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Pour les États-Unis, les affrontements entre la Turquie et les forces kurdes sont « inacceptables »

Des dizaines de personnes ont été tuées dans les affrontements entre deux des alliés des États-Unis, après l’incursion turque au nord de la Syrie
Une colonne de chars turcs progresse en direction de Jarablus au nord de la Syrie (Reuters)

Les États-Unis ont qualifié d’« inacceptables » les heurts entre les forces turques, qu’ils soutiennent, et les combattants pro-kurdes au nord de la Syrie. Leur déclaration fait suite à une mise en garde du président turc, Recep Tayyip Erdoğan selon laquelle son pays combattra les militants kurdes en Syrie avec la « même détermination » dont il fait preuve contre le groupe État islamique (EI).

Selon l’Observatoire syrien des droits de l'homme, au moins 40 civils ont été tués suite aux frappes aériennes turques sur des zones contrôlées par les Unités populaires de protection pro-kurdes (YPJ) et les Forces démocratiques syriennes (FDS) autour de la ville de Jarablus, théâtre d’affrontements entre les divers groupes soutenus par les États-Unis, suite à l’entrée des forces militaires turques en Syrie, la semaine dernière.

Ankara a déclaré que ses raids avaient éliminé 25 « terroristes » kurdes et que l'armée faisait tout son possible pour minimiser les pertes civiles.

Au cours des dernières 24 heures, les forces armées turques ont également effectué 57 tirs d'artillerie sur 16 cibles de combattants armés au nord de la Syrie, a indiqué lundi une source militaire turque, sans préciser si les cibles visées appartenaient aux YPG ou à l’EI.

Des combats ont aussi éclaté ce week-end entre les FDS et le groupe rebelle Faylaq al-Sham (« Légion du Sham »), soutenu par les Turcs.  Un certain nombre de militants YPG/FDS auraient été tués et faits prisonniers.

Traduction : « Lors de leur progression vers le sud à partir de Jarablus, des rebelles aux ordres de Faylaq al-Sham, soutenu par les États-Unis, capturent des soldats des YPG et du PKK, soutenus également par les États-Unis »

Le porte-parole du département américain de la Défense, Peter Cook, a condamné les combats qui font rage au sud de la ville syrienne de Jarablus.

« Nous suivons de près les comptes-rendus de ces affrontements au sud de Jarablus – d’où l’EI a été délogé – entre les forces turques, certains groupes d'opposition et des unités affiliées aux Forces syriennes démocratiques [dirigées par les Kurdes] », a-t-il déclaré.

« Nous tenons à dire clairement que nous jugeons ces affrontements « inacceptables » et qu’ils sont pour nous une source de profonde préoccupation. »

« Les États-Unis ne se sont pas impliqués dans ces luttes, qui n’étaient pas coordonnées avec les forces américaines, et nous ne les avons jamais soutenues », a-t-il ajouté.

« Ce conflit implique un nombre déjà pléthorique d’adversaires. En conséquence, nous demandons à toutes les forces armées parties prenantes de se retirer immédiatement et de prendre toutes les mesures appropriées pour mettre un terme à ces affrontements. »

Les forces turques sont entrées en Syrie en affichant ostensiblement leur intention de débarrasser la ville frontalière de Jarablus des combattants de l’EI, responsables d'attaques sur le sol turc. Cependant, les dirigeants ont menacé de cibler également les combattants des YPG, que le gouvernement turc considère comme une ramification du Parti des travailleurs turcs du Kurdistan (PKK), qui mène depuis des décennies une guérilla contre l’État turc.

Lundi, Erdoğan a déclaré que les YPG feraient partie des cibles visées par les opérations militaires turques en Syrie, afin d'éliminer toute « activité terroriste » à proximité de la frontière turque.

« Nous sommes déterminés à faire le maximum pour rayer Daech de la carte de la Syrie », a promis Erdoğan lors d’un rassemblement dans la ville méridionale de Gaziantep.

« Et nous avons la même détermination à l’égard du Parti de l’union démocratique (PYD), groupe terroriste sévissant en Syrie », a-t-il insisté, faisant allusion à l'aile politique des YPG.

Au cours du week-end, les forces turques ont également franchi la frontière pour entrer dans Kobané. La ville avait fait les gros titres début 2015, après avoir été reprise à l’EI par les YPG, avec le soutien de frappes aériennes américaines.

Traduction : « VIDÉO : Les rebelles turcs affirment qu’ils ne s’arrêteront qu’une fois à Ayn al-Islam (nom donné à Kobané par #ISIS) »

Le gouvernement turc aurait l’intention de construire une barrière pour séparer son territoire de celui de la Syrie, tel un rempart contre d'éventuelles activités transfrontalières à venir.

Les FDS et l’YPG ont affiché des réactions mitigées à l'escalade du week-end dernier. Un certain nombre de groupes affiliés aux FDS, dont Jaysh al-Thuwwar, majoritairement arabe, ont annoncé leur intention de défier l’« occupation turque » :

Traduction : « La situation devient confuse autour de #Jarablus. Deux unités pro-YPG et FDS annoncent leur intention de s’opposer à « l'occupation turque » #Syrie

Cependant, un autre commandant du YPG a déclaré sur Twitter que son groupe ferait preuve de la plus grande retenue à l’égard des forces turques et continuerait à concentrer ses combats contre l’EI.

« Quant à l'escalade des attaques militaires turques contre nos positions frontalières dans trois cantons [au nord de Syrie], nous persistons à adopter la plus grande retenue – et refusons de répondre à ces agressions malgré les pertes subies », a déclaré Derik, chef des YPG, sur le compte Twitter officiel du groupe.

« Dans la stabilisation du nord du pays, notre objectif reste la lutte contre Daech et non contre les forces turques. »

Les États-Unis, qui ont soutenu les FDS dans leur lutte contre l’EI au nord de la Syrie, estiment que ce groupe a un rôle crucial à jouer quand il s’agira de déloger l’EI de Raqqa, sa prétendue « capitale ».

Toutefois, mercredi dernier, lors d'une conférence de presse conjointe en Turquie entre le Premier ministre et le vice-président américain, Joe Biden a déclaré que les YPG perdraient le soutien des États-Unis s’ils s’entêtaient à progresser vers l'ouest au-delà de l’Euphrate.

Suite à ces commentaires, un porte-parole des YPG a laissé entendre qu'ils se conformeraient à cette exigence des États-Unis et se retireraient, tout en déclarant que les FDS resteraient sur leurs positions.

Un peu plus tard, le porte-parole du YPG, Redur Xelil, a semblé apporter un démenti à cette affirmation.

« Nous sommes parvenus à l'ouest de l'Euphrate et souhaitons jouer à plein notre rôle au sein des Forces démocratiques syriennes », a-t-il affirmé sur la chaîne Voice of America.

« Nous sommes chez nous dans ce pays et n’en sortirons pas, même si nous en recevons l’ordre. Nos actions ne se conformeront jamais à je ne sais quelles exigences de la Turquie ou d'une toute autre puissance. »

Traduit de l’anglais (original) par Dominique Macabies.