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Le Maroc se met au vert et le reste du monde devrait en tenir compte

De l’énergie éolienne aux centrales solaires, le Maroc, qui importe actuellement son énergie, est en passe de devenir un producteur majeur d’énergie renouvelable

Alors que 2015 – l’année qui bat tous les records en matière de chaleur – arrive à sa fin, et que les commentateurs débattent du résultat du sommet de Paris sur le climat, la COP21, le Maroc est déjà prêt à lancer un projet d’énergie propre très ambitieux, appelé à juste titre « Noor » (lumière, en arabe).

Avec une capacité potentielle de 580 MW, le projet Noor de 9 milliards de dollars devrait permettre de couvrir une région équivalente à une ville de la taille de Rabat, la capitale, et d’approvisionner 1 million de foyers en électricité. C’est le fruit des efforts faits au cours de ces dernières années par le royaume d’Afrique du Nord pour réduire sa dépendance à l’énergie importée, qui fait office de charge chronique dans le budget de l’État.

La première phase du projet, Noor 1, devrait commencer à fonctionner d’ici la fin de cette année. Noor 2 et Noor 3 suivront ensuite en 2016 et 2017, alors que Noor 4 – qui utilisera la technologie photovoltaïque qui transforme l’énergie solaire en électricité – est ouvert aux offres.

Le projet Noor 1, d’une valeur de 660 millions de dollars, devrait être opérationnel seulement quelques semaines après la fin de la COP21, soulignant ainsi l’engagement du Maroc à respecter les objectifs en termes d’émissions annoncés lors de la conférence. Il aidera également à planter le décor pour la COP22 prévue l’année prochaine, que le Maroc organisera sur son territoire, et annonce l’engagement de nouveaux efforts du pays pour devenir un leader dans la transition vers les énergies renouvelables et l’éradication de la dépendance à l’énergie importée.

L’objectif du gouvernement est d’afficher une capacité supplémentaire de 6 760 MW entre 2015 et 2025, dont 3 120 MW d’énergie solaire, 2 740 MW d’énergie éolienne et 900 MW d’hydroélectricité.

Un environnement propre et une hausse de la demande en énergie

Le Maroc est le plus grand importateur d’énergie de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord. Avec une croissance de la consommation en énergie de près de 6 % par an au cours de ces dix dernières années, le Maroc a dû trouver d’autres solutions pour répondre à la demande croissante de sa population tout en gardant son environnement propre.

Le Maroc a inauguré, en décembre 2014, le plus grand parc éolien d’Afrique, avec une capacité de 300 MW. Le parc éolien représente près de 40 % de la capacité éolienne totale du pays en opérations commerciales jusqu’à aujourd’hui.

Au final, le pays dispose d’une production d’énergie éolienne de plus de 800 MW déjà exploités, 550 MW sont en cours de développement et 850 MW sous contrat, avec une capacité supplémentaire de 1 000 MW prévue entre 2021 et 2025.

Comme pour l’énergie hydroélectrique, le Maroc, qui a déjà une capacité électrique installée de 1 770 MW (dont 460 MW sous la forme de stations de transfert d’énergie par pompage), a prévu une nouvelle station de transfert d’énergie par pompage d’une capacité de 350 MW à Abdelmoumen, dans la région d’Agadir. Cette station sera opérationnelle en 2020.

La centrale photovoltaïque qui devrait être le premier site de production d’énergie solaire au monde une fois toutes les phases terminées a été la réponse parfaite à la forte dépendance du Maroc en matière d’énergie, dont les coûts impactent négativement sur les investissements du gouvernement dans d’autres secteurs dus à la hausse record des prix pétroliers en 2014.

Réduire les émissions de gaz à effet de serre

Le budget du Maroc en aides accordées sur les carburants a fortement augmenté au cours de ces dix dernières années. Outre la réduction des dépenses liées au pétrole rendue possible par le choix du pays de renforcer les sources d’énergies alternatives, le gouvernement dirigé par les islamistes a pris la courageuse décision de supprimer les subventions sur le diesel à partir du 1er janvier, mettant ainsi fin à la lourde et intenable charge qui grève l’économie du pays depuis longtemps.  

Le gouvernement peut désormais se concentrer sur l’objectif du pays qui est de miser avant tout sur les énergies renouvelables.

Lors de la COP21, le Maroc s’est engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre d’au moins 13 % d’ici 2030. Même si cela peut paraître assez modeste, sa vision en matière d’énergie propre reste ambitieuse – le pays aimerait que cela représente, d’ici 2030, 52 % de ses besoins en énergie, soit l’équivalent de 6 000 MW. Pour respecter cet objectif, un investissement de 35 milliards de dollars a été effectué dans les secteurs de l’électricité et de l’énergie propre, offrant ainsi une excellente opportunité commerciale aux entreprises étrangères.

Grâce à Noor 1, le pays devrait pouvoir réduire ses émissions de CO2 de 240 000 tonnes par an ; et une fois que Noor 2 et Noor 3 seront opérationnels, ces réductions pourraient atteindre 522 000 tonnes, soit 1 % de ses émissions de CO2 de 56,5 millions de tonnes en 2011, d’après le ministère de l’Énergie.

Création d’emplois

L’énergie renouvelable favorise aussi la création d’emplois et l’industrialisation au Maroc, contribuant ainsi à la croissance de l’économie. Le projet Noor 1 a créé, à lui seul, près de 1 000 emplois et soutiendra certainement les entreprises locales dans la région du sud d’Ouarzazate, où est basé le projet.

Le mois dernier, le gouvernement marocain a franchi une autre étape importante vers l’établissement d’un environnement propre – même s’il ne s’agit pas de production d’énergie solaire – après la validation d’un projet de loi visant à interdire la fabrication, l’importation, la commercialisation et l’utilisation de sacs en plastique à compter du 1er juillet 2016, même si certains types de sacs comme les sacs poubelle, réfrigérants, de congélation et les sacs destinés aux usages agricoles sont encore autorisés. Cette décision était attendue depuis longtemps car le Maroc est le deuxième plus grand consommateur au monde de sacs en plastique, avec 26 milliards d’unités utilisées chaque année.

Cette décision s’inscrit également dans l’objectif de favoriser et développer l’éco-tourisme dans le pays.

Défis

Alors que les organisations environnementales ont exprimé leur joie face à cette décision, les critiques ont aussi été nombreuses car les employés de l’industrie plastique l’ont perçue comme une menace pour leur existence sur le marché, avec une perte estimée à 50 000 emplois directs et indirects.

Le gouvernement doit encore préciser les autres solutions spécifiques pour remplacer les sacs en plastique. Les sacs en papier biodégradable pourraient être une bonne solution mais nécessiteraient l’arrachage d’arbres et beaucoup d’énergie pour leur production. Le gouvernement doit définir de manière méticuleuse une alternative durable et écologique aux sacs en plastique. Dans le passé, le Maroc a déjà interdit l’utilisation de sacs en plastique de couleur noire, car ils présentaient de graves dangers pour la santé et l’environnement.

Il est clair qu’il ne sera pas facile de trouver des solutions idéales, et cela s’accompagnera certainement de nouveaux défis à relever. Mais dans la région Moyen-Orient Afrique du Nord, le Maroc pourrait être considéré comme l’un des brillants exemples à suivre.

- Saad Guerraoui est un rédacteur principal de Middle East Online et un auteur régulier du journal Arab Weekly. Il a étudié à l’université de Newport (campus de Londres) et est titulaire d’un doctorat en administration des entreprises. Il est déjà intervenu publiquement sur plusieurs chaînes de télévision satellite en tant qu’analyste.

Les opinions formulées dans cet article appartiennent à l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye

Photo : miroirs solaires sur le site de la centrale à énergie solaire Noor 1, à près de 20 km du centre-ville d’Ouarzazate, au Maroc, le 17 octobre 2015 (AFP).

Traduction de l’anglais (original).