouvons pas faire fonctionner le chauffage ou d’autres services connexes lorsque le courant [électrique] est coupé.

Ragheb, 10 ans, reçoit une dialyse quatre fois par semaine depuis cinq ans (MEE/Mohammed Asad)

« Nous risquons de perdre de nombreuses vies. Nous sommes confrontés à une crise majeure.

« En plus des pénuries occasionnelles de médicaments, il y a un manque de traitements et une impossibilité de franchir les points de passage [pour sortir de Gaza].

« Ceci est totalement contraire aux normes et aux lois internationales. Le patient doit se sentir en sécurité dans son lit d’hôpital. »

« Le monde conspire contre nous »

Parmi les patients les plus menacés par la pénurie de carburant figurent les enfants qui sont maintenus en vie par les machines de dialyse.

« Pour nous, il s’agit d’un vieux problème qui est revenu récemment, ces deux derniers mois », a confié Najwan al-Samouti, dont le fils Yahya est hospitalisé à al-Rantissi.

« Une fois encore, le monde conspire contre nous. Gaza reste soumise à un blocus continu.

« C’est la vie des enfants malades qui est mise en péril. Même lorsqu’il y a de l’électricité, celle-ci n’est pas constante. »

« Sur le plan psychologique, nous n’avons pas beaucoup de confort, il n’y a aucune garantie de survie, a-t-elle ajouté. Je viens à l’hôpital pour enfants Abdel Aziz al-Rantissi depuis quatre ans pour dialyser mon fils, quatre fois par semaine, et je m’inquiète. Si le nombre de traitements hebdomadaire est réduit, son sang sera pollué.

« Si la dialyse cesse complètement, mon fils mourra. »

Le clivage AP-Hamas

En 2017, le président palestinien Mahmoud Abbas a mis un terme aux financements de l’Autorité palestinienne (AP) destinés au carburant dans la bande de Gaza, dans le cadre d’une série de mesures visant à faire pression sur le Hamas, le mouvement rival de l’AP qui gouverne Gaza.Le Hamas et le Fatah, le parti d’Abbas qui domine l’AP en Cisjordanie occupée, sont en délicatesse depuis 2007, année durant laquelle le mouvement a pris le contrôle de l’enclave côtière.

« Ceci est totalement contraire aux normes et aux lois internationales »

– Dr Mohammed Abu Salmiyyah, directeur de l’hôpital pour enfants al-Rantissi

Peu de temps après, Israël a imposé à Gaza un siège paralysant qui, combiné à plusieurs offensives israéliennes et à la crise entre l’AP et le Hamas, a dévasté les infrastructures et les conditions de vie à Gaza.

L’embargo d’Abbas sur le carburant n’a fait qu’exacerber cette situation, l’approvisionnement en électricité s’élevant à environ 50 % de sa valeur normale.

Si le ministère gazaoui de la Santé a maintenu le fonctionnement de ses générateurs grâce à des dons internationaux, ces fonds sont cependant en train de s’épuiser.

À LIRE ► « J’accuse l’Autorité palestinienne de la mort de mon enfant » : le drame des malades bloqués à Gaza

Une subvention qatarie a permis de maintenir l’unique centrale électrique de Gaza en activité, réduisant ainsi le nombre d’heures durant lesquelles les hôpitaux doivent s’en remettre aux générateurs.

Cependant, Israël a refusé l’entrée de l’argent qatari dans la bande de Gaza pour la deuxième semaine consécutive, ce qui a privé de salaire les fonctionnaires employés par le Hamas et accru la tension dans l’enclave assiégée.

« Quand l’électricité sera coupée, cet enfant mourra »

Les détracteurs du blocus israélien le comparent à une punition collective infligée aux deux millions d’habitants de l’enclave appauvrie.

L’Égypte maintient également le siège en limitant à sa frontière les entrées et les sorties de Gaza.

« Je le regarde pendant des heures chaque semaine en me demandant si la machine continuera de fonctionner ou si son chemin se terminera devant moi »

- Hamto al-Satari, père de Ragheb

« Je viens pour une dialyse quatre fois par semaine depuis cinq ans », a indiqué à MEE Hamto al-Satari, père de Ragheb. Son fils, âgé de 10 ans, reçoit une dialyse quatre fois par semaine depuis cinq ans. 

« Quand l’électricité sera coupée, cet enfant mourra parce que sa vie dépend de cet appareil. Je le regarde pendant des heures chaque semaine en me demandant si la machine continuera de fonctionner ou si son chemin se terminera devant moi, abattu face à son corps sans vie.

« Surtout que la dialyse n’est pratiquée que dans cet hôpital, qu’elle n’est disponible nulle part ailleurs et qu’il n’y a pas d’alternative. La bande de Gaza est assiégée et les points de passage sont fermés, il n’est donc pas possible d’évacuer les enfants si l’électricité est complètement coupée. »

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.