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L’histoire secrète de la normalisation entre le Maroc et Israël

Un haut responsable israélien détaille la genèse du deal triangulaire entre le Maroc, Israël et les États-Unis
Le chef de la diplomatie israélienne, Yaïr Lapid, donne une conférence de presse à Casablanca, au Maroc, le 12 août 2021 (AFP)
Le chef de la diplomatie israélienne, Yaïr Lapid, donne une conférence de presse à Casablanca, au Maroc, le 12 août 2021 (AFP)
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Le lieu n’a pas été précisé, mais la date, si : c’est en 2018 que commença la préparation de la normalisation entre le Maroc et Israël.

Tout a démarré avec une rencontre privée entre un « responsable marocain » et Ram Ben Barak, actuellement président de la Commission des affaires étrangères et de la défense de la Knesset, auparavant chef-adjoint du Mossad (2009-2011), puis conseiller à l’ambassade d’Israël à Washington.

« Cela vient d’un responsable marocain qui s’est tourné vers moi. Il a tendu la main et a demandé s’il y avait une possibilité de recevoir notre aide pour influencer les Américains afin de les aider avec leur problème du Sahara [occidental] », a révélé Ram Ben Barak à The Times of Israel, lors de la visite de la délégation de Yaïr Lapid, le chef de la diplomatie israélienne, au Maroc les 11 et 12 août derniers.

« J’ai dit que c’était possible », poursuit Ram Ben Barack. « Mais Israël doit aussi recevoir quelque chose en retour : la normalisation des relations [entre Israël et le Maroc]. Et les Marocains devraient soutenir publiquement l’‘’l’accord du siècle’’ de Trump. »

Une semaine plus tard après cet échange, le responsable marocain, dont Ben Barak ne divulgue pas l’identité, est revenu auprès de l’Israélien, lui annonçant : « Nous sommes prêts. »

Mais d’après Ram Ben Barak, « le processus a été retardé par le manque d’action de l’administration Netanyahou auprès des Américains ».

Réunion secrète à Washington

Cela n’a pas empêché Ben Barack de contacter personnellement « un ami à Washington qui avait fait partie de l’administration de George W. Bush », pour lui demander d’entrer en contact avec Jason Greenblatt, ancien avocat d’affaire de l’empire Trump et conseiller spécial de la Maison-Blanche chargé d’établir un plan de paix pour un règlement du conflit israélo-palestinien (le futur « accord du siècle »), réputé très proche d’Israël.

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Le contact établi, Ram Ben Barack et le « responsable marocain » s’envolent alors pour Washington pour présenter le plan à un Jason Greenblatt très ravi de l’idée.

Un mois plus tard, une réunion à Washington regroupera des responsables du département d’État, de la Maison-Blanche, Ram Ben Barack, Nasser Bourita, ministre marocain des Affaires étrangères, et son ministre délégué Mohcine Jazouli.

Toujours selon Ram Ben Barack, les participants à cette discrète réunion ont « convenu que deux jours plus tard, Netanyahou rencontrerait secrètement Bourita en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York ».

« Depuis lors, le processus s’est poursuivi à travers les canaux officiels du gouvernement et les trois parties ont tenu leurs promesses », précise Ben Barack.

C’est donc ce processus secret qui éclate au grand jour le 20 décembre 2020, lorsque l’ex-président Trump publie une série de tweets annonçant que le Maroc s’était engagé à normaliser ses relations avec Israël, comme l’avaient déjà fait récemment trois autres pays arabes, les Émirats arabes unisBahreïn et le Soudan.

Le président américain a également fait savoir sur Twitter qu’il avait signé une proclamation reconnaissant la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, ancienne colonie espagnole que se disputent les Marocains et les indépendantistes du Polisario soutenus par l’Algérie.