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Enlevé par des milices en Libye, un journaliste algérien raconte

MEE a recueilli le témoignage de Otmane Lahiani, journaliste kidnappé jeudi à Tripoli avec deux autres confrères et leur chauffeur libyen

Otmane Lahiani après son rapt à MEE : « Ce n’est pas la première fois que je pars en Libye et j’y retournerai » (Capture d'écran)
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« Ils ont procédé ‘’à la colombienne’’ : une voiture roulait derrière la nôtre et une autre roulait devant, le plus normalement du monde. A un moment donné, celle qui nous précédait s’est arrêtée et huit hommes armés en sont descendus pour nous braquer. Ils nous ont forcés à nous mettre par terre, à plat ventre. Il y avait beaucoup de personnes autour de nous mais les Libyens ont pris l'habitude de ce genre de choses alors ils n'étaient pas surpris. »

Otmane Lahiani, journaliste algérien installé en Tunisie pour Al Araby, une télévision panarabe basée à Londres, a été enlevé jeudi à Tripoli, sur la route vers l’aéroport de Milaga pour prendre le vol de retour vers Tunis, avec deux autres journalistes tunisiens du même média, Alaeddine Zaatour et Ayman Ben Mansour (caméraman), et leur chauffeur libyen. Tous les trois ont été relâchés quatre heures après.

Les trois hommes se trouvaient en Libye pour un travail journaliste et humanitaire « afin d’enquêter sur la situation dans les hôpitaux à Tripoli en coordination avec l’administration des médias étrangers libyens et le ministère libyen de la Santé ». Otmane est par ailleurs souvent parti en mission avec les Scouts libyens ou le Croissant-rouge.

Il raconte à Middle East Eye : « Nos ravisseurs nous ont placés dans le coffre de la voiture. Nous sentions juste que le véhicule roulait très vite mais nous ne savions pas qui ils étaient, ni où nous allions. »

Les preneurs d’otage les ont emmenés dans « une sorte de maison en ruines au milieu de nulle part. C'était un entrepôt de construction ». « Là, ils ont exigé du chauffeur, en le menaçant, qu’il parte chercher le cameraman, resté à l’hôtel. Ils voulaient connaître le motif de notre présence à Tripoli, nos employeurs, et avec quelle autorité nous avions coordonné notre visite. Nous sommes restés seuls pendant deux heures dans une pièce où il n'y avait qu'un réfrigérateur et des bouteilles d'eau. Ils ont pris nos portables, nos papiers et nos chaussures. Pour nous interroger, ils nous prenaient un par un, dans une autre salle, les yeux bandés. L’un d’eux nous a menacés de nous réserver le sort de Soufiane Chourabi et Nadhir Ktari. »

La situation des deux Tunisiens, journalistes pour la chaîne First TV, enlevés le 8 septembre 2014 dans l’est de la Libye, reste incertaine. En janvier dernier, la branche libyenne du groupe État islamique avait affirmé les avoir tués, images à l’appui montrant leur assassinat par balles. Mais ces images n’ont pas été authentifiées.

Selon le site tunisien d’informations Webdo, « la commission nationale de suivi de cette affaire portera plainte auprès des rapporteurs des Nations-unies en charge du droit d’expression et de disparition et des droits de l’homme ». Le site ajoute que les parents de Nadhir Ktari sont partis en début de semaine en Libye pour rencontrer le général Haftar et d’autres responsables du gouvernement.

Les assaillants leur ont dit : « Vous n'êtes pas chez Daech, nous sommes un service de sécurité. » « Il était clair que c'était une milice comme il y en a tant en Libye, d’autant que Tripoli est le théâtre d’inextricables conflits entre différentes factions. L’un de nos kidnappeurs, barbu, portait une djellaba. Mais un autre blasphémait. En tout cas, c’était des professionnels. Ils nous surveillaient depuis un moment. »

Autre mystère, les raisons de leur libération, quelques heures plus tard. « Ils nous ont peut-être relâchés parce qu’ils ont découvert que l’administration des médias étrangers et le ministère de la Santé ainsi que d’autre parties avec lesquelles nous avons traité étaient au courant de notre présence à Tripoli », poursuit Otmane. « Ils ont peut-être eu peur que la situation se complique pour eux ». 

Dans le quotidien algérien El Khabar pour lequel Otmane est aussi correspondant, et dans lequel il raconte son aventure dans l'édition de lundi, il précise : « Nous avons appris plus tard que le lieu où nous étions retenus était sous le contrôle d'une milice, dirigée par un certain al-Tadjouri. »