Aller au contenu principal

Coupe du monde féminine : les Marocaines sont prêtes à affronter le monde du foot

La Coupe du monde féminine a commencé en Australie et en Nouvelle-Zélande. L’équipe marocaine de football est la première sélection arabe à participer au tournoi
Les joueuses marocaines avant la finale de la Coupe d’Afrique des Nations féminine 2022 contre l’Afrique du Sud à Rabat, le 23 juillet 2022 (AFP)

Lorsque l’équipe marocaine féminine de football entrera sur le terrain pour affronter l’Allemagne le lundi 24 juillet, elle entrera également dans l’histoire.

Pour la première fois, la Coupe du monde féminine mettra en vedette une équipe du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Et bien que les débutantes aient peu de chances d’aller loin dans le tournoi, les récents événements – et le succès sans précédent de leurs homologues masculins – ont montré que tout peut arriver. 

Quel que soit le résultat, la participation de l’équipe à la Coupe du monde a montré ce qui est de l’ordre du possible à ses voisins et rivaux. 

« Nous sommes fiers du Maroc au Liban », confie Wael Chehayeb, de la Fédération libanaise de football, à Middle East Eye. « Avoir une équipe féminine du monde arabe qualifiée pour la Coupe du monde est une grande réussite. C’est quelque chose d’important et une motivation pour nous tous. Nous avons une bonne équipe féminine de moins de 19 ans au Liban et cela peut être une source d’inspiration pour elles et pour tout le monde. »

Ces quatorze mois ont été incroyables pour le football au Maroc. En novembre et décembre, l’équipe nationale masculine a battu les géants européens que sont la Belgique, l’Espagne et le Portugal sur la voie des demi-finales de la Coupe du monde au Qatar, où elle a mis à l’épreuve le champion en titre, la France. Les supporters marocains ont rempli les stades qataris, apportant une atmosphère nord-africaine sur la plus grande scène footballistique mondiale. 

Au niveau des clubs, le Wydad AC de Casablanca a remporté la Ligue des champions africaine 2022 et a atteint la finale en 2023, perdant contre le club cairote Al Ahly.

« Nous n’oublierons jamais ce qui s’est passé au Qatar », assure Yasmine Hassan, supportrice marocaine. « On savait qu’on avait une bonne équipe et qu’il ne fallait pas avoir peur de quiconque, mais on ne s’attendait pas à atteindre quasiment la finale. »

Cet âge d’or a commencé avec l’équipe féminine. En avril 2022, le Maroc a accueilli pour la première fois la Coupe d’Afrique des nations féminine. Les attentes étaient faibles – aucune équipe nord-africaine n’avait jamais passé les phases de groupes. 

Tout cela a changé. Les Lionnes de l’Atlas ont remporté les trois matchs de leur groupe et un quart de finale contre le Botswana. 

Les supporters marocains allument des fusées éclairantes dans les tribunes lors de la finale de la CAN féminine 2022 contre l’Afrique du Sud (AFP)
Les supporters marocains allument des fusées éclairantes dans les tribunes lors de la finale de la CAN féminine 2022 contre l’Afrique du Sud (AFP)

Puis est venue une demi-finale contre le Nigeria, l’équipe qui avait remporté onze des treize tournois précédents. Tout le monde pensait que la série du Maroc prendrait fin, mais les Lionnes ont gagné, remportant une place en finale contre l’Afrique du Sud.

Tout le pays s’est rassemblé derrière l’équipe. Les stades débordaient de plus de 50 000 supporters et les cafés étaient remplis de spectateurs. Le roi Mohammed VI a souhaité bonne chance à l’équipe. L’Afrique du Sud a fini par remporter le titre, mais tout avait changé.

Aujourd’hui à la Coupe du monde, Yasmine Hassan déclare à MEE : « Tout le monde a hâte de voir ce que l’équipe peut faire. C’est une situation nouvelle pour les femmes, mais elles ont déjà montré qu’elles étaient pleines de surprises. »

La Coupe du monde

Bien que le Maroc n’ait pas remporté la Coupe d’Afrique des nations féminine, il y avait un enjeu encore plus grand : la qualification pour la Coupe du monde 2023.

Après son premier match sur la scène mondiale contre l’Allemagne à Melbourne, le Maroc rencontrera la Corée du Sud le 30 juillet et la Colombie le 3 août. Il affrontera donc des équipes d’Europe, d’Asie et d’Amérique du Sud. Ces équipes sont respectivement 2e, 17e et 25e au classement mondial, tandis que le Maroc (72e) est considéré comme un outsider.

« On sait qu’on est les outsiders de ce groupe, mais cela ne nous empêchera pas de compliquer la tâche de toutes ces nations », a affirmé l’entraîneur français du Maroc, Reynald Pedros, lorsqu’il a annoncé les 28 joueuses sélectionnées, le 19 juin. « On s’est préparés pour ces matchs avec un état d’esprit et un travail absolument incroyables. » 

« Tout le monde a hâte de voir ce que l’équipe peut faire. C’est une situation nouvelle pour les femmes, mais elles ont déjà montré qu’elles étaient pleines de surprises »

- Yasmine Hassan, supportrice marocaine

L’équipe n’est pas sous pression pour aller au-delà. Le défi est de montrer au public que le football féminin dans le monde arabe est en plein essor et peut être une force avec laquelle il faudra compter dans les années à venir.

« C’est un moment incroyable pour le pays ; pour les femmes arabes ; pour les femmes arabes dans le sport », a déclaré l’attaquante vedette marocaine Rosella Ayane dans une récente interview.  

« Parfois, j’ai vraiment besoin de prendre du recul et de regarder ce que nous avons accompli, parce que parfois je ne peux pas mettre de mots dessus. C’est donc une véritable odyssée dont je serai fière toute ma vie. »

La réussite marocaine peut attirer plus d’intérêt de la part des médias, engendrant plus d’attention, de sponsors, de financement, de supporters et de revenus, ce qui permettrait à plus de filles de pratiquer ce sport et d’en vivre.

« L’essor du football féminin est un début prometteur », estime Reynald Pedros.

Une inspiration dans le monde arabe

Le football féminin au Moyen-Orient a décollé lentement, mais son développement s’accélère. 

La Jordanie est l’un des favoris, l’Iran a fait son apparition à la Coupe d’Asie 2022 et d’autres tentent de rattraper leur retard. La nouvelle équipe nationale féminine d’Arabie saoudite a disputé son tout premier match en 2022 et le royaume se porte maintenant candidat à l’organisation de la Coupe d’Asie 2026. 

La Coupe du monde au Qatar, un terreau fertile pour un arabisme « doux »
Lire

Il existe maintenant une ligue nationale féminine en Arabie saoudite et, selon la fédération de football du pays, 50 000 filles se sont inscrites à un championnat scolaire. 

Plus tôt cette année, l’équipe nationale a été officiellement classée par la FIFA, une étape importante. « Entrer dans le classement de la FIFA était le moment vers lequel nous tendions, et ne marque que le début de ce que nous voulons réaliser avec ces filles », a expliqué Lamia Bahaian, vice-présidente de la Fédération saoudienne de football et superviseure du service du football féminin, à la FIFA. « Elles peuvent maintenant écrire leur propre histoire. »

Aujourd’hui, alors que la Coupe du monde féminine commence en Australie et en Nouvelle-Zélande, c’est ce que le Maroc va chercher à faire. Le reste de la région regardera.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

Middle East Eye propose une couverture et une analyse indépendantes et incomparables du Moyen-Orient, de l’Afrique du Nord et d’autres régions du monde. Pour en savoir plus sur la reprise de ce contenu et les frais qui s’appliquent, veuillez remplir ce formulaire [en anglais]. Pour en savoir plus sur MEE, cliquez ici [en anglais].