Une vidéo montre des soldats israéliens crier de joie après un tir de sniper sur un Palestinien

Une vidéo montre des soldats israéliens crier de joie après un tir de sniper sur un Palestinien

#OccupationPalestine

Une vidéo montrant un Palestinien touché par des tirs en provenance d'une position occupée par des soldats israéliens a été authentifiée par l'armée et défendue par des politiques israéliens

Des soldats israéliens lors d'un entraînement de tir, le 9 avril 2018 (Reuters)
Mustafa Abu Sneineh's picture
11 avril 2018
Last update: 
Wednesday 11 April 2018 15:16 UTC
Last Update French: 
11 avril 2018

Des politiques israéliens ont défendu une vidéo montrant des snipers israéliens criant de joie après avoir tiré sur un Palestinien non armé, près de la frontière avec Gaza.

La vidéo, diffusée pour la première fois par la chaîne de télévision Channel 10 lundi soir, semble montrer des soldats tirant sur l'homme près de la barrière frontalière avec la bande de Gaza et hurlant d'excitation.

Traduction : Waouh, quelle vidéo !

Ouais !

Fils de p***

Des soldats israéliens se réjouissent après un tir de sniper sur un Palestinien « apparemment sans arme et immobile ».

Quelle vidéo fantastique.

Je ne l’ai pas vu, mec.

Il s’est envolé, genre, avec sa jambe. Il… avec sa jambe… et ça l’a touché à la tête.

Prenez ça, espèces de fils de p***.

L’armée israélienne a déclaré qu’elle examinait l’incident, qui a eu lieu  à la frontière avec Gaza. 

La vidéo aurait été filmée il y a plusieurs mois, mais n’a été diffusée que récemment sur les réseaux sociaux.

Quelle vidéo ! Courez, sortez-le d’ici. 

Bien sûr que j’ai filmé.

Waouh, quelqu’un a été touché à la tête.

Waouh, regarde, regarde. 

Waouh.

Après le tir, un des soldats se réjouit en hébreu : « Waouh ! Quelle vidéo !... Ouais ! Ce fils de p*** ».

Le Palestinien ne semble pas constituer une menace pour les soldats israéliens qui se trouvent du côté israélien de la clôture et qui regardent la scène à travers un viseur ou des jumelles.

Naftali Bennett, ministre israélien de l'Éducation, a déclaré au site d'information hébreu Ynet qu'il ne souhaitait pas être entraîné dans un « festival de condamnations » de la vidéo, devenue virale depuis sa diffusion.

« Depuis quand juge-t-on un soldat selon l'élégance de son discours ? Je préfère un soldat gai qu’un père en deuil »

- Naftali Bennett, ministre israélien de l'Éducation

« Depuis quand juge-t-on un soldat selon l'élégance de son discours ? Je préfère un soldat gai qu’un père en deuil », a précisé Naftali Bennett à Ynet.

L'armée israélienne a confirmé l'authenticité de la vidéo mais a prétendu « qu'elle faisait suite à des émeutes et à des avertissements de la part des troupes ».

Dans un communiqué, elle a déclaré que le Palestinien de la vidéo avait été frappé à la jambe et blessé. La vidéo a été enregistrée le 22 décembre dans la région de Kissoufim, près de la bande de Gaza, selon le communiqué. Le ministère palestinien de la Santé n'a pas publié de déclaration concernant le tir palestinien.

Une « réaction humaine »

Le soldat filmé dans la vidéo a été convoqué par son commandant mardi pour être interrogé, selon Ynet. L'armée israélienne a ajouté que la vidéo avait été enregistrée par un soldat ne faisant pas partie de l'unité qui a tiré le coup de feu, et que des mesures seraient prises contre lui.

Le ministre israélien de la Sécurité intérieure, Guilad Erdan, du Likoud, le parti du Premier ministre Benyamin Netanyahou, a déclaré à Ynet : « Je crois en la pureté des armes des soldats et en l'éthique du combat. Par conséquent, mon principe est de défendre, en effet, les soldats qui se trouvent sur le champ de bataille. »

Il a justifié la joie des soldats, confrontés à une « situation tendue », comme une « réaction humaine ».

« Mon principe est de défendre, en effet, les soldats qui se trouvent sur le champ de bataille »

- Guilad Erdan, ministre israélien de la Sécurité intérieure

La vidéo a été diffusée alors que l'attention était focalisée sur Israël, après l'assassinat de 31 Palestiniens impliqués dans les manifestations de la grande Marche du retour, le long de la frontière avec la bande de Gaza, qui a commencé le 30 mars.

Apparemment, les images ont été filmées du côté israélien de la barrière frontalière, à travers des jumelles ou un viseur.

Dans la vidéo, on peut entendre les voix de deux soldats parlant en hébreu et ouvrant le feu sur ce qui semble être des Palestiniens, non armés, marchant de l'autre côté de la frontière.

Le sniper dresse son fusil sur le Palestinien qui se tient debout à côté de deux autres hommes, accroupis devant un rouleau de barbelés à quelques mètres de la barrière frontalière.



Le porte-parole arabophone de l’armée israélienne a tweeté le 6 avril une photo avec des enfants palestiniens dans le viseur d’un sniper et a commenté : « On vous voit bien » (capture d'écran)

On peut ensuite entendre une voix ordonner : « C'est 50, affirmatif. Quand il sort, vous l'avez ».

« Avez-vous une balle dans le canon ? », demande quelqu'un d'autre.

« Vous êtes sur lui ? Vous êtes sur lui ? », demande la première voix.

« Oui, il s'arrête », répond le soldat.

« Vas-y, oui », lance la première voix.

« Attends, je ne peux pas tirer à cause des barbelés », répond le soldat.

Soudain, une voix forte parlant en hébreu, apparemment celle du soldat qui a filmé la fusillade, crie : « Maymoni, viens ici, viens ici, viens ici ».

Des soldats se coupent la parole et on peut voir deux Palestiniens accroupis près des barbelés, tandis que le troisième reste immobile.

Le tireur d'élite semble ensuite ouvrir le feu sur la personne debout, la faisant tomber à terre, puis on entend les acclamations des soldats israéliens.

Selon le protocole militaire israélien, tous les tirs réels dirigés contre des manifestations requièrent l'approbation de la plus haute direction sur le terrain, généralement sur instructions d'un commandant de brigade ou d'un commandant de bataillon.

« On vous voit bien »

Selon Hanan Ashrawi, un haut responsable de l'Autorité palestinienne (AP), la vidéo montre ce que les Palestiniens dénoncent depuis longtemps sur l’agissement des soldats à la frontière avec Gaza, « mais que personne n’écoute ». 

« Nous nous plaignons de cela, mais malheureusement personne ne nous croit, à moins qu'une source israélienne le documente », souligne Ashrawi à l'AFP. « La question des tirs de snipers n'est pas nouvelle, mais il est temps pour le monde de voir et de croire ce que nous avons toujours dit. »

Jamal Zahalka, citoyen palestinien d'Israël et membre de la Liste unifiée à la Knesset, a déclaré à Haaretz que la vidéo « indique que les tireurs d'élite israéliens ont tué de sang-froid des manifestants palestiniens non armés qui participaient à une manifestation non violente ».

À LIRE : Une abstraction sur un champ de tir

Il a ajouté qu'il n’y avait rien d’étonnant à ce que les soldats agissent de cette façon lorsque les ministres, les députés, les médias et l'opinion publique se joignent à la fête et encouragent les massacres de masse des Palestiniens.

Ayman Odeh, un député de la minorité palestinienne d'Israël, a demandé à ce que le tireur d'élite soit jugé.

Avichay Adraee a averti vendredi les Palestiniens qu'ils ne pouvaient pas se cacher de l'armée israélienne pendant les manifestations de la grande Marche du retour, le long de la frontière de la bande de Gaza avec Israël, qui ont eu lieu les deux derniers vendredis.

La vidéo a été diffusée après les manifestations de masse le long de la frontière avec Gaza qui ont commencé vendredi 30 mars, et au cours dequelles 31 Palestiniens ont été tués par les troupes israéliennes. Il n'y a pas eu de victimes israéliennes.

 

Traduit partiellement de l'anglais (original).