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Joe Biden, un faucon qui a joué « un rôle majeur » dans la guerre en Irak

Un documentaire revient sur les manœuvres du sénateur Biden en 2002 en faveur de l’intervention américaine contre Saddam Hussein. Une guerre dont les effets sont visibles jusqu’à aujourd’hui
Joe Biden (centre), alors sénateur du Delaware, visite l’école de police irakienne à Bagdad avec d’autres députés américains, le 23 juin 2003 (AFP)
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« Le monde serait meilleur sans lui. » Voilà comment, le 31 juillet 2002, Joe Biden parlait du dirigeant irakien Saddam Hussein. Il était alors président de la commission sénatoriale des relations étrangères et plaidait pour une intervention militaire américaine.

« La raison pour laquelle il représente un danger croissant pour les États-Unis et leurs alliés est qu’il possède des armes chimiques et biologiques, et qu’il cherche à se doter d’armes nucléaires », avait-il souligné.

Un documentaire diffusé fin février sur The Real News Network (plateforme de journalisme numérique à but non lucratif consacrée à des thématiques comme la lutte contre le capitalisme, la suprématie blanche et l’impérialisme) revient sur le rôle central joué par le sénateur Biden dans le déclenchement de la guerre en Irak (2003-2011).

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En octobre 2002, l’actuel président des États-Unis fut un des 29 sénateurs démocrates à voter, contre l’avis de 23 autres et aux côtés de 48 élus républicains, le chèque en blanc qui a permis à George W. Bush de déclarer la guerre à Saddam Hussein.

« Le fait qu’il [Joe Biden] ait adopté une position si résolument pro-guerre, qu’il ait utilisé ce rôle pour limiter le débat comme il l’a fait, a joué un rôle majeur pour obtenir assez de défections de la majorité démocrate, pour s’associer au soutien quasi unanime des Républicains afin de faire passer la guerre en Irak.

« Par conséquent, je ne pense pas qu’il serait injuste de dire que Biden a joué un rôle bien plus important que probablement n’importe qui au Congrès », témoigne Stephen Zunes, professeur d’études politiques et internationales à l’université de San Fransisco.

Barbara Ransby, professeure d’histoire à l’université de l’Illinois, le rejoint : « Joe Biden a fait bien plus que voter pour la guerre […] Il a vraiment utilisé son contrôle sur cette commission pour s’assurer qu’une majorité du Sénat américain voterait pour autoriser la guerre. Il a donc vraiment joué un rôle majeur pour nous pousser à cette guerre en Irak, cette terrible guerre. »

Des centaines de milliers de morts

Terrible, d’abord par son coût humain : plus de 4 500 soldats américains ainsi que des milliers de contractuels militaires y ont été tués. Des dizaines de milliers de soldats américains ont été blessés. Et des centaines de milliers d’Irakiens au moins ont été tués. 

Mais parce que la guerre a été privatisée et sous-traitée, « on estime qu’un nombre similaire de 4 500 contractuels, des hommes et des femmes qui effectuaient des tâches qui lors des guerres précédentes auraient été faites par des soldats, ont également été tués en Irak », précise Matthew Hoh, chercheur principal au Center for International Policy et ancien responsable au département d’État pour l’Afghanistan. Selon les données de l’Administration des vétérans, il y aurait aussi entre 9 000 et 10 000 suicidés.

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Terrible, ensuite, par ses conséquences. « Nous avons décapité le gouvernement, il n’y avait plus de dirigeants autochtones, et cela a non seulement permis à toutes sortes de groupes en Irak de se révolter contre ce qu’ils ont vu comme un occupant illégitime, mais cela a attiré des fanatiques djihadistes du monde entier », témoigne Stephen Kinzer, ex-correspond du New York Times.

« Ils ont vu en l’Irak que c’était ici qu’ils pouvaient tuer des soldats américains, ils sont arrivés en nombre et ont acquis de l’expérience pour les guerres futures. Aussi, sans le péché de l’invasion de l’Irak, nous n’aurions pas à traiter avec l’État islamique de nos jours. »

Une version appuyée par Barack Obama, qui a rappelé que le groupe État islamique (EI) était une conséquence directe d’al-Qaïda en Irak, née à la suite de l’invasion américaine.

Comble de l’histoire : trois mois après la chute de Saddam Hussein, aucune trace d’armes de destruction massive n’a été trouvée.

« Bien sûr, la déclaration sur les armes chimiques, biologiques et nucléaires était fausse », rappelle Barbara Ransby, « et de nombreux experts l’avaient déjà compris au moment des auditions du Sénat. Mais Biden n’a pas permis à ces experts de témoigner… »