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Israël veut légaliser les colonies sauvages en Cisjordanie, limiter le volume des appels à la prière

Les deux projets de loi doivent être votés en trois lectures par le parlement ; la proposition sur les colonies doit être approuvée par la Cour suprême
Le Premier ministre israélien Benyamin a exprimé dimanche son soutien à un projet de loi limitant le volume des appels à la prière des mosquées (AFP)
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La commission ministérielle israélienne des lois a adopté dimanche soir un projet de loi permettant de légaliser des colonies sauvages construites sur des terres privées palestiniennes en Cisjordanie occupée, a-t-on annoncé de sources parlementaires.

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a également exprimé dimanche son soutien à un projet de loi limitant le volume des appels à la prière des mosquées ; une proposition qui, selon des observateurs du gouvernement, menacerait la liberté religieuse.

Pour être adopté, le projet de loi pour les colonies doit être voté en trois lectures par le parlement et doit être ratifié par la Cour suprême.

Le vote a été précipité par la commission ministérielle pour tenter d’empêcher l’évacuation de la colonie sauvage d'Amona en Cisjordanie occupée avant la fin de l’année.

La Cour suprême a ordonné l’évacuation avant le 25 décembre des colons d’Amona et la démolition de leurs maisons.

Amona accueille une quarantaine de familles et a été construite sur des terrains privés appartenant à des Palestiniens qui avaient demandé à la Cour que cette colonie soit enlevée.

Aux yeux de la communauté internationale, toutes les colonies situées dans l’est de la ville de Jérusalem annexé par Israël et en Cisjordanie occupée, quels que soient leurs statuts juridiques du point de vue israélien, sont illégales.

Elles sont également considérées comme un obstacle majeur aux pourparlers de paix car elles sont construites sur la terre que les Palestiniens considèrent comme partie intégrante de leur futur État.

Le projet de loi controversé stipule que le gouvernement peut ordonner la confiscation de terrains appartenant à des propriétaires privés palestiniens en échange du versement d'indemnisations.

Ce projet s’est retrouvé au centre d’une dispute entre le Premier ministre Benyamin Netanyahou, qui voulait retarder le vote, et les partisans de la ligne dure de son parti au pouvoir, le Likoud.

Un colon israélien à Amona, au nord-est de Ramallah, pris en photo en septembre 2016 (AFP)

Le ministre de l’Éducation, Naftali Bennett, chef du Foyer juif, un parti nationaliste religieux, a réussi à obtenir du soutien pour le vote, ce qui a mené à l’approbation du projet de loi dimanche.

Peace Now, une ONG israélienne opposée à la colonisation, a dénoncé le vote.

« C'est une honte, le gouvernement soutient une loi qui va permettre de confisquer des terres privées palestiniennes pour construire des colonies », a affirmé Hagit Ofran, une des dirigeantes de l’ONG.

Selon Hagit Ofran, quelque 2 000 maisons ont été construites sur des terres privées appartenant à des Palestiniens en Cisjordanie.

Le procureur général, Avichai Mandelblit, a mis en garde les ministres sur le fait qu’il ne serait pas en mesure de défendre la loi devant la Cour suprême.

Pendant ce temps, devant la commission ministérielle des lois, Netanyahou a approuvé un projet de loi visant à mettre un terme à l’utilisation de haut-parleurs pour les appels à la prière, et a déclaré qu’il soutiendrait cette mesure que certains ont décrite comme un facteur de division.

Le Premier ministre israélien Benyamin a déclaré avoir reçu des plaintes à propos des appels à la prière (AFP)

Ce texte doit être voté en trois lectures par le parlement avant d’être adopté.

« Je ne peux pas compter le nombre de fois – il y en a trop – où des citoyens se sont adressés à moi  pour se plaindre du bruit et des souffrances causés par le bruit excessif des appels à la prière », a affirmé M. Netanyahu lors du conseil des ministres.

Bien que la loi s’applique à tous les lieux de culte, elle est considérée comme ciblant particulièrement les mosquées.

La population israélienne comprend une minorité arabe (17,5 %) majoritairement musulmane, qui s'estime victime de discriminations de la part de la majorité juive.

Jérusalem-Est est principalement palestinienne et le traditionnel appel à la prière par des muezzins diffusé par haut-parleurs peut être entendu dans la ville. 

L’Institut pour la démocratie d’Israël, un think tank non partisan, s’est prononcé contre le projet de loi, accusant les politiciens de droite d'exploiter dangereusement ce dossier pour gagner quelques points dans l'opinion publique.

Nasreen Hadad Haj-Yahya a écrit dans le journal israélien Maariv que « le véritable objectif » de cette proposition « n’est pas d’empêcher le bruit, mais plutôt de créer du bruit qui va faire du mal à toute la société et aux efforts pour créer une réalité saine entre les juifs et les Arabes. »

Netanyahou dirige ce qui semble être le gouvernement le plus à droite de l’histoire israélienne.

Traduit de l’anglais (original).