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Des activistes arabes influents affirment que pour eux « Twitter et Facebook ne sont plus des endroits sûrs »

Dans une lettre ouverte, des activistes expliquent que les politiques des entreprises de réseaux sociaux ont eu des « conséquences réelles » pour des milliers d’utilisateurs arabes
Le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, rencontre le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, au siège du géant des technologies, dans la Silicon Valley, en 2016 (Reuters)

Un groupe de militants, artistes et universitaires arabes influents ont déclaré qu’ils ne considéraient plus Twitter ou Facebook comme des plateformes sûres, et ont appelé les entreprises de réseaux sociaux à faire davantage pour les protéger.

Dans une lettre ouverte publiée mardi, près de 40 signataires affirment que les politiques des entreprises – « ou leur absence » – ont eu « des conséquences réelles sur la vie de milliers de voix arabes ».

Les politiques des réseaux sociaux – ou leur absence – « ont conduit à l’arrestation, à la disparition forcée et parfois au meurtre extrajudiciaire de civils innocents dans le monde arabe »

- Lettre signée par des activistes, artistes et universitaires arabes

« Elles ont conduit à l’arrestation, à la disparition forcée et parfois au meurtre extrajudiciaire de civils innocents dans le monde arabe. L’exemple le plus célèbre : le journaliste saoudien Jamal Khashoggi », peut-on lire dans la lettre.

Cette dernière a été signée, entre autres, par Madawi al-Rasheed, professeur à la London School of Economics, par le réalisateur saoudien Safa al-Ahmad et par le défenseur égyptien des droits de l’homme Mohammed Soltan.

Les signataires ont annoncé leur intention de constituer des équipes de protection des utilisateurs de réseaux sociaux dans le monde arabe, de fournir un soutien juridique aux victimes de violations de données et une assistance technique pour la protection de la confidentialité en ligne.

La lettre intervient quelques semaines après que deux anciens employés de Twitter ont été poursuivis devant un tribunal fédéral de Californie pour espionnage au profit de l’Arabie saoudite et partage de données d’utilisateurs avec des responsables saoudiens.

Un des employés a accédé aux données de plus de 6 000 comptes en sept mois avant que Twitter le mette en congé administratif, selon une plainte déposée par le gouvernement américain en novembre.

Six mois après, le PDG de Twitter, Jack Dorsey, a rencontré le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane. Ils auraient discuté d’un investissement dans la technologie et de la manière dont les deux parties pourraient coopérer pour former des Saoudiens.

Hashtags et tendances manipulés à l’aide d’algorithmes

Des activistes saoudiens ont récemment déclaré à Middle East Eye qu’ils se demandaient s’ils faisaient partie des 6 000 utilisateurs pour lesquels les données avaient été consultées, mais qu’ils n’avaient pas été contactés par la société.

Ils ont également déclaré craindre que des informations, y compris des adresses IP, puissent avoir été utilisées pour cibler et arrêter des militants qui ont par la suite disparu.

Twitter a refusé de répondre aux questions spécifiques de MEE sur cette violation présumée.

Cependant, les signataires de la lettre de mardi ont déclaré qu’ils ne se concentraient pas uniquement sur Twitter, le prétendu espionnage saoudien ou la protection de la vie privée.

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Ils ont également fait part de leurs préoccupations concernant les autres moyens par lesquels leur discours aurait été compromis sur les plateformes de réseaux sociaux.

Les comptes de « véhéments détracteurs arabes de l’autoritarisme » ont été fermés ou suspendus. Les hashtags et les tendances ont été manipulés à l’aide d’algorithmes pour « faire taire les voix divergentes », soulignent-ils dans la lettre.

Ils se disent également préoccupés par les investissements des gouvernements autoritaires du Moyen-Orient dans les entreprises de réseaux sociaux, « ce qui les a confortés dans leur volonté de faire taire les voix dissidentes chez eux et à l’étranger ».

« Aujourd’hui, les utilisateurs de réseaux sociaux arabes ne font plus confiance aux entreprises de réseaux sociaux pour la protection de leurs données personnelles après avoir constaté une augmentation des investissements des régimes autoritaires », indique la lettre.

Le groupe appelle également les entreprises à « renforcer et remplir leurs obligations morales et juridiques » afin de protéger les données et la vie de leurs utilisateurs, et à réévaluer et renforcer leurs politiques.

Une porte-parole de Twitter a déclaré à MEE que la sécurité et la confidentialité des usagers sur la plateforme continuaient d’être une priorité absolue.

« Nous avons étendu nos politiques de sécurité, investi dans des technologies et des outils proactifs, renforcé la mise en application et amélioré la communication avec les utilisateurs de nos services », a-t-elle précisé.

Elle a ajouté que Twitter divulguait régulièrement des données relatives aux opérations soutenues par les États telles qu’identifiées sur le service et publiait un rapport deux fois par an détaillant les travaux entrepris par la société, notamment en matière de manipulation de la plateforme.

Cette semaine, a indiqué la porte-parole, Twitter a lancé un centre de protection de la vie privée afin de fournir des éclaircissements sur ce que faisait l’entreprise pour protéger les informations que les usagers partagent avec elle.

MEE a également contacté Facebook pour commenter la lettre, mais n’a pas reçu de réponse.

Traduit de l’anglais (original).