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Algérie : les sept visages de la transition

Le Parlement doit acter ce mardi la « vacance » à la tête de l’État et charger Abdelkader Bensalah de l’intérim du président. Voici les sept figures politiques qui, aujourd’hui, jouent un rôle de premier ordre dans cette transition
Une manifestante dans le tunnel des facultés à Alger, lors d’un vendredi de mobilisation (AFP)
Par à
ALGER, Algérie

Ali Benflis 

Ali Benflis, secrétaire général du parti Talaie El Hourriyet (avant-gardes des libertés) (AFP)

À 74 ans, cet ancien avocat et procureur a tenté en 2004 et en 2014 de remporter la présidentielle face au désormais ex-président Abdelaziz Bouteflika. Les deux hommes se connaissent très bien : Benflis a été le directeur de campagne de Bouteflika en 1999 avant d’occuper les postes névralgiques de directeur de cabinet de la présidence puis celui de chef de gouvernement (de 2000 à 2003). Ses divergences avec le président sont notoires et il n’a cessé, depuis, de s’opposer à Bouteflika. En 2015, il crée son propre parti, Talaie El Hourriyet (avant-gardes des libertés). Il plaide aujourd’hui pour l’installation d’une présidence consensuelle ou d’un collège présidentiel pour une durée ne dépassant pas six mois afin de préparer la prochaine présidentielle. 

Ahmed Gaïd Salah 

Le général de corps d’armée a été un fidèle du président Bouteflika (AFP)

Le patron de l’armée, 79 ans (aucune date officielle n’existe), intronisé chef d’état-major par Bouteflika en 2004, se retrouve au centre des enjeux de l’étape actuelle après la démission du chef de l’État. Ayant lâché Bouteflika qui s’entêtait à rester au pouvoir alors que les manifestations prenaient chaque semaine plus d’envergure, Gaïd Salah se présente aujourd’hui comme le « garant » d’une transition « constitutionnelle » et contrôlée. L’opinion craint que l’armée, sous la houlette de son patron, ne s’accapare la « révolution du sourire » : il vient de concentrer sous ses ordres l’ensemble de la communauté du renseignement et insiste sur la voie légale qui maintiendrait les figures de l’ancien régime aux postes de commandes.    

Abdelkader Bensalah

Abdelkader Bensalah est à la tête du Sénat algérien depuis près de dix-sept ans (AFP)

Techniquement, c’est le président de la Chambre haute du Parlement, le Conseil de la nation, qui est amené à assurer l’intérim après la démission du chef de l’État. À 76 ans, Bensalah, à la tête du Sénat algérien depuis près de dix-sept ans, souffrant d’une longue maladie, a été le « représentant personnel » de Bouteflika lors des forums internationaux à l’étranger. Il est aussi un des principaux fondateurs du Rassemblement national démocratique (RND), présidé par l’ex-Premier ministre Ahmed Ouyahia. Les manifestants, vendredi 5 avril, ont exigé son départ car il représente une figure marquante du règne de Bouteflika. Et du pouvoir. Car dans les années 1990, c’est lui qui présida le Conseil national de transition qui remplacera le parlement dissous début 1992. Au sein même du système, il ne ferait plus consensus à cause de son CV trop encombrant pour une transition que l’on veut présenter comme crédible. 

Mohamed « Toufik » Mediène

Mediène a été le patron des services secrets algériens durant vingt-cinq ans (capture d’écran)

L’ex-patron des services secrets algériens demeure un mystérieux personnage. Le général de corps d’armée à la retraite Mohamed Mediène, alias « général Toufik », 80 ans, qui a quitté le « service » en 2015, régna durant un quart de siècle sur l’État profond à travers sa création, le DRS, mastodonte sécuritaire qui englobait aussi bien le renseignement que la police politique. Jaloux de sa puissance, Bouteflika et son cercle n’ont eu de cesse d’effeuiller le DRS depuis 2013 jusqu’à sa dissolution en 2016. Mediène, disparu des radars, refait soudainement surface le 30 mars 2019 comme émissaire du frère du président, Saïd Bouteflika, auprès de l’ex-président Liamine Zeroual, pour lui proposer la présidence d’une instance de transition. Ce dernier refuse mais des observateurs assurent que le fantomatique général continue à militer pour une transition hors cadre légal, pour neutraliser la mainmise de son éternel rival, Ahmed Gaïd Salah.   

Noureddine Bedoui

Noureddine Bedoui, ex-ministre de l'Intérieur, est le dernier Premier ministre de Bouteflika (Reuters)

L’ex-ministre de l’Intérieur de Bouteflika a hérité d’un cadeau empoisonné : le gouvernement le plus impopulaire de l’après-indépendance algérienne. Ce jeune énarque de 59 ans (par rapport à l’âge des décideurs de plus de 75 ans) a eu toute les peines du monde à former son équipe, annoncée le 31 mars, alors que les manifestants refusaient toute reconduction des figures de l’ancien régime. « Ministre de la fraude électorale », selon l’opposition qui rappelle son rôle central dans l’organisation des élections en tant que ministre de l’Intérieur (de 2015 à mars 2019), Bedoui est aussi un proche d’un des deux frères du président déchu, Abderrahim Bouteflika, dit Nacer, secrétaire général du ministère de la Formation professionnelle qu’il côtoya quand il était en charge de ce secteur entre 2013 et 2015. Le 3 avril dernier, il a promis d’agréer plus de partis politiques et d’associations. Mais la rue reste intransigeante quant à l’exigence de son départ.   

Mustapha Bouchachi

Mustapha Bouchachi est populaire auprès d’une bonne partie des contestataires (AFP)

Orateur et défenseur des droits de l’homme depuis le milieu des années 1980 sous le règne du parti unique, l’avocat algérois de 65 ans s’impose comme l’un des porte-paroles de la contestation algérienne. Président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (2007-2012) et député du Front des forces socialistes (FFS) démissionnaire pour dénoncer le fonctionnement d’un parlement fantoche, Bouchachi a été plébiscité par les réseaux sociaux et par la rue pour porter la voix du mouvement populaire depuis le 22 février dernier. Il a décliné toute proposition visant à faire de lui le leader proclamé de la « révolution du sourire » mais son opinion non-partisane et son aura de défenseur des droits de l’homme le placent en pole position pour un éventuel poste dans une transition future moins contrôlée par les anciens du régime Bouteflika.    

Abderrezak Makri 

Abderrezak Makri ne cache pas ses ambitions présidentielles (AFP)

Ce médecin de 58 ans ne cache presque plus ses ambitions présidentielles. Comme Ali Benflis, il était candidat à la présidentielle annulée du 18 avril, avant de se retirer face à l’option d’un cinquième mandat imposé de Bouteflika. Leader du Mouvement pour la société de la paix (MSP), proche des Frères musulmans, et fin politicien, Makri a joué un rôle central fin 2018 en négociant directement avec Saïd, frère et conseiller du président Bouteflika, le report de la présidentielle en échange d’une place plus importante du MSP dans l’étape de la transition. Aujourd’hui, il se réclame comme l’opposant numéro un en rupture avec la politique d’entrisme de ses prédécesseurs : le MSP faisait partie de l’Alliance présidentielle jusqu’en 2012. Le nouveau « Ghannouchi » algérien veut s’imposer dans la transition et réclame une présidentielle ouverte et sans contrôle du régime.