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Au Yémen, une trêve de deux mois entre en vigueur

Engagés dans une guerre dévastatrice depuis près de huit ans, les forces progouvernementales et les rebelles Houthis se sont accordés sur une trêve de deux mois, négociée sous l’égide des Nations unies
Un combattant pro-gouvernemental yéménite lors de combats avec des rebelles houthis sur la ligne de front sud de Marib (AFP)
Un combattant progouvernemental yéménite lors de combats avec des rebelles houthis sur la ligne de front sud de Marib (AFP)
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SANAA, Yémen

La nouvelle a été confirmée par Hans Grundberg, émissaire de l’ONU, dans un communiqué : un cessez-le-feu est entré en vigueur au Yémen à 19 h 00 locales (16 h 00 GMT), au premier jour du ramadan.

En vertu de cette nouvelle trêve, qui peut être renouvelée « avec le consentement » des belligérants, « toutes les offensives militaires aériennes, terrestres et maritimes doivent cesser dès ce soir », a-t-il précisé.

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Cette annonce est le couronnement des efforts de Hans Grundberg qui tente depuis des mois d’arracher une trêve aux acteurs du conflit et de relancer les négociations en vue d’un règlement ; une tâche difficile dans un pays otage des puissances régionales rivales, l’Arabie saoudite sunnite et l’Iran chiite, se livrent à une guerre par procuration.

Jeudi, l’émissaire de l’ONU a discuté séparément avec des représentants des Houthis à Oman et ces derniers jours avec ceux du pouvoir yéménite et du royaume saoudien à Riyad.

La coalition menée l’Arabie saoudite a dit « soutenir l’accord du gouvernement yéménite pour une trêve », de même que « les efforts de l’ONU pour la consolider ».

Vers une désescalade ?

Les efforts en vue d’une trêve se sont intensifiés après une intensification des attaques des Houthis contre l’Arabie saoudite.

Le 25 mars, ils ont lancé 16 attaques contre des cibles dans le royaume dont l’une a provoqué un gigantesque incendie dans un site pétrolier à Jeddah (ouest) proche du circuit de Formule 1 qui accueillait le Grand Prix. Ces attaques n’ont pas fait de victimes. 

Des flammes s’élèvent d’une installation pétrolière de Saudi Aramco à Djeddah, en Arabie saoudite, le 25 mars 2022, à la suite d’une attaque présumée de rebelles yéménites (AFP)
Des flammes s’élèvent d’une installation pétrolière de Saudi Aramco à Djeddah, en Arabie saoudite, le 25 mars 2022, à la suite d’une attaque présumée de rebelles yéménites (AFP)

En représailles, l’aviation saoudienne a bombardé des zones contrôlées par les Houthis.

Cette nouvelle trêve permet l’entrée de 18 pétroliers dans les ports de la région stratégique de Hodeida (ouest) et l’accès de deux vols commerciaux à l’aéroport de la capitale Sanaa.

La coalition contrôle l’espace aérien et maritime du Yémen et seuls les vols de l’ONU sont autorisés à atterrir à Sanaa, un « blocus » dénoncé par les Houthis.

Sanaa, mais également les ports de Hodeida, essentiels pour l’acheminement de l’aide humanitaire, sont aux mains des Houthis. « Le succès de cette initiative va dépendre de la volonté des parties belligérantes du conflit à faire respecter la trêve et [à appliquer] les mesures humanitaires prévues », selon l’émissaire de l’ONU.

« J’espère que la bonne volonté affichée publiquement par les parties va se traduire par une désescalade à long terme dans les discours incendiaires et haineux rapportés par les médias », a-t-il encore indiqué.

Optimisme

« La guerre a transformé tous mes rêves en cauchemars » mais « cette fois-ci, je suis optimiste. Cette trêve n’est pas comme les précédentes, et le fait qu’elle coïncide avec le ramadan nous donne beaucoup d’espoir », a dit Asma Zayed, une étudiante à Hodeida.

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Dans ce contexte de désescalade, les belligérants ont « accepté de se rencontrer sous l’égide de l’ONU pour ouvrir des routes à Taëz et dans d’autres régions du Yémen afin de permettre aux civils de se déplacer librement », selon Hans Grundberg. 

La ville de Taëz, dans le sud-ouest du pays, est sous contrôle gouvernemental mais assiégée depuis 2015 par les insurgés.

Après sept ans d’intervention, la coalition de Riyad n’a pas réussi à déloger les rebelles des régions conquises, notamment dans le nord du Yémen.

Les États-Unis ont salué la nouvelle trêve tout en soulignant la nécessité de parvenir à « un compromis pouvant apporter une paix durable ».

De son côté, la France a estimé qu’il s’agissait « d’une avancée majeure qui doit permettre d’alléger les souffrances du peuple yéménite et qui est porteuse d’espoir ».

Pour sa part, le Haut Représentant de l’Union européenne Josep Borrell a exhorté les belligérants à « respecter la trêve en vue de parvenir à un cessez-le-feu durable ».