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Israël se sert de la violence des colons comme d’un « outil » pour accaparer les terres palestiniennes selon B’Tselem

Israël « soutient et seconde pleinement » les colons et leurs tactiques d’intimidation qui entraînent souvent la perte des terres agricoles et pâturages palestiniens, d’après l’ONG israélienne
Des soldats israéliens près d’un véhicule palestinien recouvert d’un graffiti de l’étoile de David. Il aurait été vandalisé par des colons israéliens, à al-Bireh en Cisjordanie occupée, le 9 novembre (AFP)
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Le gouvernement israélien se sert de la violence des colons comme un « outil informel majeur » pour s’emparer de terres palestiniennes en Cisjordanie occupée, affirme une importante organisation israélienne de défense des droits de l’homme. 

Dans un rapport publié dimanche, B’Tselem explique qu’Israël a deux méthodes privilégiées pour confisquer des terres palestiniennes en Cisjordanie : l’annexion officielle via son système judiciaire et les actes officieux d’intimidation et de violence perpétrés par ses colons. 

« Parfois, les soldats participent activement aux attaques des colons ou observent depuis le banc de touche »

- B’Tselem

« L’État soutient et seconde pleinement ces actes de violence et ses agents y participent parfois directement », dénonce l’ONG israélienne dans son rapport.

« Ainsi, la violence des colons est une forme de politique gouvernementale, avec l’aide et l’encouragement des autorités étatiques officielles et leur participation active. »

Selon ce document, les colons israéliens se sont emparés de près de 3 000 hectares de terres agricoles et pâturages en Cisjordanie occupée ces cinq dernières années. 

« Ils m’ont brisé la jambe »

Avec cinq études de cas pour illustrer la façon dans les violences systématiques et constantes perpétrées par les colons font partie de la politique officielle d’Israël, B’Tselem montre que les autorités du pays se servent de la violence des colons pour procéder à une « prise massive » des terres palestiniennes. 

L’un des cas étudiés concerne l’avant-poste (colonie) de Ma’on Farm, qui a été érigé illégalement dans le sud de la Cisjordanie et s’étend sur environ 260 hectares. Les colons ont harcelé, frappé et intimidé les Palestiniens qui utilisent traditionnellement cette terre pour faire paître leur bétail et pour leurs cultures, ce qui a engendré sa confiscation. 

Jummah Ribii (48 ans), berger du village d’al-Tuwani, a confié à B’Tselem que les colons s’étaient efforcés pendant des années d’éloigner sa famille de l’agriculture qui leur permettait de se nourrir. En 2018, les colons s’en sont pris à lui et l’ont frappé, le blessant gravement.  

« Ils m’ont brisé la jambe et j’ai dû passer deux semaines à l’hôpital et poursuivre les traitements à la maison », a raconté Ribii à l’ONG. « J’ai dû vendre la plupart de nos moutons pour payer les soins. » 

Selon B’Tselem, Israël légitime la violence des colons à la fois en légalisant leur accaparement de terres, en n’empêchant pas les violences et en ne poursuivant pas leurs auteurs.

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« L’armée évite généralement la confrontation avec les colons violents, même si les soldats ont l’autorité et le devoir de les arrêter. En règle générale, l’armée préfère chasser les Palestiniens des terres agricoles et pâturages qui leur appartiennent plutôt que d’affronter les colons, avec des tactiques diverses telles que décréter des zones militaires fermées qui s’appliquent uniquement aux Palestiniens ou tirer des gaz lacrymogènes, des grenades assourdissantes et des balles en caoutchouc voire parfois des balles réelles », énumère B’Tselem. 

« Parfois, les soldats participent activement aux attaques des colons ou observent depuis le banc de touche ». 

Moayyad Besharat, responsable de programme et de projet à l’Union of Agricultural Work Committees, indique à MEE que les attaques de colons contre les Palestiniens se sont multipliées cette année, en particulier lors de la récolte des olives, en octobre et novembre. 

La récolte des olives est une planche de salut pour environ 80 000 à 100 000 familles palestiniennes en Cisjordanie occupée. Cette année, la saison a été la plus dure de mémoire récente selon Besharat, qui accompagne les agriculteurs à titre d’observateur lors des récoltes.  

Faisant écho au rapport de B’Tselem, il souligne les difficultés auxquelles sont confrontés les Palestiniens qui veulent tenter de résister aux attaques de colons et aux accaparements de terres, étant donné la fréquence à laquelle les colons sont escortés par l’armée. 

« Il s’agit de violence étatique »

Si les Palestiniens documentent et rapportent régulièrement les attaques de colons (à la fois sur le plan judiciaire et via des outils tels que les livres, les rapports de recherche et les documentaires), le gouvernement israélien ne poursuit quasiment jamais les colons, déplore le rapport de B’Tselem. 

« L’inaction d’Israël persiste après les attaques de colons contre les Palestiniens, les autorités font tout leur possible pour éviter de réagir à ces incidents », écrit l’organisation. 

« Lorsque la violence se produit avec la permission des autorités israéliennes […] il s’agit de violence étatique »

- B’Tselem 

« Il est difficile de déposer plainte et dans les quelques rares cas où une enquête est vraiment ouverte, le système les blanchit rapidement. Les mises en examen sont extrêmement rares à l’encontre des colons qui blessent des Palestiniens et lorsque tel est le cas, ce sont pour des délits mineurs, avec des sanctions symboliques pour les exceptionnelles condamnations. »

Somme toute, l’absence d’action du gouvernement se traduit par une approbation de facto, résume l’ONG. 

« La violence étatique – officielle ou autre – fait partie intégrante du régime d’apartheid d’Israël, qui vise à créer un espace exclusivement juif entre le Jourdain et la Méditerranée », estime B’Tselem. 

« La combinaison de la violence étatique et de la violence “non officielle” permet deux choses à Israël : entretenir un déni plausible et reprocher la violence aux colons plutôt qu’à l’armée, aux tribunaux ou à l’administration civile, tout en progressant dans la dépossession des Palestiniens. Cependant, les faits écartent tout déni plausible : lorsque la violence se produit avec la permission et l’aide des autorités israéliennes et sous leur égide, il s’agit de violence étatique. Les colons ne défient pas l’État, ils sont à ses ordres. »

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.