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En Tunisie, la faillite de Thomas Cook relance le débat sur le tout balnéaire

Cette année en Tunisie, Thomas Cook a organisé le séjour de 230 000 vacanciers, dont quasiment la moitié de Britanniques, soit environ 3,5 % de la totalité des touristes, et 5 % du marché européen
Des touristes britanniques, voyageant avec Thomas Cook, font la queue à l’aéroport international Enfidha le 23 septembre 2019, dans la banlieue de Sousse, au sud de Tunis. Le groupe britannique de voyages Thomas Cook s’est déclaré lundi en faillite, déclenchant le rapatriement le plus important du Royaume-Uni depuis la Seconde Guerre mondiale, afin de ramener des dizaines de milliers de passagers bloqués (AFP)
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La faillite du voyagiste Thomas Cook ne va pas faire sombrer le tourisme en Tunisie, estiment les acteurs de ce secteur crucial, mais elle rappelle avec acuité le besoin de proposer autre chose que des séjours balnéaires tout compris.

Le tour-opérateur était revenu en force dans le pays en 2018 après trois ans de passage à vide en raison des attentats de 2015 contre le musée du Bardo à Tunis et sur une plage de Sousse (centre).

Ces attaques, qui avaient coûté la vie à des dizaines de touristes, notamment britanniques, avaient mis à genoux un secteur représentant 8 à 14 % du PIB selon les estimations, et employant des dizaines de milliers de Tunisiens.

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Avec l’amélioration de la sécurité, la fréquentation a depuis connu un rebond, et devrait atteindre en 2019 les neuf millions de touristes, un record.

Au 10 septembre, le pays avait enregistré 6,6 millions d’entrées, soit une augmentation de 15 % sur un an, dont 2,1 millions d’Européens (+18,4 %).

La fin de Thomas Cook touche un secteur encore fragile, dont la dette dépassait en 2018 4,4 milliards de dinars (1,4 milliard d’euros), mais ne devrait pas l’ébranler.

« À l’échelle du pays, les recettes touristiques tunisiennes ont dépassé celles de 2010 [année de référence avant la révolution], les pertes engendrées ne vont pas affecter ces performances », a déclaré à l’AFP le président de la Fédération tunisienne de l’hôtellerie, Khaled Fakhfakh.

« Pendant trois ans, Thomas Cook avait quasiment quitté le pays, on a appris à rebondir »

- Un cadre d’une agence de voyage

La faillite touche de plein fouet une quarantaine d’hôtels, a-t-il ajouté, tout en estimant « ce sont des hôtels de qualité, je ne pense pas qu’il y ait de faillite ».

« C’est un client de longue date, cela va être difficile mais pas insurmontable », assure une cadre d’une agence de voyage, sous couvert d’anonymat. « Pendant trois ans, Thomas Cook avait quasiment quitté le pays, on a appris à rebondir. »

Cette année, Thomas Cook a organisé le séjour de 230 000 vacanciers, dont quasiment la moitié de Britanniques, selon le ministère tunisien du Tourisme.

Cela représente environ 3,5 % de la totalité des touristes, et 5 % du marché européen.

Un modèle en train de s’essouffler

Le voyagiste a fait faillite avant d’avoir réglé les factures pour la haute saison estivale, laissant plus de 60 millions d’euros d’impayés, selon les premières estimations de la Fédération tunisienne de l’hôtellerie.

La faillite laisse craindre, par ailleurs, un important manque à gagner pour ces hôtels, déjà fragilisés par l’écroulement de la fréquentation en 2015 et 2016.

En plus des 10 000 vacanciers en train d’être rapatriés au fur et à mesure que leur séjour s’achève, quelques dizaines de milliers de séjours prévus sur les trois derniers mois de l’année risquent d’être annulés.

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La principale agence tunisienne de services touristiques, qui transportait les clients de Thomas Cook, se retrouve elle aussi dans la tourmente. 

La faillite de ce géant du secteur a ravivé les appels à développer un tourisme plus divers, alors que les trois quarts des vacanciers européens arrivent toujours en Tunisie via les tour-opérateurs, selon la FTH.

« C’est un modèle qui est en train de s’essouffler », souligne Hédi Hamdi, expert du secteur. « Il faut une transition en douceur, avec une offre dynamique adaptée à la jeune génération ».

Acheter un vol sec, réserver des moyens de transport et des excursions en ligne, choisir à distance plusieurs hébergements pour un séjour sur mesure : il est encore difficile en Tunisie de répondre à la demande des touristes 2.0 qui ne veulent pas se retrouver parqués dans des séjours organisés.

Il est encore difficile en Tunisie de répondre à la demande des touristes 2.0 qui ne veulent pas se retrouver parqués dans des séjours organisés

Pour cela, les hôteliers réclament notamment la signature d’un accord d’open sky en préparation depuis plusieurs années avec l’Union européenne, qui autoriserait l’arrivée de compagnies low cost et réduirait la dépendance vis-à-vis des charters des voyagistes. 

« C’est un couteau à double tranchant », avertit M. Hamdi. « Cela pourrait se traduire par une nouvelle hégémonie de structures comme Expedia ou Booking.com qui ont aussi des exigences très fortes. »

par Caroline Nelly Perrot