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« Cette saignée ne peut plus continuer » : nouvelles attaques meurtrières au Mali

Un militaire français et deux soldats maliens tués samedi, 49 autres tués vendredi : le Mali, de plus en plus fréquemment ciblé par les groupes extrémistes armés, a de nouveau été le théâtre d’attaques meurtrières
Des soldats maliens participent aux célébrations marquant le 58e anniversaire de l’indépendance du Mali à Bamako (AFP)

Le groupe État islamique (EI) a revendiqué « l’attaque à la bombe » qui a tué samedi un militaire français dans le nord-est du Mali, région où 49 soldats maliens avaient été tués vendredi, attaque également revendiquée par l’EI.

Il s’agit d’une des attaques les plus meurtrières depuis l’invasion lancée à partir de 2012 au Mali par les islamistes armés.

« Les soldats du califat ont pris pour cible un convoi de véhicules des forces françaises près d’Indelimane, dans la région de Ménaka, en déclenchant un engin explosif », a écrit l’EI dans un communiqué signé « Province Afrique de l’Ouest », publié sur ses chaînes Telegram.

Le soldat français a été tué près de la frontière du Niger, au lendemain d’une attaque dans la même région contre une base malienne.

L’explosion de l’engin artisanal, qui a tué le soldat français Ronan Pointeau, est survenue à 20 km d’Indelimane pendant une mission de sécurisation prévue de longue date, mais n’a « aucun lien » avec l’attaque de vendredi dans cette localité, a affirmé à l’AFP le porte-parole de l’état-major français, le colonel Frederic Barbry.

Le militaire français a été tué, près de Ménaka, après « le déclenchement d’un engin explosif improvisé au passage de son véhicule blindé », selon la présidence française.

La ministre française des Armées, Florence Parly, doit se rendre « très prochainement » au Mali.

Le brigadier Ronan Pointeau, 24 ans, est mort après « le déclenchement d’un engin explosif improvisé au passage de son véhicule blindé », a annoncé la présidence française dans un communiqué (AFP)

« Dans un contexte sécuritaire dégradé, la mort du brigadier Ronan Pointeau nous montre que le combat contre les groupes terroristes qui sévissent au Sahel n’est pas terminé et notre détermination à le poursuivre est entière », a précisé la ministre de la Défense dans un communiqué.

Deux autres militaires de ce régiment avaient été tués le 21 février 2018 par l’explosion d’une mine artisanale au passage de leur véhicule entre les villes de Gao et Ménaka, dans la zone dite « des trois frontières ».

Auparavant, le groupe EI avait revendiqué samedi l’attaque de vendredi contre les soldats maliens. « Des soldats du califat ont attaqué une base militaire où sont stationnés des éléments de l’armée malienne apostate dans le village d’Indelimane, dans la région de Ménaka », a indiqué l’EI dans un communiqué signé « Province Afrique de l’Ouest », publié sur ses chaînes Telegram et qui rapporte « des affrontements avec différents types d’armes ».

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Les deux communiqués ont été publiés une semaine après la mort dimanche du chef de l’EI, Abou Bakr al-Baghdadi, tué lors d’un raid américain en Syrie.

L’attaque de vendredi à Indelimane, près de Ménaka, suscite des interrogations sur les capacités d’action de l’armée malienne dans cette région où se trouvent les frontières de plusieurs pays, notamment le Niger et le Burkina-Faso, touchés eux aussi par les attaques de groupes extrémistes armés.

Elle est survenue un mois après les attaques meurtrières, le 30 septembre à Boulkessy et le 1er octobre à Mondoro, dans le sud du pays, près du Burkina Faso. Quarante soldats avaient alors été tués dans ces deux attaques, selon un bilan d’un responsable du ministère de la Défense. Plusieurs sources estiment que ce bilan officiel de 40 morts a été sous-évalué.

« Voulez-vous qu’on se résigne à ce calvaire ? »

« Les terroristes ont mené une attaque surprise à l’heure du déjeuner. Des véhicules de l’armée ont été détruits, d’autres emportés », a déclaré samedi à l’AFP un officier de l’armée malienne.

Après cet assaut, une vingtaine de rescapés ont été retrouvés, a ajouté samedi l’armée malienne qui compte aussi « trois blessés et des dégâts matériels ».

La Mission de l’ONU au Mali (MINUSMA) a « condamné très fermement l’attaque terroriste » et affirme que « des opérations de sécurisation sont en cours dans la région avec l’appui de Casques bleus ».

« Cette saignée que le Mali vit ne peut plus continuer. Voulez-vous qu’on se résigne à ce calvaire ? », a déclaré samedi à Bamako l’imam Mahamoud Dicko, influente figure religieuse malienne.

« Si l’Afrique ne se mobilise pas pour le Mali et le Burkina, elle ne sera pas épargnée par le feu de brousse qui va vite gagner les pays côtiers de l’Afrique de l’Ouest, les prochaines cibles de choix »

- Alioune Tine, défenseur des droits de l’homme

De son côté, le Sénégalais Alioune Tine, défenseur des droits de l’homme, a appelé samedi à une mobilisation africaine. « Si l’Afrique ne se mobilise pas pour le Mali et le Burkina, elle ne sera pas épargnée par le feu de brousse qui va vite gagner les pays côtiers de l’Afrique de l’Ouest, les prochaines cibles de choix » des islamistes armés.

Le Premier ministre burkinabè, Christophe Joseph Marie Dabiré, s’est déclaré samedi « meurtri à la suite de cette barbarie inqualifiable ».

Voisin du Mali, le Burkina Faso est pris depuis près de cinq ans dans une spirale de violences attribuées à des mouvements extrémistes armés, certains affiliés à al-Qaïda et d’autres à l’EI.

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Depuis 2016, 204 militaires burkinabè sont « tombés pour la défense de la patrie » lors d’attaques qui ont fait au moins 630 morts civils et militaires selon un comptage de l’AFP.

Depuis début 2015, les attaques de groupes islamistes armés, de plus en plus fréquentes et meurtrières, en particulier dans le nord et l’est, ont occasionné près de 500 000 déplacés internes et réfugiés selon l’ONU.

Ces attaques au Sahel sont d’abord parties du nord du Mali, tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes liés à al-Qaïda, à la faveur de la déroute de l’armée face à la rébellion à dominante touareg, d’abord alliée à ces groupes, qui l’ont ensuite évincée.

Les extrémistes en ont été en grande partie chassés ou dispersés à la suite du lancement en janvier 2013, à l’initiative de la France, d’une intervention militaire, qui se poursuit toujours.

Cependant les violences ont non seulement persisté, mais se sont propagées du nord vers le centre du Mali, puis au Burkina Faso et au Niger voisins, se mêlant souvent à des conflits intercommunautaires ayant fait des centaines de morts.