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La famille d’un Français porté disparu en Égypte exige des réponses

Yann Bourdon, étudiant à la Sorbonne, est porté disparu depuis près d’un an. Sa famille ne décolère pas face à l’absence de réaction des autorités égyptiennes
Yann Bourdon, 27 ans, a disparu au cours de vacances au Caire en août 2021 (réseaux sociaux)
Yann Bourdon, 27 ans, a disparu au cours de vacances au Caire en août 2021 (réseaux sociaux)
Par
PARIS, France et LONDRES, Royaume-Uni

La famille d’un jeune Français porté disparu en Égypte depuis l’été 2021 mène aujourd’hui un combat pour savoir où il se trouve. 

Alors que le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a été reçu vendredi à Paris par son homologue français Emmanuel Macron pour un sommet bilatéral, la famille du jeune homme s’est exprimée au sujet de son calvaire.

Yann Bourdon, ressortissant français de 27 ans, se trouvait au Caire en août 2021 lorsque sa famille a perdu tout contact avec lui alors qu’il explorait les sites et villes touristiques d’Égypte.

Depuis près d’un an, Isabel Leclercq, sa mère, n’a reçu aucune information des gouvernements égyptien et français pour la rassurer quant au sort de son fils. 

« Nous sommes allés au Caire où nous avons essayé de parler avec tout le monde et nous avons demandé à [l’Agence de] sécurité nationale égyptienne de nous recevoir, mais ils ont refusé », confie Isabel Leclercq, 57 ans, à Middle East Eye après une manifestation à Paris.

« Nous n’arrivons absolument pas à avoir de réponses, ni de la part des autorités égyptiennes, ni de la part des autorités françaises. Nous nous sentons vraiment seuls, nous sommes complètement désemparés par le manque de réponses. »

Une pause dans ses études

Selon le Committee for Justice, un groupe de défense des droits de l’homme établi à Genève, la situation de Yann Bourdon pourrait s’apparenter à une « disparition forcée ».

L’organisation a déposé une plainte auprès du groupe de travail des Nations unies sur les disparitions forcées ou involontaires afin que l’ONU fasse pression sur l’Égypte et la France afin qu’elles mènent des enquêtes transparentes. 

Isabel Leclercq, la mère de Yann Bourdon, interrogée par Middle East Eye à Paris, le 22 juillet 2022 (MEE/Pauline Ertel)
Isabel Leclercq, la mère de Yann Bourdon, interrogée par Middle East Eye à Paris, le 22 juillet 2022 (MEE/Pauline Ertel)

D’après le témoignage de la famille sur la disparition de Yann Bourdon, partagé avec le CFJ, le jeune homme, étudiant en histoire à l’université de la Sorbonne à Paris, a décidé à l’été 2020 de faire une pause dans ses études et de voyager à travers l’Europe.

Yann Bourdon est arrivé à Istanbul le 24 juillet 2021, avant de réserver un vol pour Charm el-Cheikh, dans le Nord-Est de l’Égypte, afin de découvrir le pays et ses sites historiques.

Le matin du 25 juillet, son avion a atterri à l’aéroport de Charm el-Cheikh. Il a visité la station balnéaire située entre le désert de la péninsule du Sinaï et la mer Rouge, gravi le mont Sinaï, visité le monastère Sainte-Catherine et passé du temps avec des habitants des villages alentour.

Le jeune étudiant faisait du stop entre les villes. Tout au long de son voyage, il envoyait des e-mails à sa famille dès qu’il avait accès à un wi-fi public.

Son dernier e-mail détaillé envoyé à sa famille date du 28 juillet 2021. Il y indiquait qu’il se rendait dans la ville de Suez pour rencontrer un policier en congé qui voulait « lui parler ». Le policier lui a dit qu’il rentrait de vacances et qu’il pouvait l’emmener au Caire.

Le policier a déposé le jeune homme dans une station de métro du centre du Caire. Avant de le laisser partir, le policier l’a invité à dîner avec des amis. Yann Bourdon a accepté l’invitation et s’est joint au groupe d’amis dans la soirée du 28 juillet.

Le 4 août, il a répondu au dernier e-mail de sa sœur, lui confirmant qu’il écrirait bientôt à la famille. Mais elle n’a reçu aucune nouvelle de lui depuis.

Un sort similaire à celui de Giulio Regeni

« Yann nous a écrit dans son mail que c’est l’officier de police qui l’a pris en stop jusqu’au Caire. [Il a été] invité à boire un verre avec ses copains le soir même et il ne nous a pas écrit depuis », explique la mère du jeune homme à MEE.

En septembre, Yann Bourdon n’a pas écrit pour l’anniversaire de sa mère, raison pour laquelle sa famille a commencé à s’inquiéter sérieusement.

D’après le CFJ, « il n’oubliait jamais les anniversaires dans sa famille ». En novembre, il n’a pas non plus contacté sa sœur pour son anniversaire. La famille a donc décidé d’agir.

Le CFJ a dénoncé la visite de Sissi en France, affirmant que celle-ci s’est déroulée « en dépit des violations continues des droits de l’homme commises par le gouvernement de Sissi non seulement contre ses citoyens mais aussi contre des ressortissants étrangers sur son sol ».

La famille de Yann Bourdon a contacté les autorités françaises le 24 novembre. La police a alors ouvert une enquête officielle sur sa disparition. La police française a pu identifier ses dernières transactions financières, effectuées avec sa carte de crédit dans un distributeur automatique de billets situé près de la station de métro Sadate, sur la place Tahrir, au Caire. Il s’agissait de quatre retraits d’espèces consécutifs effectués le 7 août. 

Les autorités égyptiennes ont tout d’abord soutenu que Yann Bourdon avait quitté le pays, avant de reconnaître en mars qu’il se trouvait sur le sol égyptien au moment de sa disparition, après avoir vérifié les enregistrements des vols et son numéro de passeport.

Depuis que Sissi est devenu président en 2014, des centaines de personnes ont été victimes de disparition forcée alors qu’elles étaient détenues par le gouvernement

En mai, sa famille s’est rendue en Égypte pour rencontrer le procureur général de Gizeh, qui n’a pas pu donner de renseignements sur l’endroit où se trouvait le jeune homme.

Selon le CFJ, la situation de Yann Bourdon est similaire à la disparition et au meurtre en 2016 de Giulio Regeni, dont le corps a été retrouvé dans un fossé au Caire.

Le groupe de défense des droits de l’homme a également réclamé une enquête sur l’identité du policier en congé avec lequel Yann Bourdon est entré en contact et demandé au ministère public de Gizeh de fournir une copie des images de vidéosurveillance de la banque où l’étudiant a effectué ses dernières transactions financières.

« Nous enjoignons à la France d’inciter le gouvernement égyptien à mener une enquête transparente sur la disparition de Yann Bourdon, à faire preuve d’ouverture et de transparence dans son enquête et à le faire de bonne foi », indique à MEE Sarah Sakouti, responsable des questions juridiques et des droits de l’homme au CFJ.

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« De nombreux faits prouvent que la famille peut au moins obtenir l’enregistrement de vidéosurveillance de la banque montrant l’individu qui a vidé le compte bancaire de Yann le 7 août 2021 » , précise-t-elle. « Il s’agissait de quatre retraits d’argent consécutifs. Nous n’avons pas les éléments pour prouver ce genre de fait. Pourquoi ? Parce que les autorités égyptiennes ne travaillent pas assez, voire pas du tout. » 

Depuis que Sissi est devenu président en 2014, des centaines de personnes ont été victimes de disparition forcée alors qu’elles étaient détenues par le gouvernement, a indiqué le CFJ dans un rapport publié l’an dernier. 

Human Rights Watch accuse le gouvernement de Sissi de superviser l’une des pires crises des droits de l’homme de l’histoire moderne du pays, marquée par l’emprisonnement indéfini et sans procès de milliers de détracteurs de Sissi, de nombreux actes de torture commis contre des personnes placées en garde à vue et une impunité quasi totale pour les responsables.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

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