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Gaza : un mois de couvre-feu sanitaire aux conséquences économiques et sociales désastreuses 

Les mesures visant à lutter contre la propagation du coronavirus ont eu de graves conséquences sur l’économie de la bande de Gaza, déjà affectée par des années de blocus israélien et de guerre
Un vieil homme palestinien attend sur le côté d’une rue près d’une agence bancaire, pour le versement de sa pension, à Gaza, le 1er septembre 2020 (AFP)

Après la découverte fin août de dizaines de cas d’infection au coronavirus à l’intérieur de la bande de Gaza, et afin de lutter contre la propagation du virus dans cette région très densément peuplée au système sanitaire en faillite, les autorités de Gaza ont imposé un couvre-feu le 26 août, avec une fermeture totale de toutes les régions, villes, quartiers et lieux publics, tandis que les mesures préventives ont été renforcées. 

Avec l’augmentation du nombre de cas au quotidien – plus de 3 000 en un mois dont 20 décès – et malgré une réouverture partielle et très limitée début octobre, le couvre-feu est maintenu pour une durée supplémentaire, ce qui a accru les souffrances de la majorité des habitants de cette enclave isolée et alourdi leurs charges financières. 

L’arrêt de la production de presque toutes les activités, à part les quelques usines de fabrication de masques et de produits hydroalcooliques, a aggravé une situation économique déjà fragile.

Tous les secteurs économiques et commerciaux de la bande de Gaza ont connu un déclin important : leur capacité de production a diminué de 90 % au cours du dernier mois en raison de la faiblesse du pouvoir d’achat des habitants, qui se limitent aux dépenses de première nécessité.  

Si la situation se poursuit, 70 % des familles gazaouies pourraient être menacées d’insécurité alimentaire

La population de Gaza est déjà éprouvée par plusieurs offensives israéliennes, sans oublier le blocus imposé par Israël avec l’aide de l’Égypte depuis plus de quatorze ans.  

Selon la Chambre de commerce et d’industrie de la bande côtière, à la fin du mois de septembre, les pertes économiques directes liées à l’état d’urgence dépassaient les 27 millions de dollars. D’après son directeur Maher Tabaa, tous les secteurs économiques et commerciaux ont été affectés. 

Désormais, le revenu moyen actuel par jour ne dépasse pas les 3 dollars, selon le Comité populaire contre le blocus de Gaza, une organisation non gouvernementale. Le PIB a pour sa part diminué de 40 %.

Le pourcentage de personnes en situation d’insécurité alimentaire est passé à 37 % entre fin août et fin septembre 2020, selon le ministère du Développement à Gaza, par rapport à une moyenne comprise entre 19 et 22 % auparavant. Si la situation se poursuit, 70 % des familles gazaouies pourraient être menacées d’insécurité alimentaire. 

Le bureau des Nations unis à Gaza a mis en garde contre les répercussions du coronavirus sur la survie de l’économie du territoire assiégé ainsi que sur la cohésion sociale, et appelé la communauté internationale à fournir une aide urgente et une assistance technique. 

Un chômage en forte hausse

La première conséquence de cette fermeture, c’est la perte de plusieurs milliers d’emplois dans différents secteurs, en particulier parmi les travailleurs journaliers. 

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L’Union générale des travailleurs palestiniens a indiqué que plus de 54 000 personnes avaient perdu leur emploi en un mois, notamment dans les secteurs de l’éducation, de la restauration, de l’hôtellerie, de la construction et des transports.

Selon Sami al-Amsi, responsable de la Fédération générale des syndicats du travail dans la bande de Gaza, 200 usines ont fermé leurs portes entre fin août et fin septembre 2020, et seules subsistent une trentaine de petites entreprises spécialisées dans la fabrication de matériel de protection et de produits alimentaires.

Dans son bulletin de fin septembre 2020, le Bureau palestinien des statistiques indique que le taux de chômage en août-septembre est passé à plus de 72 % et la pauvreté à 66 %. Plus de 79 % de la population de Gaza dépend désormais de l’aide internationale, c’est-à-dire 4 personnes sur 5. 

Face à cette crise profonde qui touche tous les secteurs vitaux, les quelques initiatives d’assistance sociale déployées par les autorités gazaouies et l’Autorité palestinienne à Ramallah, qui a notamment versé une aide d’urgence à presque 130 000 personnes en difficulté, restent insuffisantes face aux besoins énormes.