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Al Hoceima : après les funérailles d’Imad Ettabi, le hirak appelle à de nouvelles manifestations

Depuis le début du hirak, il y a dix mois, ils sont près de 300 activistes à avoir été arrêtés par la police. Face à une répression qui s’intensifie, le mouvement appelle à manifester les 13 et 20 août
Manifestation du hirak à Imzouren, près d'Al Hoceima, dans le Rif (AFP)

CASABLANCA, Maroc – Depuis l’enterrement d’Imad Ettabi, l’activiste rifain décédé mardi 8 août, une nouvelle vague d’arrestations s’est abattue sur la jeunesse d’Al Hoceima et d’Imzouren.

D’après l’avocat Rachid Belaali, coordinateur de la défense des prisonniers rifains, contacté par Middle East Eye, quatorze jeunes ayant participé à l’enterrement ont été interpellés, et ont comparu ce samedi 12 août à la chambre criminelle de la Cour d’appel d’Al Hoceima.

En attendant le début du procès, ils rejoindront leurs camarades déjà incarcérés à la prison de la ville.

Par ailleurs, quinze autres activistes ont été arrêtés vendredi, à Al Hoceima et Imzouren, dans une opération de police qui a duré jusqu’à la matinée du samedi.

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« Nous estimons le nombre global des arrestations depuis le début du mouvement de 250 à 300 personnes » affirme Rachid Belaali, qui rapporte que les détenus continuent de subir de mauvais traitement de la part des forces de police lors des interpellations. 

Frappe préventive ?

Ces récentes arrestations interviennent après l’annonce par le hirak de l’organisation d’une grande marche ce dimanche 13 août dans la ville d’Imzouren, à quinze kilomètres au sud d’Al Hoceima, second point de tension dans le Rif.

Contacté par MEE, un activiste du hirak suggère que ces arrestations sont une « frappe préventive à l’encontre de ceux que la police soupçonne d’être les meneurs potentiels de la manifestation à venir ».

Il n’y a pas qu’Imzouren qui manifestera ce dimanche, les appels à sortir dans la rue se multiplient dans d’autres endroits du Rif, notamment dans la région de Nador, et les villes de Laroui, Driouch.

En Europe, les Rifains de la diaspora promettent une descente massive vers Paris où ils marcheront le 20 août, jour de la commémoration de la Révolution du roi et du peuple, une fête nationale, qui sera couronnée par un discours royal très attendu.

Vers une radicalisation des demandes ?

Pourtant, l’usage voulait que le hirak ne sorte pas protester les jours de discours royaux, comme ce fut le cas le 29 juillet dernier, lors du discours du trône, tout en laissant à la diaspora le soin d’exprimer sa colère dans les rues européennes.

De plus en plus de voix rifaines appellent aussi à manifester le 20 août prochain à Al Hoceima. Ce signe de radicalisation s’est manifesté, selon notre activiste du hirak qui a requis l’anonymat, « suite au discours du trône, dans lequel le roi Mohammed VI a défendu les corps de police opérant dans le Rif, et nié catégoriquement l’existence d’une approche sécuritaire de gestion de la crise dans la région, mais aussi après par la répression du cortège funèbre d’Imad Ettabi ».

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Pour Mohammed Masbah, chercheur au Carnegie Middle East Center, le décès d’Ettabi est un point de non-retour, et une rupture dans la confiance entre les Rifains et les institutions du pays. Le chercheur, qui revient d’un séjour à Al Hoceima, n’exclut pas que cela ne finisse par une traduction politique des revendications de la population, jusque-là économiques et sociales, et que le camp – encore minoritaire – réclamant l’autonomie de la région, ne se fasse plus d’échos dans la jeunesse locale.