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Falloujah et les factions d'Obama en Irak

Les forces iraniennes, le gouvernement irakien et les Forces de mobilisation populaire sont devenus les Contras au Moyen-Orient de l'administration Obama

Falloujah et ses habitants méritent le prix Nobel de la paix. Leur capacité à réconcilier seuls les anciens ennemis surpasse celle des diplomates les plus expérimentés. Les militants travaillent maintenant aux côtés des forces spéciales américaines et des frappes aériennes américaines apportent un soutien aux troupes iraniennes, dont la conception contestable des droits de l’homme passe outre les scrupules des américains sur la question.

Ce n’est pas une conséquence du fameux accord nucléaire avec l’Iran : l'Iran et les Etats-Unis ont collaboré pendant des mois et plus ouvertement depuis la bataille de Tikrit. A cette occasion, la Garde révolutionnaire iranienne du major-général Suleiman a été soutenue par des frappes aériennes américaines, sans lesquelles le siège d'un mois, infligé à quelque quatre-vingt combattants de Daech, aurait sans doute duré beaucoup plus longtemps.

Depuis le début des hostilités contre Falloujah le 28 décembre 2013, le gouvernement irakien et ses alliés n'ont pas cessé de bombarder la ville. Les civils qui, soit n’avaient pas pu partir, soit avaient dû rentrer d'exil parce qu'ils étaient trop pauvres pour rester en sécurité au Kurdistan irakien, ont payé un lourd tribut : 3 190 d'entre eux ont été tués et 5 197 autres ont été blessés.

Ce n’est pas la première fois que Falloujah est frappée de manière soutenue, mais depuis le début du ramadan, le mois sacré de l'islam, le bombardement de la ville s’est intensifié. Falloujah est un symbole, celui de la ville qui ne se rend jamais, ou ne le fait que, comme la ville tchétchène de Grozny, quand elle est à bout de forces. Elle pourrait se rendre à nouveau, mais à quel prix ? Le docteur Ahmed Shami Jasim, chef de clinique à l'hôpital universitaire de Falloujah, a confirmé que le mois dernier, 224 civils ont été tués, dont 46 femmes et 55 enfants, et que ces chiffres augmentent tous les jours.

Qui est responsable de ces massacres ? Falloujah est maintenant entourée, de Saqlawiya à l'ouest jusqu'à Amiriyat al-Falloujah au sud, par les Forces de mobilisation populaire irakiennes (PMF), connues sous le nom arabe de Hachd al-Chaabi. Décriées par certains comme une milice chiite commettant systématiquement des crimes par vengeance sur les sunnites irakiens, et glorifiées par les autres comme le nouvel éveil irakien,  les Forces de mobilisation populaire  sont dirigées par Abou Mahdi al-Muhandis, qui figure toujours sur la liste américaine des terroristes.

Abou Mahdi al-Muhandis a maintenu des liens étroits avec les Brigades iraniennes al-Qods et leur chef, le général Qasem Suleiman, qui était manifestement présent lors de l'offensive de Tikrit. En dépit des rumeurs selon lesquelles il a activement préparé l'offensive d’Anbar, le général Suleiman s’est fait très discret, comme les quelques tribus sunnites qui ont rejoint les Forces de mobilisation populaire et le président Obama a déclaré qu'ils ne participeraient pas à l'offensive d’Anbar, dut-il être présent.

Plusieurs habitants de Falloujah ont fait savoir aux responsables que des missiles Scud avaient été lancés sur la ville au cours des deux dernières semaines. Dans la région, seules deux forces armées possèdent ces missiles balistiques offensifs : la Syrie et l'Iran. Bien qu'il soit impossible pour l'instant de corroborer cette information avec des photos, cela prouve que l'armée iranienne est en effet impliquée dans l'offensive d'Anbar. Il y a plus d'un an, le lancement de barils d'explosifs sur Falloujah a été contesté par le gouvernement irakien jusqu'à ce que les organes de presse et les organisations de défense des droits de l’homme l’aient signalé et l’aient relevé. Cela pourrait-il également être le cas des missiles Scud  ? Cela prouverait l'implication iranienne directe dans l'offensive d’Anbar avec des armes qui sont néanmoins interdites dans le nouvel et fameux accord sur le nucléaire iranien.

Abu Mahdi al-Muhandis est aussi directement soutenu par les Etats-Unis. A l’ouest de Saqlawiya se trouve la base aérienne d’Habanyia où ont été envoyés, en janvier dernier, des conseillers spéciaux américains dans le but de former les Forces de mobilisation populaire. On affirme qu’ils entraînent uniquement des tribus sunnites, cependant des milices chiites sont également présentes sur la base. En réalité, les conseillers spéciaux américains assurent la formation des troupes d'un « terroriste » recherché. Des hélicoptères de l'armée irakienne décollent de la même base aérienne d’Habanyia et aussi de la base d'Asad, pour larguer des barils d'explosifs sur Falloujah. Bien que certains rapports laissent entendre que les Etats-Unis et les milices irakiennes se méfient les uns des autres, que les différentes parties responsables de leur destruction s’entendent ou non importe peu aux habitants de Falloujah, qui continuent d'être bombardés.

Etant donné que l'offensive terrestre contre Falloujah se produira vraisemblablement après les célébrations de l'Aïd, Falloujah n’est pas vide de civils comme l’était Tikrit lorsque les forces iraniennes et irakiennes assiégèrent la ville en mars dernier. La ville est paraît-il remplie de civils dont les documents d’identité ont été confisqués par Daech de sorte qu'ils ne peuvent pas partir. Si tel est le cas, et qu’ils servent ou non de boucliers humains, des dizaines de civils mourront probablement dans les tirs croisés. Dans ce cas, l'administration du président Obama sera directement impliquée, puisqu’elle utilise les Forces de mobilisation populaire, l'armée irakienne et la présence militaire iranienne au sol comme des factions interposées. Les troupes américaines sont beaucoup trop proches des violations des droits de l'homme pour ne pas être ternies par celles-ci.

On a souvent dit que le président Obama n'a pas de stratégie claire contre Daech. Ce qui ressort clairement des événements à Falloujah, et du fait que des dizaines de civils ont été tués pendant le ramadan, est que sa stratégie consiste à utiliser des factions interposées. Jusqu'à présent, cela a été un secret de polichinelle que beaucoup préfèrent ignorer. Il est beaucoup plus facile de célébrer un accord diplomatique avec l'Iran que de voir la réalité en face. Beaucoup d’observateurs ont décrié l’externalisation de la torture par l'administration Bush dans son programme d’extradition. Les mêmes observateurs devraient à présent réaliser que la stratégie du président Obama en Irak consiste à travailler directement avec des factions afin de répandre la terreur contre les civils. L’Iran, le gouvernement irakien et les Forces de mobilisation populaire sont devenus les Contras au Moyen-Orient de l'administration Obama.

Le Docteur Victoria Fontan est présidente par intérim du département de politique et des politiques publiques, à l'université américaine Duhok Kurdistan ; elle est aussi doctorante en Etudes sur la guerre au King's College de Londres. Ross Caputi est un vétéran américain de l'occupation de l'Irak. Il est également Membre du conseil de l’Islah Reparations Project et étudiant de troisième cycle en études anglaises à l'Université d'Etat de Fitchburg. 

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : La photo montre des hommes armés dans la ville irakienne de Falloujah.

Traduction de l'anglais (original) par Green Translations.