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Égypte : Sissi, « super star » d’une série du Ramadan

Selon ses détracteurs, la troisième saison de la série politique al-Ikhtiyar serait « une falsification de l’histoire contemporaine égyptienne »
C’est la première fois, en Égypte, qu’un président en exercice est incarné dans une œuvre de fiction (capture d’écran)
C’est la première fois, en Égypte, qu’un président en exercice est incarné dans une œuvre de fiction (capture d’écran)
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La troisième saison de la série égyptienne du Ramadan al-Ikhtiyar fait beaucoup parler d’elle.

Diffusée sur la chaîne On Drama, ce troisième volet de la saga qui suit les aventures d’officiers des forces spéciales égyptiennes engagées contre le « terrorisme » s’intéresse aux prémices de ce qui est présenté comme la « révolution du 30 juin », autrement dit, les manifestations contre le président élu Mohamed Morsi, qui ont précédé de quatre jours le coup d’État d’Abdel Fattah al-Sissi.     

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Cette saison sort de l’ordinaire par rapport aux précédentes puisque sont incarnés à l’écran les personnages clés de cette période charnière de l’Égypte, comme l’ex-ministre de la Défense Hussein Tantaoui, le défunt président Mohamed Morsi et le « héros » Abdel Fattah al-Sissi.

Des images d’archives réelles sont incrustées dans ce récit visuel qui se veut donc très réaliste, et proche même de l’intimité des personnages : on y voit même Sissi chez lui en famille à table ou discutant avec sa mère dans des scènes censées émouvoir le spectateur.

« C’est une première dans l’histoire des séries égyptiennes : diffuser une série sur les aventures d’un chef de l’État de son vivant et sous son règne », commente le média en ligne Arabi21.

Même Hosni Moubarak, l’ancien président déchu, avait, selon le même média, refusé un projet de film l’incarnant, avec la star Ahmed Zaki pour jour son rôle.

Traduction : « Les plus dangereuses 96 heures de l’histoire de l’Égypte. Le teaser officiel de la série al-Ikhtiyar 3. »

La narration qui présente l’armée, et donc Sissi, comme étant les « sauveurs » de l’Égypte face aux risques d’une guerre civile provoquée par les Frères musulmans est « complétement unilatérale et ne reflète pas du tout la réalité », selon des critiques interrogés par Arabi21.

« C’est une falsification de l’histoire contemporaine égyptienne », renchérissent-ils.

Traduction : « Neuf ans après son arrivée au pouvoir, et trois ans après son décès, ils tournent une série pour porter atteinte à l’homme. Cela prouve que le Dr Morsi, même mort, reste une leçon d’honneur, d’honnêteté et de patriotisme, et avant tout, de religion. »   

Pourrait-il en être autrement, sachant que la boîte de production, Synergy, est une « propriété des services secrets égyptiens », selon Arabi21 ?

Pour le critique et cinéaste égyptien Hossam al-Ghomri, cette opération de communication cible le déficit en popularité dont souffre Sissi. Pire, « incarner un dirigeant au pouvoir dans les traits d’un comédien pourrait s’avérer contre-productif, car le jeu d’acteur de Yasser Jalal [qui joue Sissi] peut s’apparenter à une comédie satirique vu les pressions subies par ce comédien pour réussir sa prestation ».

Traduction : « Il a choisi lui-même qui jouera son rôle : [un acteur] grand et svelte. Mais la ruse s’est retournée contre lui puisque cette série est devenue une comédie dont se moque le peuple. »