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« Araignée » et « Nimrod » : les plans secrets saoudiens pour déstabiliser l’Iran

Mohammed ben Salmane et son équipe auraient préparé plusieurs opérations secrètes pour cibler l’Iran, son économie et son influence dans la région 
Le président américain, Donald Trump, et le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, pendant le sommet du G20 à Buenos Aires, en Argentine, le 30 novembre 2018 (Reuters)
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« Araignée » et « Nimrod ». Ce sont là les noms de code de deux plans saoudiens proposés à Washington pour cibler l’Iran, selon les informations publiées par le quotidien libanais Al Akhbar le 1er octobre. 

Les objectifs des plans ? « Réorienter l’instabilité vers l’intérieur de l’Iran et œuvrer à encourager un régime qui serve les intérêts de l’Arabe saoudite et des États-Unis »

Ces « SaudiLeaks » font partie de rapports secrets qui auraient été préparés par les conseillers du prince héritier Mohammed ben Salmane afin de « mener une guerre à plusieurs niveaux contre l’Iran », explique le journal libanais qui consacre plusieurs sections à ce dossier.

Les derniers documents révélés constituent des appendices à un rapport présenté à l’administration Trump intitulé « Initiatives d’une vision du royaume d’Arabie saoudite pour une coopération stratégique avec les États-unis ».

Mobiliser les moyens de la soft war

Les objectifs des plans « Araignée » et « Nimrod » ? « Au minium, réorienter l’instabilité vers l’intérieur de l’Iran. Au maximum, œuvrer à encourager un régime qui serve les intérêts de l’Arabe saoudite et des États-Unis », peut-on lire. 

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Le plan « Araignée » consisterait à mobiliser les moyens de la soft war pour déstabiliser le pouvoir iranien sur une durée ne dépassant pas trois ans. 

Les objectifs de ce plan se divisent en deux axes : envoyer un message fort aux Iraniens pour les informer qu’ils paieront le prix de leurs interventions dans la région (délais de l’opération : un an) et déstabiliser l’État iranien pour aboutir à un changement de régime. 

Deux « opérations » articulent ensuite le plan « Araignée », selon les documents révélés par Al Akhbar.

La première prévoit de provoquer des pressions économiques sur la population iranienne en affaiblissant l’économie locale, d’augmenter le taux d’inflation et celui du chômage, de saigner les dépenses publiques en obligeant les autorités à faire des dépenses excessives à l’intérieur comme à l’étranger… et surtout de prolonger dans le temps les sanctions contre l’Iran.            

La seconde, plus politique, prévoit de délégitimer le pouvoir en place, d’affaiblir le secteur public, d’affaiblir l’action gouvernementale et d’encourager un soulèvement à caractère socio-économique à travers des campagnes médiatiques, des sabotages d’infrastructures, ou en provoquant des discordes entre l’armée et le pouvoir…

Le plan  « Nimrod » : la guerre médiatique

Les documents saoudiens proposent également aux Américains de créer un « centre des opérations » fonctionnel 24 heures sur 24 pour évaluer les effets de ces différentes actions et étudier l’état de stabilité ou non du pouvoir iranien. 

Le rapport détaillant le plan « Araignée » se conclut par des « réalisations » saoudiennes, comme l’encouragement des dissidences baloutches et ahwazies

Le rapport détaillant le plan « Araignée » se conclut par des « réalisations » saoudiennes, notamment l’encouragement, selon les Saoudiens, des dissidences baloutches et ahwazies.

Le second plan, « Nimrod », du nom du roi biblique, organise des opérations médiatiques afin de « contrer la politique du régime iranien hostile et de poursuivre l’isolement de l’Iran », selon les termes du rapport secret saoudien. 

MBS, « le cerveau » du « terreau révolutionnaire »

Plusieurs supports médiatiques et électronique seraient mobilisés dans le cadre du plan « Nimrod ».

Le document secret évoque le site Iran Tag, financé par l’Arabie saoudite, qui traduit les contenus des médias iraniens en plusieurs langues.

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Aussi au programme : la création d’une agence d’information en persan et d’une chaîne de télévision en persan (puis en arabe et en turc).

Cette télévision aurait pour mission de cibler les 60 millions d’Iraniens installés à l’étranger et serait financée à hauteur de 70 millions de dollars par le royaume saoudien. 

Les Saoudiens proposent aussi de prendre en main le compte tweeter @iranianaffairs, présenté comme un compte « indépendant » bien qu’il fasse partie de cette stratégie anti-iranienne.      

Dans le même dossier publié par Al Akhbar, une commentatrice politique ironise sur le fait que Mohammed ben Salmane se présente dans ces documents secrets comme « le cerveau » préparant le « terreau révolutionnaire » pour que « Bolton puisse fêter sa victoire en Iran ».

« Comment peut-on croire que ce régime va changer la région quand on a entendu Donald Trump dire : ‘’L’Arabie saoudite ne possède que de l’argent, c’est pour cela qu’ils peuvent nous payer pour les défendre’’ ? », s’interroge l’éditorialiste libanaise.