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Belgique : trois ministres d’origine arabe dans le nouveau gouvernement

Des femmes et de la diversité : après près de 500 jours de crise politique, la Belgique s’est enfin dotée d’un gouvernement fédéral à part entière
Meryame Kitir, ministre de la Coopération au développement et en charge des Grandes villes dans le nouveau gouvernement belge, s’exprime lors d’un congrès, à Bruxelles, le 22 octobre 2016 (AFP)
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Un nouveau gouvernement belge est officiellement entré en fonction jeudi 1er octobre, en prêtant serment devant le roi Philippe, après seize mois de crise politique.

En effet, le Parlement belge a approuvé samedi 3 octobre la nouvelle composition du gouvernement fédéral.

Conduit par le libéral flamand Alexander De Croo, choisi mercredi comme Premier ministre par une coalition de sept partis, le gouvernement belge compte quinze ministres et cinq secrétaires d’État.

Sept partis sont parvenus à s’entendre pour prendre les rênes en pleine crise économique liée à la pandémie causée par le coronavirus. Il s’agit des six partis des familles socialiste, libérale et écologiste (à chaque fois, une formation francophone et son pendant néerlandophone), auxquels s’ajoute le CD&V, le parti des chrétiens-démocrates flamands.

La coalition de quatre familles, baptisée « Vivaldi », du nom du compositeur des Quatre saisons, marque le retour des socialistes et des écologistes, tandis que les nationalistes flamands de la N-VA, le premier parti en Flandre, associés au pouvoir entre 2014 et 2018, en sont exclus.

Deux femmes issues de l’immigration à des postes ministériels

Le nouveau gouvernement belge, qui compte vingt membres, dont la moitié sont des femmes, est plus féminin et rajeuni. Parmi ses ministres, deux femmes sont issues de l’immigration.

Meryame Kitir, ministre de la Coopération au développement et en charge des Grandes villes, est née de parents marocains qui ont émigré dans les années 1960 vers la Belgique. Cette socialiste flamande de 40 ans a grandi à Maasmechelen, commune néerlandophone de la province de Limbourg.

Issue d’une grande famille de onze frères et sœurs, dont la mère décède quand elle a 2 ans et le père quand elle en a 18, Meryame Kitir travaille comme ouvrière chez Ford, à Genk, à partir de 1999. Elle s’engage dans le syndicat socialiste, dont elle devient déléguée.

Très vite remarquée par un ancien président du Parti socialiste flamand, elle intègre alors son équipe et devient membre d’un cabinet ministériel dirigé par un ministre de sa formation politique.

En 2006, elle se fait élire au Conseil communal de sa ville natale, Maasmechelen, avant d’atterrir à la Chambre des représentants lors des élections fédérales de 2007.

Réélue en 2014 à la Chambre des représentants, puis en 2019, Meryame Kitir occupe le mandat de cheffe de son groupe politique jusqu’à sa nomination aujourd’hui au poste de ministre fédérale.

La deuxième ministre est l’ancienne coprésidente d’Écolo (parti francophone). Elle s’est frayée un chemin jusqu’au gouvernement où elle occupe désormais le poste de ministre de l’Environnement et du Climat.

Zakia Khattabi est née de parents marocains dans une famille modeste. Elle est passée par l’enseignement catholique avant d’obtenir une licence en travail social à l’Université libre de Belgique.

C’est en 2009 qu’elle est élue pour la première fois au Parlement bruxellois. Elle rejoint l’assemblée de la Fédération Wallonie-Bruxelles, et le Sénat, où les médias la découvrent, active, en commission de la Justice. Elle reprend la présidence du parti Écolo en 2015, alors qu’elle n’a pas 40 ans.

En mai 2020, Zakia Khattabi est nommée au poste de juge à la Cour constitutionnelle mais sa candidature est rejetée. Elle prend acte de cette décision et réitère son engagement politique au Parlement. Aujourd’hui, elle devient donc ministre à l’âge de 44 ans.

Le controversé secrétaire d’État, d’origine irakienne

Sammy Mahdi est l’un des visages de la diversité du gouvernement Alexander De Croo. Il est né en 1988 d’un père irakien réfugié politique en Belgique en 1970, et d’une mère flamande.

Sammy Mahdi poursuit de brillantes études en obtenant un Master en droit international et européen. À 32 ans, il prend le secrétariat d’État à l’Asile et à la Migration.

En 2017, il est élu président des Jeunes CD&V. En novembre 2017, Sammy Mahdi publie une tribune controversée pour dénoncer des incidents violents dans le quartier de Lemonnier, dans le centre de Bruxelles, à la suite d’un match de football entre le Maroc et la Côte d’Ivoire.

Dans ce texte intitulé « Chère petite racaille, on en a marre de toi ! », Sammy Mahdi écrit : « On en a marre. Tu ne te sens peut-être pas comprise. Et peut-être que tu as même des bonnes raisons pour cela. Mais tu gâches tout pour tout le monde. » Le texte, qui cible les jeunes des quartiers en adoptant une terminologie de droite, est jugé discriminatoire.

« Sammy, je ne te connais pas, mais je me permets de te poser une question : vas-tu écrire une carte blanche pour dire ton ras-le-bol par rapport aux petites racailles racistes de Gand ? » , réagit à l’époque l’avocate du Parti du travail de Belgique, Selma Benkhelifa, évoquant une manifestation violente de militants d’extrême droite.

À peine nommé dans le gouvernement, le nouveau secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration a annoncé dimanche la mise en place de centres fermés supplémentaires pour les demandeurs d’asile arrivés au bout de leur procédure. Ainsi, les personnes émettant une demande d’asile refusée seront expulsées du pays via ces nouveaux centres fermés. 

Sammy Mahdi, se revendiquant de « centre-droite », dit vouloir mener une politique « bonne, ferme mais humaine » en matière de migration.