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Les assassins de Khashoggi ont fait escale en Égypte pour acheter les drogues utilisées pour empoisonner le journaliste

Des agents saoudiens ont profité d’une escale au Caire pour récupérer des drogues avant de s’envoler pour Istanbul, où le chroniqueur saoudien a été assassiné, annonce Yahoo News
Après avoir pénétré dans le consulat saoudien à Istanbul, Khashoggi s’est vite rendu compte qu’il allait être drogué et « a tenté de fuir » (AFP)
Après avoir pénétré dans le consulat saoudien à Istanbul, Khashoggi s’est vite rendu compte qu’il allait être drogué et « a tenté de fuir » (AFP)
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Les agents saoudiens qui ont assassiné Jamal Khashoggi en 2018 se sont rendus en Égypte, où ils ont récupéré des drogues « illégales » qui allaient servir à tuer le journaliste, selon un article de Yahoo News qui cite des synthèses des interrogatoires secrets des tueurs menés par les Saoudiens.

Le 2 octobre 2018, le Gulfstream qui transportait les assassins a fait escale au Caire avant d’atterrir à Istanbul, rapporte le site d’informations dans une nouvelle série de podcasts consacrés au meurtre de Khashoggi : Conspiracyland. Mais on ne sait pas quelles sont les drogues en question ni quel en est le fournisseur.

Après avoir pénétré dans le consulat saoudien à Istanbul, Khashoggi s’est vite rendu compte qu’il allait être drogué et « a tenté de fuir », selon les notes des procureurs saoudiens lors du procès à huis clos des meurtriers.

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Il a été maintenu sur une chaise dans le bureau du consul général saoudien, où Salah Tubaigy (médecin légiste du ministère saoudien de l’Intérieur) a « injecté dans le bras gauche de Khashoggi une drogue dont la vente est illégale et qu’il avait ramenée du Caire en grande quantité, suffisamment pour le tuer », selon les notes obtenues par Yahoo.

Cette nouvelle information tend à indiquer que des agents égyptiens étaient impliqués dans le meurtre du journaliste saoudien et contredit les allégations de Riyad selon lesquelles le commando n’avait pas l’intention de tuer Khashoggi avant d’atterrir dans la métropole turque.

Richard Clarke, président du Middle East Institute (think tank établi à Washington), estime que l’étroite relation de travail entre l’Égypte et l’Arabie saoudite explique cette halte.

« Le gouvernement saoudien injecte de l’argent fou pour soutenir » le gouvernement égyptien, précise Clarke, qui fut conseiller en matière de lutte contre le terrorisme à la Maison-Blanche sous les présidents Bill Clinton et George W. Bush.

« Et vous pouvez obtenir beaucoup en échange de cet argent. Je ne crois pas qu’ils [les agents saoudiens] aient eu à dévoiler leur cible. Ce devait être plutôt : “Eh, vous avez ce truc en stock ? On est à court. On peut passer et récupérer un peu de beurre ?” Je pense que, pour les Égyptiens, il n’y avait pas de question à se poser. »

Les ambassades égyptienne et saoudienne n’avaient pas répondu aux sollicitations de Middle East Eye au moment de la publication de cet article.

« On a un gars à nous chez Twitter »

Khashoggi, chroniqueur pour Middle East Eye et le Washington Post, a été tué au sein du consulat saoudien à Istanbul le 2 octobre 2018 après y être entré pour obtenir des documents afin de pouvoir se marier avec sa fiancée turque, Hatice Cengiz. Son corps reste introuvable.

Les autorités saoudiennes avaient vivement affirmé que Khashoggi avait quitté le bâtiment en vie. Il leur a fallu deux semaines pour reconnaître son assassinat. Quoi qu’il en soit, Riyad prétend toujours que cet assassinat était une opération véreuse réalisée sans l’approbation des cadres dirigeants.

Peu après l’investiture du président américain Joe Biden en début d’année, la directrice du renseignement national a publié un rapport qui conclut que le prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS) avait approuvé le meurtre.

Cette nouvelle série de podcasts (en huit épisodes) de Yahoo News fournit de nouvelles informations concernant le meurtre de Khashoggi.

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Yahoo signale que MBS a supervisé un programme d’espionnage visant Twitter, via lequel deux espions saoudiens ont dérobé des numéros de téléphone, des comptes mails, des messages privés et autres informations personnelles de détracteurs du gouvernement saoudien, notamment d’un proche associé de Khashoggi.

« C’était nous. On l’a fait. On a un gars à nous chez Twitter », a confié MBS à l’ancien responsable saoudien de la lutte contre le terrorisme Saad al-Jabri, selon le témoignage du fils de Jabri, Khalid, dans le podcast.

Une source au sein des renseignements américains a également confirmé à Yahoo que les dirigeants américains avaient enregistré près d’une dizaine de coups de fils entre MBS et son haut conseiller Saoud al-Qatani dans la période entourant l’opération contre Khashoggi.

Les notes consultées par Yahoo expliquent aussi que l’un des assassins de l’« escadron du Tigre » a eu pour mission de détruire les caméras dans le consulat et de retirer et détruire les disques durs ayant enregistré le meurtre de Khashoggi.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.