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« La honte, encore » : vives réactions après la suspension provisoire des financements de la France à l’UNRWA

« Pas de nouveau versement au premier trimestre » : Paris cesse tout versement à l’agence onusienne pour les réfugiés palestiniens en attendant les résultats de l’enquête sur l’implication présumée d’agents de l’ONU dans l’attaque du 7 octobre en Israël
Les réfugiés palestiniens transportent l’aide alimentaire qu’ils ont reçue de l’UNRWA le 24 avril 2008 à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza (AFP/Said Khatib)
Les réfugiés palestiniens transportent l’aide alimentaire qu’ils ont reçue de l’UNRWA le 24 avril 2008 à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza (AFP/Said Khatib)
Par MEE

La France accusée de « soutenir le génocide » à Gaza. Depuis hier soir, le même commentaire revient en boucle sur les réseaux sociaux.

De nombreux internautes, dont des politiques de gauche comme Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière), affichent leur colère après l’annonce du ministère des Affaires étrangères, dimanche 29 janvier, de suspendre provisoirement ses financements à l’agence onusienne pour les réfugiés palestiniens (UNRWA).

« La France n’a pas prévu de nouveau versement au premier trimestre 2024 et décidera le moment venu de la conduite à tenir en lien avec les Nations unies et les principaux donateurs, en s’assurant que toutes ses exigences de transparence et de sécurité de l’aide sont bien prises en compte », a prévenu le Quai d’Orsay en rappelant que la France avait versé 60 millions d’euros à l’agence en 2023.

Israël a accusé vendredi plusieurs employés de l’UNRWA d’avoir participé à l’attaque du Hamas sur son sol le 7 octobre et, depuis, plusieurs pays, les États-Unis en tête, ont immédiatement réagi en annonçant qu’ils cessaient tout financement à l’UNRWA. C’est le cas de l’Allemagne, l’Australie, l’Italie, la Finlande, le Canada et le Royaume-Uni.

D’autres pays comme la Suisse attendent d’avoir plus d’informations avant de prendre une décision sur leurs aides à l’UNRWA.

Sur X, l’UNRWA a « positivement » réagi à la réaction française.

« Les informations sur une participation d’agents de l’UNRWA aux attaques du 7 octobre sont d’une exceptionnelle gravité. Ces actes ont été clairement condamnés par le secrétaire général des Nations unies », a précisé Paris.

Mais hier, António Guterres a aussi exhorté les pays ayant suspendu leur financement à « au moins garantir » la poursuite des opérations de l’agence.

« Deux millions de civils à Gaza dépendent de l’aide critique de l’UNRWA pour leur survie au quotidien mais le financement actuel [de l’agence] ne lui permettra pas de répondre à tous les besoins en février », a-t-il insisté.

Des voix surtout pro-israéliennes

« Elles [les accusations israéliennes] confirment le besoin impérieux de mesures rapides et fermes pour assurer que l’agence se concentre sur son mandat dans un esprit dénué d’appels à la haine ou à la violence. Nous attendons que les enquêtes lancées ces derniers jours permettent de faire toute la lumière sur les faits passés et soient assorties de mesures concrètes à mettre en œuvre rapidement », poursuit le communiqué.

Dans les médias français, ceux qui ont commenté cette décision sont surtout des voix pro-israéliennes, à l’image de l’avocat Gilles-William Goldanel, qui, sur CNEWS, a déclaré : « Il n’y a que les aveugles qui ne voulaient pas voir que l’UNRWA est une officine terroriste cautionnée par l’ONU. »

Dans Le Point, Simone Rodan-Benzaquen, directrice Europe de l’American Jewish Committee (AJC), appelle dans une tribune la France et l’Union européenne à ne plus financer l’UNRWA en accusant l’agence de « perpétuer le conflit » et de « radicaliser ».

« Le système éducatif, qui représente environ 60 % du budget de l’UNRWA, joue un rôle important dans la création d’une identité palestinienne basée entièrement sur l’idée du droit au retour [y compris en Israël], vouée à la disparition de l’État juif et de la vengeance », écrit-elle.

Les allégations israéliennes interviennent alors que la Cour internationale de justice (CIJ) a jugé plausible, vendredi, l’affirmation de l’Afrique du Sud selon laquelle Israël se livrerait à un génocide dans la bande de Gaza.

La Cour a rendu une ordonnance indiquant des mesures conservatoires enjoignant à Israël de cesser d’entraver l’acheminement de l’aide vers la bande de Gaza et d’améliorer la situation humanitaire.

L’UNRWA de son côté a immédiatement réagi aux accusations israéliennes en renvoyant les personnes mises en cause et en promettant une enquête approfondie et, si cette participation était prouvée, des poursuites judiciaires, mais Israël a malgré tout annoncé sa décision d’interdire à l’agence de continuer à travailler à Gaza après la guerre.

Environ 1 140 personnes sont mortes lors de l’attaque surprise du Hamas en Israël, principalement des civils, tandis que 250 autres ont été prises en otage.

L’offensive militaire contre le Hamas lancée ensuite par Israël dans la bande de Gaza a fait plus de 26 000 morts, principalement des civils.

Cette offensive a entraîné le déplacement de 85 % de la population de Gaza, confrontée à de graves pénuries de nourriture, d’eau potable et de médicaments, tandis que 60 % des infrastructures de l’enclave côtière ont été endommagées ou détruites, selon les Nations unies.

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