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Le Qatar expulse des travailleurs qui ont manifesté contre des salaires impayés

Selon un groupe de défense des droits de l’homme, les travailleurs en question ont été expulsés après avoir manifesté contre le Bandary International Group
Vue d’ensemble du Lusail Iconic Stadium, l’enceinte de 80 000 places qui accueillera la finale de la Coupe du monde de football en décembre, à la périphérie de Doha, capitale du Qatar, le 11 août 2022 (AFP)
Vue d’ensemble du Lusail Iconic Stadium, l’enceinte de 80 000 places qui accueillera la finale de la Coupe du monde de football en décembre, à la périphérie de Doha, capitale du Qatar, le 11 août 2022 (AFP)

Le Qatar a expulsé plusieurs dizaines de travailleurs qui ont participé à une rare manifestation contre des salaires impayés et des retards de salaire visant une société à laquelle Doha a attribué des contrats de plusieurs millions de dollars, selon un groupe de défense des droits de l’homme et une source gouvernementale interrogés mardi.

Une source gouvernementale interrogée par Middle East Eye indique que des manifestants ont été expulsés pour avoir enfreint la législation qatarie en matière de sécurité publique, sans en préciser le nombre.

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Equidem, une ONG établie à Londres et spécialisée dans les droits des travailleurs, affirme à MEE qu’au moins une soixantaine de personnes arrêtées par les autorités qataries ont été expulsées vers leurs pays d’origine.

Mustafa Qadri, directeur exécutif d’Equidem, s’interroge quant à l’efficacité des réformes du travail au Qatar et leur capacité à aider les travailleurs en difficulté dans le royaume du Golfe. 

« Cette situation est choquante, non pas parce que les Qataris se sont tant empressés d’expulser ces travailleurs qui ont eu le cran d’exprimer publiquement leur mécontentement face aux salaires impayés, ni parce que cette entreprise est un conglomérat important au Qatar, mais parce que ce même système n’est pas suffisamment prompt à sanctionner les entreprises qui ne paient pas leurs employés », affirme Mustafa Qadri à MEE

Deuxième grève en douze mois

« Nous savons qu’il s’agit de la deuxième grève en douze mois organisée par des travailleurs de cette même société, et la seule raison pour laquelle ce fait a été révélé et a reçu l’attention qu’il mérite est que des gens ont filmé des travailleurs en train de défendre leurs droits. »

Mustafa Qadri précise que son organisation est en contact avec certains des travailleurs expulsés, qui affirment avoir reçu une partie des salaires qui leur étaient dus, mais qui se retrouvent désormais avec « l’immense impact financier rendant impossible un retour au Qatar ».  

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Les travailleurs en question étaient employés par Al Bandary Engineering et Electrowatt, deux sociétés sous le giron du Bandary International Group.

De nombreux travailleurs ayant participé à la manifestation devant le siège du groupe à Doha étaient originaires du Bangladesh, d’Inde et du Népal et ont déclaré ne pas avoir été payés pour sept mois de travail. 

Des travailleurs et des représentants syndicaux ont déclaré à Migrant Rights, un groupe de défense des droits des travailleurs dans les pays du Golfe, que la société avait promis de leur verser leurs salaires le 11 août. 

Mais lorsqu’ils se sont vu refuser leur rémunération et que l’électricité a été coupée dans leurs logements, appartenant à l’entreprise, les travailleurs se sont mis en grève. Au moins 200 travailleurs sont descendus dans les rues de Doha le 14 août pour réclamer leurs salaires impayés.

D’après Migrant Rights, Al Bandary Engineering et Electrowatt Company ne paie pas ses employés depuis six mois. 

Pressions pour réformer le droit du travail

« Tous les salaires et avantages accusant un retard sont payés par le ministère du Travail », indique un responsable gouvernemental.

« L’entreprise faisait déjà l’objet d’une enquête des autorités pour non-paiement de salaires avant cet événement et désormais, de nouvelles mesures sont prises dès lors qu’une date limite pour le versement de salaires impayés est dépassée. »

Le site web du Bandary International Group indique que le Qatar lui a attribué certains projets majeurs d’une valeur de plusieurs millions de riyals qataris.  

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Des travailleurs ayant été arrêtés ont déclaré à Migrant Rights qu’au moins 25 à 30 personnes étaient entassées dans une seule pièce. Selon certains, le Qatar a déjà expulsé plusieurs travailleurs en ne leur versant qu’une partie des salaires impayés.

Depuis qu’il s’est vu confier l’organisation de la Coupe du monde, le Qatar fait l’objet de pressions intenses pour réformer son droit du travail et interdire le système déshumanisant de la kafala (procédure d’adoption spécifique au droit musulman qui correspond à une tutelle sans filiation). 

Cependant, malgré les progrès réalisés en matière de réformes du travail, les travailleurs immigrés au Qatar n’ont toujours pas le droit de se syndiquer, ni de participer à des grèves. 

L’an dernier, des centaines de travailleurs immigrés au Qatar se sont mis en grève pour protester contre des mauvaises conditions de travail, des salaires impayés et des retards de salaire, ainsi que des menaces de baisse de salaire. 

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

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