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Des manifestants rassemblés à Al Hoceima pour marquer la semaine depuis la mort de Mouhcine Fikri

Les pêcheurs d’Al Hoceima ont raconté à MEE que leur existence avait été dévastée par les interdictions saisonnières qui ont touché la pêche à l’espadon

Les pêcheurs d’al-Hoceima ont raconté à MEE que leur existence avait été dévastée par les interdictions saisonnières sur la pêche à l’espadon (MEE/Sébastien Castelier)

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La manifestation a eu lieu dans le port marocain d’Al Hoceima, vendredi soir, une semaine après la mort du vendeur de poisson, écrasé par une benne à ordures alors qu’il essayait de récupérer du poisson confisqué par la police.

La mort de Mouhcine Fikri, filmée et largement diffusée sur les réseaux sociaux, a déclenché des manifestations à Al Hoceima et dans plusieurs grandes villes du Maroc où les démonstrations publiques de contestation sont rares.

La police avait confisqué et détruit la prise d’espadons de Fikri parce que la pêche de ce type de poisson à cette époque de l’année est interdite.

Des milliers de personnes se sont rassemblées au square Mohammed V à Al Hoceima vendredi soir pour protester et scander des slogans contre la police « terroriste assassin » ou clamer « Mouhcine a été tué, le Mahzen [nom donné au pouvoir monarchique] est responsable ».

La manifestation s’est rendue du square vers la rue où les participants sont restés silencieux. La marche s’est terminée sans incident vendredi.

« Nous gardons le silence pour marquer notre respect à Mouhcine », affirme Mohammed, un des organisateurs de la manifestation à MEE.

MEE a parlé au père de Mouhcine Fikri qui a confié qu’il n’avait rien contre les manifestations à condition qu’elles restent pacifiques. »

Le père de Mouhcine Fikri (MEE/Sébastien Castelier)

Vendredi matin, le port d’al-Houceima était calme. Les pêcheurs racontaient que les interdictions avaient gravement porté préjudice à leur gagne-pain.

« Il y a quatre ans, nous avions modernisé nos équipements. Avec cette interdiction, c’est de l’argent gaspillé », confie Nourredine Abassi, un pêcheur de 47 ans, qui témoigne à MEE  qu’il avait l’habitude d’attraper de l’espadon tous les jours.

Le mécontentement populaire causé par la mort de Mouhcine Fikri a poussé le roi du Maroc, Mohamed VI, à envoyer le ministre de l’Intérieur, Mohamed Hassad, rencontrer la famille de la victime.

Nourredine Abassi : « Il y a quatre ans, nous avions modernisé nos équipements. Avec cette interdiction, c’est de l’argent gaspillé » (MEE/Sébastien Castelier)

Hassad a exigé une enquête pour « déterminer les circonstances exactes de la tragédie et punir les responsables ».

Mais le gouvernement a toutefois essuyé la colère dans la rue et sur les réseaux sociaux. Les utilisateurs de Twitter ont adopté le hashtag « Crush his mother », une référence à ce qui avait été avancé par la police avant la mort de la Fikri, pour rendre compte des manifestations dans le pays.

Le hashtag WeAreAllRiffians a également été utilisé, en référence au groupe berbère de la région du Rif, au nord du Maroc.

Le Rif fut autrefois un État indépendant mais il fait aujourd’hui partie du Maroc. Son drapeau rouge a été vu dans les manifestations et sur les réseaux sociaux. Le drapeau amazigh, qui appartient plus généralement aux Berbères, était aussi présent dans la manifestation.

« Les gens de la région du Rif sont libres, ils veulent que le Makhzen « dégage ». Nous ne sommes pas arabes, nous sommes de la région du Rif », affirme un militant à MEE, près d’une foule dense où flottaient plusieurs drapeaux amazigh.

Les manifestations actuelles sont les plus importantes et les plus soutenues au Maroc depuis celles du « printemps arabe » de 2011. Le roi avait alors introduit des réformes politiques, augmenté les dépenses et renforcé la sécurité pour apaiser et étouffer les troubles.

Traduit de l’anglais (original).