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L’Égypte ouvre le poste-frontière de Rafah pour cinq jours

Ce poste-frontière est ouvert plus fréquemment ces temps-ci, à la fois pour stimuler l’économie égyptienne et en signe de l’amélioration des relations entre Le Caire et le Hamas
Des Palestiniens attendent l’autorisation de pénétrer en Égypte au poste-frontière de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 14 novembre 2016 (AFP)
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L’Égypte a ouvert lundi le poste-frontière de Rafah avec Gaza pour permettre le passage des personnes bloquées ainsi que des cas humanitaires, ont indiqué les responsables.

Les observateurs ont souligné que l’ouverture de Rafah intervient dans le cadre d’efforts déployés par l’Égypte pour améliorer sa situation économique.

Le président égyptien Abd al-Fattah al-Sissi aurait ordonné que le passage entre l’Égypte et la bande de Gaza sous blocus soit accessible de lundi à vendredi.

Des centaines de Gazaouis se sont rassemblés au poste-frontière, qui permettra le passage des cas humanitaires, notamment les personnes étudiant à l’étranger, les personnes malades et les détenteurs de visa.

La frontière de Rafah est fermée la plupart du temps et ne s’ouvre que quelques jours tous les deux ou trois mois. L’Égypte cite des problèmes avec des groupes armés dans le Sinaï comme motif pour la maintenir fermée.

Le poste-frontière de Rafah est la principale porte de Gaza vers le monde extérieur : l’autre poste frontalier de Gaza, Erez, s’ouvre sur Israël. Seuls les cas spéciaux avec autorisation délivrée par l’armée israélienne sont autorisés à y passer.

Comment ce poste-frontière aide l’Égypte

Selon les médias israéliens, l’ouverture de la frontière de Rafah fait suite à l’apparition de signes de dégel entre l’Égypte et le Hamas. Les tensions ont atteint leur apogée lorsque Sissi est arrivé au pouvoir par un coup d’État militaire qui a renversé le président Mohamed Morsi, soutenu par les Frères musulmans, en juillet 2013.

L’Égypte envisage également une série d’initiatives visant à améliorer la situation économique à la fois dans la bande de Gaza et dans la péninsule adjacente du Sinaï.

Plus radicalement, Le Caire envisage d’établir une zone de libre échange dans la ville de Rafah, qui chevauche la frontière entre le Sinaï et Gaza, ce qui permettrait aux commerçants de Gaza d’acheter des biens directement du côté égyptien de la ville.

Une telle mesure équivaudrait à lever une partie du blocus égyptien qui, couplé avec le blocus de sécurité israélien à sa frontière avec Gaza, a entraîné un blocage de l’activité économique dans le territoire.

Ces dernières années, l’Égypte a lutté contre les tunnels de contrebande de Gaza, ce qui a gravement touché de nombreux commerçants du Sinaï. Or, l’Égypte cherche désespérément des moyens de redresser sa propre économie.

Le dégel apparent des relations entre l’Égypte et le Hamas se ressent déjà sur le terrain, selon les chiffres du commerce de Gaza, qui montrent une augmentation récente de l’entrée des marchandises égyptiennes à Gaza via Rafah, a rapporté le Times of Israel lundi. Gaza a longtemps compté sur l’Égypte, l’État arabe le plus peuplé et son seul autre voisin outre Israël, pour l’approvisionnement et l’accès vers l’extérieur.

Au cours de l’année écoulée, 64 469 tonnes de ciment, 2 777 mètres cubes de bois et 16 800 tonnes de fer ont été acheminés par le poste-frontière de Rafah vers Gaza, chiffres qui reflètent une croissance soutenue du commerce. Une grande partie de ces marchandises a finalement trouvé son chemin vers l’aile militaire du Hamas. Selon Israël, certaines ont été utilisées pour construire des tunnels terroristes.

Le poste-frontière de Rafah s’ouvre plus souvent

Bien que le poste-frontière soit généralement fermé, l’Égypte a ouvert pour la dernière fois le poste frontière de Rafah il y a quelques jours seulement. L’Égypte a récemment autorisé une plus longue ouverture du poste-frontière de Rafah que d’habitude et a permis à un plus grand nombre de Gazaouis de l’utiliser.

Initiative inhabituelle, l’Égypte a ouvert le passage le 6 novembre pour permettre à quelque 120 habitants de Gaza d’assister à une conférence socio-économique près de la ville de Suez.

Un garçon et sa famille attendent la permission de traverser le point de passage de Rafah en octobre 2016 (AFP)

Ces Gazaouis, principalement des hommes d’affaires et des chefs de clan, devaient retourner à Gaza dans la semaine.

Selon des sources à Gaza, c’est la deuxième fois depuis le mois dernier qu’une délégation palestinienne haut placée était autorisée à pénétrer en Égypte via Rafah.

Selon Gisha, le Centre juridique pour la liberté de mouvement, Rafah a ouvert le mois dernier les 15-16 octobre et à nouveau du 19 au 23 octobre. Pendant ces périodes, 4 544 personnes ont quitté Gaza et 2 117 y ont pénétré. Au total, Rafah n’a été ouvert que 33 jours depuis le début de l’année – ainsi les journées d’ouvertures d’octobre représentent presque un quart du total jusqu’ici de cette année.

Geste envers Dahlan, pression sur Abbas

Les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie affirment que le changement d’attitude vis-à-vis du poste-frontière pourrait affecter les relations du Caire avec Abbas et le Hamas. Les observateurs ont indiqué que les changements constituent avant tout un geste égyptien envers Mohammad Dahlan, visant à faire pression sur Abbas, son farouche rival.

Le président égyptien Sissi est irrité par Abbas parce que ce dernier a rejeté une initiative égyptienne pour ramener Dahlan dans le giron du parti d’Abbas, le Fatah.

Dahlan, ancien haut fonctionnaire du Fatah originaire de Gaza, devenu un ennemi politique du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, serait lié aux négociations entre le Caire et le Hamas.

Des pèlerins palestiniens se saluent au poste-frontière de Rafah en août 2016 (AFP)

Alors que le Caire et le Hamas se rapprochent, Dahlan a tenté d’amender ses relations avec le Hamas, faisant à plusieurs reprises l’éloge du groupe – dont récemment lors d’une interview avec Dream TV Egypt le 23 octobre, quand il a laissé entendre que le rapprochement avec le Hamas serait la solution à tous les problèmes de Gaza.

Un rapprochement entre le Hamas et Dahlan semble illogique pour beaucoup, étant donnée la rivalité historique entre les deux, laquelle a émergé au milieu des années 1990 lorsque Dahlan était chef du service de sécurité préventive à Gaza, accusé par le Hamas d’arrêter et de torturer ses dirigeants.

Mais le renvoi de Dahlan de l’Autorité palestinienne en 2011, ainsi que l’escalade des hostilités entre Abbas et Dahlan, font du récent rapprochement entre Dahlan et le Hamas un événement pas tout à fait inattendu, a écrit Al Monitor le 30 octobre.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.