Aller au contenu principal

Tunisie : Najla Bouden, une scientifique pour former le gouvernement

Kais Saied a chargé mercredi une personnalité du monde de l’Enseignement supérieur de former un nouveau gouvernement, un poste dont il a considérablement réduit les prérogatives après s’être arrogé les pleins pouvoirs en juillet
Géophysicienne de formation, professeure de l’enseignement supérieur à l’École nationale d’ingénieurs de Tunis (ENIT), Najla Bouden est peu connue dans le paysage politique (AFP)
Géophysicienne de formation, professeure de l’enseignement supérieur à l’École nationale d’ingénieurs de Tunis (ENIT), Najla Bouden est peu connue dans le paysage politique (AFP)
Par
TUNIS, Tunisie

Pour la première fois en Tunisie et dans le monde arabe, une femme se voit chargée de former un gouvernement : mercredi 29 septembre, le président tunisien Kais Saied a confié cette mission à Najla Bouden, selon un communiqué de la présidence de la République.

Géophysicienne de formation, professeure de l’enseignement supérieur à l’École nationale d’ingénieurs de Tunis (ENIT), Najla Bouden Romdhane est peu connue dans le paysage politique. Elle aurait néanmoins participé à la campagne électorale de Kais Saied en 2019.

Cette docteure en géologie de 63 ans, originaire de Nabeul (nord-est), a été directrice générale et cheffe de l’unité de gestion du projet de modernisation de l’enseignement supérieur en soutien à l’employabilité (PromESsE).

Des relations avec la Banque mondiale

Elle a également été conseillère auprès des ministres de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique de 2006 à 2016, d’après le site d’informations économiques IlBoursa.

Dans une vidéo publiée sur la page Facebook Présidence Tunisie, où on voit le chef de l’État recevoir Najla Bouden, Kais Saied a déclaré : « C’est la première fois dans l’histoire dans la Tunisie qu’une femme occupe le poste de chef de gouvernement […] C’est un moment historique et un honneur pour la Tunisie d’avoir une femme capable de diriger et de réussir à l’instar de l’homme. »

Il a ajouté que ce gouvernement devrait avoir comme priorités ela lutte contre la corruption et répondre aux aspirations des Tunisiens et à leur droit à la santé, à l’éducation, au transport et à la dignité. »

Dans l’après-midi, la nouvelle cheffe de gouvernement s’est engagée dans un tweet à « former un gouvernement cohérent pour faire face aux difficultés économiques » de la Tunisie.

Pour certains observateurs, cette désignation est un « signal envoyé à la communauté internationale », en particulier les Occidentaux « qui ne peuvent que saluer le choix d’une femme ». La chancelière allemande Angela Merkel a déjà jugé « essentiel » un « retour à la démocratie parlementaire » lors d’un entretien téléphonique avec Kais Saied. 

Pour d’autres, cette nomination est due aux relations de Najla Bouden avec la Banque mondiale. En effet, la futur cheffe du gouvernement était jusque-là chargée de la mise en œuvre des programmes de la Banque mondiale au ministère de l’Enseignement supérieur.

D’après Achref Aouadi, le président de l’ONG tunisienne de lutte contre la corruption I Watch, Najla Bouden serait la candidate de la première dame, l’épouse de Kais Saied, la magistrate Ichraf Chebil, « malgré l’opposition de l’entourage du président ».

« Elle sera la nouvelle Mechichi [du nom de l’ancien chef de gouvernement Hichem Mechichi]. Dommage que les nominations soient basées sur des relations d’amitié […] le président n’a rien appris de ses expériences précédentes. »

Neuf chefs de gouvernement se sont succédé à la tête des gouvernements tunisiens depuis la révolution de 2011.

Najla Bouden, la dixième, succède à Hichem Mechichi limogé par Kais Saied le 25 juillet lorsqu’il a décidé d’appliquer l’article 80 de la Constitution lui permettant de prendre tous les pouvoirs.

Ces derniers jours, les mesures exceptionnelles prises par le chef de l’État ont suscité de plus en plus de protestations : dimanche, plus de 2 000 personnes ont manifesté à Tunis pour réclamer sa démission, l’accusant d’« avoir volé la révolution de 2011 ».