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Irak : le Premier ministre annonce sa démission après l’une des plus meurtrières journées de contestation

Peu avant, le très influent grand ayatollah Ali Sistani avait appelé le Parlement irakien à retirer sa confiance au gouvernement à la suite des violences ayant fait 43 morts jeudi
Des Irakiens transportent le cercueil d’une personne tuée lors d’affrontements à Nadjaf jeudi (AFP)
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NADJAF, Irak

Au lendemain d’une des journées les plus violentes en deux mois de contestation contre le pouvoir à Bagdad et son parrain iranien, le calme régnait vendredi matin à Nadjaf, ainsi qu’à Nassiriya, où en quelques heures 25 manifestants, officiellement, étaient tombés sous les tirs intenses des forces de sécurité emmenées par un haut-gradé dépêché par Bagdad et rappelé dans le chaos.

À Nadjaf, visitée chaque année par des millions de pèlerins chiites, notamment venus d’Iran, sept cercueils ont été portés par la foule, alors que les médecins  ont fait état d’un bilan de 16 morts pour la seule journée de jeudi.

Avec les 43 morts de jeudi – et près d’un millier de blessés – et un décès ce vendredi, le bilan des deux mois de contestation a atteint les 400 morts en Irak, selon des chiffres compilés par l’AFP auprès de sources médicales et policières.

Mercredi en soirée, la violence a pris un tour nouveau à Nadjaf, alors que des hommes habillés en tenue traditionnelle ont tiré sur les manifestants, près du consulat d’Iran mais aussi de sièges de partis.

Les tirs ont résonné jusqu’aux premières heures du jour, avant que le calme ne revienne, ont rapporté des correspondants de l’AFP.

Des Irakiens transportent un manifestant -gouvernement blessé lors des affrontements avec les forces de sécurité à Nadjaf (AFP)
Des Irakiens portent un manifestant blessé lors des affrontements avec les forces de sécurité à Nadjaf (AFP)

À Nassiriya vendredi matin, les manifestants se sont regroupés de nouveau sur une place du centre-ville pour réclamer la « chute du régime » et le renouvellement complet d’une classe politique qu’ils accusent d’être corrompue et incompétente dans un des pays les plus riches en pétrole du monde où 20 % de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Jeudi, la ville a été le théâtre de « scènes de guerre », selon Amnesty International, alors que des médecins ont rapporté à l’AFP avoir mené des dizaines d’opérations chirurgicales lourdes dans des hôpitaux bondés où les blessés – qui se comptent par centaines – devaient attendre longtemps avant de pouvoir être pris en charge.

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Alors que Nassiriya redoutait l’envoi par Bagdad de renforts policiers et militaires dans la région, des combattants tribaux en armes coupaient l’autoroute venant de la capitale pour protéger les manifestants d’une répression encore plus grande. Ils n’étaient plus visibles vendredi, ont rapporté des témoins.

À Kerbala, le très influent grand ayatollah Ali Sistani a appelé le Parlement irakienà retirer sa confiance au gouvernement à la suite des violences de jeudi.

« Le Parlement dont a émergé le gouvernement actuel est appelé à revoir le choix qu’il a fait à ce sujet et à agir dans l’intérêt de l’Irak, pour préserver le sang de ses enfants et éviter que [le pays] ne glisse dans la violence, le chaos et la destruction », a déclaré, dans son sermon du vendredi,  cette figure tutélaire de la politique irakienne, qui soutient les revendications des manifestants mais n’avait jusqu’ici pas retiré sa confiance au gouvernement.

Quelques heures après, le Premier ministre irakien Adel Abdel-Mehdi a fait savoir qu’il allait présenter sa démission au Parlement, une annonce qui a été suivie par des explosions de joie des manifestants sur la place Tahrir de Bagdad, épicentre de la contestation.