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« Razzia », le film de Nabil Ayouch, censuré en Égypte

En Égypte, l’Entité du contrôle des œuvres artistiques vient de refuser d’accorder une licence à la projection du dernier film du réalisateur marocain Nabil Ayouch, « Razzia »
La censure égyptienne poursuit le réalisateur audacieux Nabil Ayouch (Capture d'écran)
Par MEE

« Razzia », le dernier film de Nabil Ayouch, réalisateur franco-marocain, traite des libertés individuelles dans un Maroc plongé dans ses maux. Les droits des femmes, la lutte des classes, les mobilisations citoyennes et, enfin, le quotidien des juifs marocains sont les sujets phares de « Razzia ». 

Avec ce film, Nabil Ayouch revient après trois ans d’absence depuis la tourmente de son précédent film, « Much Loved » (sorti en 2015), dont les personnages principaux étaient des prostituées. Ce film a aussi suscité des polémiques dans plusieurs pays arabes, dont le Maroc, ou il a été censuré. Son actrice principale, Loubna Abidar, avait dû se réfugier en France après avoir été victime d'une agression présumée à Casablanca en novembre 2015.

« J'ai eu envie de parler d'eux et, à travers eux, de parler de nous. Ce sont des personnages que j'ai évidemment aimés » et « qui m'inspirent surtout par leur capacité à résister », avait confié Nabil Ayouch à l’AFP.

Le réalisateur controversé refuse de baisser les bras. Son nouveau film est une ode à la « résistance » sur les libertés individuelles au Maroc. « Razzia » raconte les destins croisés à Casablanca de cinq personnages assoiffés de liberté alors qu'une révolte monte : une vieille femme venue à la ville avec son fils à la recherche de l'homme qu'elle aime, une femme libre qui refuse d’être un objet de soumission des désirs de son mari, une adolescente des quartiers chics de Casablanca qui se découvre au-delà de son milieu aisé, le quotidien d’un restaurateur juif et, enfin, l’histoire d’un jeune homme de la médina fan de Freddie Mercury.

Scène du film « Much Loved » (Capture d'écran)

Le dernier film du réalisateur franco-marocain est à l'affiche en France depuis mars 2018 et devait être projeté en Égypte dès le mois d’avril. Mais « Razzia » a suscité la peur de l’Entité du contrôle des œuvres artistiques du pays, qu'elle accuse d'« encourager à la révolution, surtout que le film raconte une mobilisation citoyenne des pauvres marginalisés en quête de justice au Maroc » et que « les événements de ce film et ces manifestations citoyennes rappellent les événements du 25 janvier 2011 qui ont abouti à la révolution égyptienne ». 

D’après certaines sources, les raisons de la censure ne sont pas que politiques. « Le film de Nabil Ayouch raconte le quotidien d’un restaurateur juif. Son histoire pourra susciter la sympathie et la compassion des spectateurs », ont argumenté les responsables de contrôle des œuvres artistiques en Égypte.  

 « Les événements de ce film et ces manifestations citoyennes rappellent les événements du 25 janvier 2011 qui ont abouti à la révolution égyptienne »

- Entité égyptienne du contrôle des œuvres artistiques

À propos des censures qui le ciblent, Nabil Ayouch reste ferme et déterminé : « Mon film est une ode aux liberté individuelles et à la résistance citoyenne. Toute ressemblance avec d’autres événements est un fruit du hasard. Les personnages de mon film sont des personnes que j’ai rencontrées et que j’ai voulu mettre à l’honneur en racontant leur quête de liberté ».

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