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Pour le président tunisien, instabilité politique et crise économique sont responsables de l’émigration clandestine

Alors que l’Italie s’est récemment alarmée de l’augmentation du nombre de migrants vers ses côtes, pour l’essentiel des Tunisiens, Kais Saied a dénoncé la répartition inéquitable des richesses dans le monde en parlant de la situation dans son pays
Le chef de l’État a effectué dimanche une visite de travail, consacrée à la lutte contre l’immigration clandestine, dans deux postes de la Garde maritime à Sfax et à Mahdia (centre), les deux principaux points de départs des embarcations clandestines vers l’Italie (Présidence tunisienne)
Le chef de l’État a effectué dimanche une visite de travail, consacrée à la lutte contre l’immigration clandestine, dans deux postes de la Garde maritime à Sfax et à Mahdia (centre), les deux principaux points de départs des embarcations clandestines vers l’Italie (Présidence tunisienne)

L’instabilité politique et les problèmes socio-économiques en Tunisie, ainsi que la répartition inéquitable des richesses dans le monde, poussent chaque année des centaines de jeunes à prendre la mer pour émigrer au péril de leur vie, a déploré le président tunisien Kais Saied.

Le chef de l’État a effectué dimanche une visite de travail, consacrée à la lutte contre l’immigration clandestine, dans deux postes de la Garde maritime à Sfax et à Mahdia (centre), les deux principaux points de départs des embarcations clandestines vers l’Italie.

Traduction : « Après une visite de travail à Sfax et Mahdia, le président Kais Saied a souligné qu’il était plus important d’offrir des opportunités d’emploi et des projets de développement pour lutter contre la migration clandestine qu’[adopter] une approche basée sur la sécurité. »

Lors de cette visite, il a affirmé que les raisons de ce phénomène sont d’abord « directement liées à la répartition des richesses et des ressources dans le monde », selon une allocution publiée lundi par la présidence.

Mais la question est « essentiellement tuniso-tunisienne », a-t-il ajouté, puisque les autorités « n’ont pas réussi à résoudre les problèmes économiques et de développement des Tunisiens ».

Selon Kais Saied, « la grande vague migratoire » a eu lieu après la révolution du 14 janvier 2011 qui a renversé l’ex-dictateur Zine el- Abidine Ben Ali

« En quelques jours, plus de 25 000 personnes ont émigré en Italie. Ce n’est pas le fruit du hasard », a-t-il souligné, en dénonçant « des réseaux de passeurs et des acteurs politiques [qui] tiraient les ficelles ».

L’objectif de ces derniers est de mettre en échec « le processus démocratique [et de] montrer l’inanité des élections qui n’ont pu atteindre leurs objectifs, poussant alors les Tunisiens à partir vers d’autres cieux, même illégalement », a expliqué le président tunisien.

Depuis 2011, huit gouvernements 

Signe de l’instabilité politique, la classe politique tunisienne est « encore à ce jour en train de mener des négociations sans fin en vue de former un gouvernement », a-t-il critiqué.

Depuis la révolution de 2011, huit gouvernements se sont succédé. Le neuvième, présidé par l’ancien ministre de l’Intérieur Hichem Mechichi, est en cours de formation et doit être approuvé par le Parlement début septembre.

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La Tunisie est également touchée par un chômage endémique.

Lundi dernier, la ministre italienne de l’Intérieur, Luciana Lamorgese, a rencontré à Tunis le président Saied et discuté de l’augmentation du nombre de migrants vers son pays.

Plus de 11 800 personnes sont arrivées en Italie illégalement entre le 1er janvier et le 26 juillet 2020, selon le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), davantage que sur la même période en 2019 (3 500), mais bien moins que l’année précédente.

Environ 45 % des migrants arrivés en juillet étaient des Tunisiens, selon la même source.

« Selon plusieurs rapports dont notamment ceux du Forum tunisien des droits économiques et sociaux [FTDES], la Tunisie s’est transformée depuis quelques années et à un rythme frénétique en une véritable plaque tournante de la migration clandestine en Méditerranée et ce, sur fond d’une recrudescence de trafics liés à la traite des êtres humains », souligne le site Tunisie numérique. 

Selon les statistiques du FTDES, 3 977 migrants ont tenté de voyager illégalement au 1er semestre de 2020 contre 961 durant la même période de l’année précédente. 

Au mois de juin, 1 611 personnes ont tenté de franchir en cachette les frontières. Plus de la moitié des migrants étaient des Tunisiens (57,84 %) contre 42,16 % de nationalités étrangères.