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Le fossé se creuse entre le Hamas et le Fatah, et les Palestiniens souffrent

Alors que le Hamas et le Fatah s'accusent mutuellement de l'échec du gouvernement de consensus, les nombreux problèmes de la bande de Gaza restent sans réponse
Gaza – Les insultes et accusations politiques entre les deux principales factions palestiniennes, le Fatah et le Hamas, ont atteint leur apogée.
 
Par l'intermédiaire des médias et de déclarations publiques, le Hamas a accusé le gouvernement palestinien de consensus basé à Ramallah d’« étouffer » la bande de Gaza et d'ignorer la crise humanitaire qui gangrène actuellement le territoire palestinien assiégé.
 
« Nous invitons le Premier ministre, Rami Hamdallah, à prendre le contrôle des frontières et à ne pas se dérober face à ses responsabilités envers la bande de Gaza », a indiqué à la presse le porte-parole du Hamas, Sami Abu Zuhri, dimanche dernier.
 
Le gouvernement de consensus formé par le président palestinien Mahmoud Abbas en juin 2014 était initialement chargé de préparer des élections présidentielles et législatives dans un délai de six mois.
 
Or depuis sa formation, il n'est pas parvenu à remplir sa fonction au sein de la bande de Gaza en raison de la querelle incessante entre le Fatah et le Hamas.
 
Le gouvernement dirigé par l'Autorité palestinienne (AP) a affirmé qu’il n'a pu accomplir sa mission à Gaza car le Hamas continue d'exercer une autorité fantôme sur le territoire.
 

Sami Abu Zuhri a réfuté cette accusation, et le Hamas a indiqué ne pas avoir été consulté pour la nomination du nouveau gouvernement par le président Abbas, secrétaire général du Fatah.

 
Les forces de sécurité de Gaza commémorent l'anniversaire de l'offensive militaire israélienne connue sous le nom d'opération « Plomb durci » (AA).
 
Les salaires impayés provoquent la colère des travailleurs
 
Sami Abu Zuhri a déclaré que le gouvernement de consensus essayait de se soustraire à ses responsabilités envers Gaza en traitant défavorablement les fonctionnaires de la bande côtière.
 
Lorsque le gouvernement du Hamas était au pouvoir dans la bande de Gaza, plus de 45 000 employés et fonctionnaires travaillaient à son service sans qu'il parvienne à payer leurs salaires régulièrement. Aujourd'hui, ces mêmes employés qui travaillent au sein des ministères, hôpitaux et écoles de Gaza ne sont toujours pas rémunérés.
 
Le président Abbas a pour sa part refusé de verser les salaires des employés embauchés après 2007, année de la prise de contrôle de la bande de Gaza par le Hamas. En octobre dernier, le Qatar a effectué un versement unique d'un montant de 1 200 dollars à chaque membre du personnel.
 
Le non-paiement prolongé des salaires a entraîné une série de grèves dans la bande de Gaza touchant la plupart des secteurs, y compris les écoles et les hôpitaux.
 
Cependant, malgré la pression, le gouvernement palestinien n'a pris que peu de mesures pour satisfaire aux exigences des travailleurs.
 
Marche des partisans du Fatah dans les rues de Ramallah lors des célébrations du 50e anniversaire du mouvement (MEE/Rich Wiles).
 
Un « gouvernement fantôme » à Gaza ?
 
Vendredi, à l'issue d'une visite de 4 jours à Gaza d’une délégation du gouvernement de consensus, son porte-parole, Ihab Bseso, a indiqué que tout était mis en œuvre pour résoudre les problèmes de Gaza.
 
Le ministère palestinien des Finances à Ramallah a également affirmé qu'il avait consacré 47 % de son budget annuel à la bande de Gaza. Cette affirmation a toutefois été contestée par Ismaël Haniyeh, dirigeant du Hamas et ancien Premier ministre.
 
Le président Abbas a posé des conditions à sa prise de contrôle de Gaza et à son soutien à l’allégement du blocus, qui incluent notamment le déploiement des forces de sécurité de l'AP sur le terrain à Gaza et à ses frontières.
 
Le Hamas ne semble cependant pas disposé à passer totalement la main en matière de sécurité, et renoncera uniquement au contrôle des frontières de Gaza. Il est prêt à partager les postes administratifs et les ministères.
 
Mahmoud al-Habash, conseiller du président Abbas en matière d'affaires religieuses, a reproché au Hamas et à Israël de faire obstacle à une véritable réconciliation palestinienne. « En continuant à agir comme un gouvernement fantôme en présence d'un gouvernement officiel, le Hamas a malheureusement fait échouer la réconciliation et la reconstruction », a-t-il déclaré.
 
Mahmoud al-Habash a appelé le Hamas à tenir ses engagements en faveur de la réconciliation palestinienne et à permettre au gouvernement de consensus de fonctionner sur le terrain à Gaza. Il a ajouté que le Hamas doit accepter qu’une seule direction palestinienne, un gouvernement unique, détienne le pouvoir.
 
Avant la formation du gouvernement de consensus palestinien, les territoires palestiniens occupés étaient scindés entre la bande de Gaza, contrôlée par le Hamas, et la Cisjordanie, dirigée par l'Autorité palestinienne.
 
A l'époque, pour subvenir aux besoins quotidiens des Gazaouis, le Hamas dépendait fortement des revenus issus des tunnels de contrebande reliant Gaza à l'Egypte voisine ainsi que du soutien financier de l'Iran.
 
Après l'éviction du président égyptien Mohamed Morsi en 2013, son successeur, Abdel Fatah al-Sissi, a lancé une campagne miliaire visant à fermer la plupart des tunnels reliant l'Egypte à Gaza le long de la frontière commune à Rafah.
 
Selon certains analystes, c'est cette baisse de revenus qui a forcé le Hamas à signer l'accord de réconciliation avec son rival, le Fatah.
 
Les membres du gouvernement de consensus, basé à Ramallah, en visite à Gaza fin décembre (AA).
 
La réconciliation n'est pas une priorité
 
L'un des principaux dirigeants du Hamas, Ismaël Haniyeh, a indiqué la semaine dernière que « le gouvernement n'était pas parvenu à prouver qu'il gouverne l'ensemble du peuple palestinien ».
 
Alors que l'impasse politique persiste, l’idée circule au sein du Hamas que le mouvement islamique pourrait reprendre le contrôle de la bande de Gaza.
 
Le Hamas est également entré en contact avec l’ancien dirigeant du Fatah expulsé de Cisjordanie, Mohammed Dahlan, qui a envoyé des fonds par l'intermédiaire des Emirats arabes unis en soutien aux victimes palestiniennes de la guerre menée par Israël contre Gaza pendant 51 jours l'été dernier.
 
De son côté, le Fatah a annulé la plupart des célébrations prévues cette année à Gaza à l'occasion de son anniversaire. Le 1er janvier dernier, les partisans du Fatah ont tout de même organisé une marche à travers les principales places de la ville de Gaza, agitant des drapeaux et entonnant des chants pour célébrer le 50e anniversaire du mouvement.
 
L'analyste politique Adnan Abou Amer a indiqué à Middle East Eye que, selon des informations émanant de sources internes à l'AP, le Hamas aurait proposé des solutions de compromis au gouvernement de Ramallah, mais que le président ne serait pas disposé à faire les efforts nécessaires pour combler le fossé.
 
Abbas « est responsable du retard de la réconciliation, et la seule solution est qu’il prenne ses responsabilités et mette un terme à l'isolement de Gaza », a-t-il déclaré. 
 
En attendant, la division politique actuelle et l'échec du gouvernement de consensus empêchent de résoudre les nombreux problèmes qui gangrènent Gaza, notamment les pannes d'électricité, les salaires impayés, la reconstruction au point mort et d'autres problèmes humanitaires causés par le siège ininterrompu.
 
Mahmoud Abbas semble avoir d'autres priorités en raison du gel par Israël du versement des recettes fiscales palestiniennes d'un montant de 127 millions de dollars suite à la décision de l'AP d'adhérer à la Cour pénale internationale.
 
Sans ces fonds, l'AP sera sans doute incapable de payer les salaires de ses employés, plongeant ainsi 165 000 Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza dans l'incertitude.
 
Des partisans du Fatah célèbrent le 50e anniversaire du mouvement à Ramallah (MEE/Rich Wiles).
 
 
Légende de la première photo : marche des partisans du Fatah dans la ville de Gaza le 31 décembre 2014 (AA). 
 
Traduction de l'anglais (original).