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Le Royaume-Uni « possède déjà un terrain pour une ambassade à Jérusalem »

MEE a obtenu une note d’information envoyée par le lobby Conservative Friends of Israel plaidant en faveur d’un déménagement de l’ambassade actuellement située à Tel Aviv
Le Premier ministre israélien Yaïr Lapid (à gauche) avec son homologue britannique Liz Truss à l’assemblée générale de l’ONU, à New York, en septembre 2022 (Reuters)
Le Premier ministre israélien Yaïr Lapid (à gauche) avec son homologue britannique Liz Truss à l’assemblée générale de l’ONU, à New York, en septembre 2022 (Reuters)
Par
BIRMINGHAM, Royaume-Uni

Le gouvernement britannique possède déjà un terrain à Jérusalem-Ouest destiné à une nouvelle ambassade en Israël à en croire une note d’information envoyée aux députés conservateurs pro-Israël et consultée par Middle East Eye.

Le lobby Conservative Friends of Israel (CFI) fait circuler cette note dans le cadre d’une campagne en soutien à la décision controversée de la Première ministre Liz Truss, annoncée en septembre, de réexaminer l’emplacement de l’ambassade britannique.

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James Gurd, directeur de CFI, a envoyé cette note aux députés plaidant en faveur d’une ambassade à Jérusalem samedi dernier, à la veille du congrès du parti conservateur qui se tient cette semaine à Birmingham, ainsi qu’une « suggestion de réponse sur ce dossier » que les députés peuvent envoyer à leurs électeurs.

MEE a consulté ces deux documents.

Selon la note d’information, déplacer l’ambassade britannique de son emplacement actuel à Tel Aviv à Jérusalem serait « une décision bureaucratique reconnaissant la réalité du terrain ».

Elle précise par ailleurs : « Il est entendu que le gouvernement britannique possède déjà un terrain à Jérusalem-Ouest pour la construction d’une ambassade là-bas » – une révélation qui laisse entendre que Liz Truss pourrait mettre en œuvre cette décision dès qu’elle en aura le feu vert.

« Une grande sioniste »

Quant à la réponse sur le dossier – une proposition de lettre que les députés peuvent envoyer à leurs électeurs inquiets –, elle estime que le déménagement de l’ambassade à Jérusalem « rectifierait une anomalie historique ».

On peut lire : « La coutume établie veut que les pays souverains choisissent leur capitale pour y accueillir les ambassades et autres représentations diplomatiques. Israël ne doit pas faire exception à cet égard. »

« Je comprends l’importance et la caractère sensible de l’emplacement de l’ambassade britannique en Israël et je m’engage à réexaminer le sujet »

- Liz Truss

« Soutenir Israël et promouvoir le conservatisme au Royaume-Uni », tel est le double objectif de Conservative Friends of Israel.

Le groupe se dit actif à tout niveau du parti conservateur et compterait environ 80 % de députés conservateurs parmi ses membres.

Dimanche, Liz Truss et d’autres ministres ont assisté à un événement organisé par CFI afin de marquer l’ouverture du congrès du parti. La Première ministre a déclaré au public qu’elle était « une grande sioniste et une grande partisane d’Israël ».

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Dans la revue annuelle de CFI, Informed, dont la date de publication a été choisie pour coïncider avec le congrès, Liz Truss a écrit : « Je comprends l’importance et la caractère sensible de l’emplacement de l’ambassade britannique en Israël et je m’engage à réexaminer le sujet pour être sûre d’opérer sur les meilleures bases possibles en Israël ».

S’exprimant dimanche à l’événement organisé par CFI, le président du parti conservateur Jake Berry est allé plus loin : il a semblé anticiper le résultat de l’examen de Truss lorsqu’il a promis un « engagement indéfectible, en tant que président du parti, pour continuer à construire une relation forte avec l’État d’Israël et de le soutenir dans son combat pour sa sécurité et pour que la capitale à Jérusalem abrite [la] nouvelle ambassade [britannique] ».

« Compatible avec la solution à deux États »

Robert Jenrick, ministre de la Santé, a également fait allusion au terrain détenu par le gouvernement britannique susceptible d’accueillir une ambassade.

Jenrick a déclaré : « Nous disposons d’un site à Jérusalem attendant le feu vert. Il est temps de prendre nos responsabilités, de construire cette ambassade et de reconnaître que la véritable capitale de l’État d’Israël est évidemment Jérusalem. »

« Je salue la décision de la Première ministre Liz Truss de réexaminer l’emplacement de l’ambassade britannique à Jérusalem », peut-on lire également dans la « réponse sur le dossier » de CFI.

« Il est temps de prendre nos responsabilités, de construire cette ambassade et de reconnaître que la véritable capitale de l’État d’Israël est évidemment Jérusalem »

- Robert Jenrick, ministre de la Santé

Un porte-parole de CFI a nié tout lobbying de l’organisation sur les députés conservateurs en faveur de cette décision, ce que suggérait MEE.

Il a déclaré : « C’est une courte note d’information comme on en envoie sur n’importe quel sujet. »

Le président de CFI, Eric Pickles, assure à MEE : « Déplacer l’ambassade est parfaitement compatible avec la solution à deux États et ne décide en rien des frontières définitives. C’est une décision très modérée. »

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En décidant de réexaminer le site de l’ambassade, Truss fait faire une embardée spectaculaire à la politique de longue date du gouvernement britannique qui a tenu face sous tous les Premiers ministres, de Margaret Thatcher à Boris Johnson. 

L’ancienne Première ministre britannique Theresa May a condamné sans équivoque cette initiative, estimant dans une déclaration de décembre 2017 en réaction à la décision du gouvernement américain de déplacer son ambassade à Jérusalem : « Nous pensons que c’est inutile en termes de perspectives de paix dans la région… En phase avec les résolutions du Conseil de sécurité, nous considérons Jérusalem-Est comme faisant partie des territoires palestiniens occupés. »

Sa position était encore réaffirmée par le gouvernement britannique en décembre 2021.

« La position du Royaume-Uni sur le statut de Jérusalem est claire et parfaitement établie : elle doit être fixée par un accord négocié entre Israéliens et Palestiniens », a déclaré le coordinateur politique du Royaume-Uni à l’ONU dans un discours, ajoutant que le Royaume-Uni « s’oppose à toute action unilatérale à Jérusalem sans accord sur le statut définitif et continue de soutenir le statu quo historique ».

«  Un renversement abrupt de la politique britannique depuis 1967 »

Avi Shlaim, professeur émérite de Relations internationales à l’Université d’Oxford, soutient cette position de longue date du gouvernement britannique. La semaine dernière, il a écrit à MEE : « Déplacer l’ambassade à Jérusalem violerait un tas de résolutions de l’ONU et s’apparenterait à un renversement abrupt de la politique britannique depuis 1967. »

Avi Shlaim a ajouté que « cette politique, s’inscrivant dans un large consensus international, veut que toutes les ambassades restent à Tel Aviv jusqu’à ce qu’un accord de paix global soit convenu entre Israël et les Palestiniens, avec Jérusalem comme capitale partagée des deux États ».

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La note d’information de CFI conteste cela, déclarant que déplacer l’ambassade à Jérusalem « n’empêcherait pas les Palestiniens d’établir leur capitale à Jérusalem-Est à l’avenir, et cela ne changerait pas la position de longue date du Royaume-Uni selon laquelle le futur statut de la ville est un problème qui doit être négocié entre Israéliens et Palestiniens dans des négociations bilatérales ».

Elle stipule également : « Sous toute solution à deux États réaliste, Jérusalem-Ouest resterait sous le contrôle israélien – c’est acté depuis longtemps dans les négociations de paix entre Israéliens et palestiniens au fil des décennies. »

Par ailleurs, elle fait observer que les États-Unis ont reconnu Jérusalem comme la capitale d’Israël tout comme « Taïwan, Nauru, le Honduras, le Guatemala et le Kosovo ».

Le Premier ministre de l’Autorité palestinienne (AP) Mohammed Shtayyeh a déclaré lundi dernier que déplacer l’ambassade « encouragerait » la « puissance occupante » et « saperait » l’éventualité d’une solution à deux États.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

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