Aller au contenu principal

Le sultan Qabus « a enfreint la loi omanaise » en accueillant Netanyahou

La rencontre de Mascate pourrait avoir enfreint la loi sur le boycott d’Israël que le Sultan Qabus a lui-même signée en 1972, ont déclaré des activistes BDS à MEE
Photo publiée par le palais royal d’Oman montrant le sultan Qabus d’Oman (à gauche) en compagnie du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, à Mascate, le 26 octobre (AFP)

En organisant une visite surprise de Benyamin Netanyahou à Mascate le mois dernier, le sultan Qabus ibn Saïd d’Oman pourrait avoir enfreint une loi interdisant les relations avec Israël qu’il a lui-même émise, ont indiqué à Middle East Eye des militants BDS présents dans le pays.  

La « loi sur le boycott d’Israël », qui interdit toute transaction commerciale ou fiscale ainsi que tout autre lien avec Israël, que ce soit directement ou via des canaux étrangers, a été promulguée par le sultan Qabus en 1972, deux ans après son accession au pouvoir à la suite d’un coup d’État mené par la Grande-Bretagne qui a entraîné l’éviction de son père Saïd en juillet 1970.

La loi a également interdit l’importation de tout produit ou toute marchandise contenant des composants fabriqués en Israël.

Les sanctions prévues en cas d’infraction à la loi comprennent une peine d’emprisonnement de trois à dix ans dont une période de travaux forcés et une amende éventuelle de 5 000 rials omanais (environ 11 440 euros).

« Depuis 1977, les documents officiels ont cessé de mentionner la loi sur le boycott d’Israël, sans l’infirmer ni la confirmer »

 Un activiste BDS omanais

La loi a donné lieu à la création du Bureau du boycott d’Israël en 1975 au sein du ministère du Commerce et de l’Industrie, chargé de déceler toute participation israélienne dans les transactions commerciales et fiscales. 

Si la responsabilité de la gestion du bureau a été transférée à la Direction générale des douanes en 1977, des activistes du mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) à Oman ont néanmoins déclaré à MEE que la loi n’avait pas été pleinement mise en œuvre depuis lors.

« Depuis 1977, les documents officiels ont cessé de mentionner la loi sur le boycott d’Israël, sans l’infirmer ni la confirmer », a déclaré à MEE un activiste omanais du BDS, sous couvert d’anonymat pour des raisons de sécurité.

« Cela s’est produit lorsque le pays a adopté une posture neutre en matière de politique étrangère, notamment en acceptant de normaliser ses relations avec l’entité sioniste [Israël]. »

Une des premières illustrations de cette politique a été le refus d’Oman de boycotter l’Égypte et de geler ses relations avec ce pays, comme l’ont fait de nombreux États arabes suite à la signature par le président égyptien Anouar al-Sadate de l’accord de paix de Camp David avec Israël en 1978.

« Pas de voie juridique claire »

En théorie, tout Omanais peut déposer une plainte auprès du bureau du procureur général contre quiconque enfreint la loi sur le boycott d’Israël. Néanmoins, selon des activistes, cette loi est pratiquement caduque.

« Il n’y a pas de voie juridique claire pour appliquer la loi. Mais le simple fait de discuter de ce sujet est risqué puisqu’il n’y a pas de liberté de parole politique », a déclaré un autre activiste qui a également souhaité rester anonyme.

BDS Oman a clôturé son compte Twitter la semaine dernière (capture d’écran)

Les activistes BDS à Oman ont lancé début 2018 une nouvelle campagne pour réclamer la fin de l’occupation illégale par Israël de terres arabes saisies lors de la guerre des Six Jours en 1967, le droit au retour des réfugiés palestiniens, le démantèlement de la barrière de séparation israélienne en Cisjordanie et la pleine égalité ainsi que la pleine citoyenneté pour les citoyens palestiniens d’Israël.

Mais les militants ont attiré l’attention des services de sécurité omanais. La semaine dernière, ils ont été contraints de fermer le compte Twitter de la campagne et d’en ouvrir un nouveau.

Plusieurs activistes de premier plan ont été arrêtés peu de temps avant la visite du Premier ministre israélien à Mascate pour des publications pro-palestiniennes écrites sur les réseaux sociaux. Ils ont été libérés après s’être dissociés de BDS Oman, a déclaré un activiste. 

« Notre mouvement est jusqu’à présent en ligne. Nous ne pouvons pas agir sur le terrain car en vertu du droit pénal, nous ne pouvons former aucun mouvement politique ou civil visant à défier les dirigeants du pays », a déclaré l’activiste à MEE.

« Nous sommes dégoûtés que ce criminel ait foulé le sol de notre chère patrie et nous sommes sincèrement désolés pour les Palestiniens »

 Un activiste BDS omanais

« En outre, il était impossible de manifester contre la visite de Netanyahou à Oman car cette même législation prévoit des poursuites si plus de dix personnes se réunissent en un même endroit. »

BDS Oman a adressé ses « plus sincères excuses » au peuple palestinien après la visite de Netanyahou, la première d’un dirigeant israélien depuis Shimon Peres en 1996, a indiqué l’activiste.

« Nous sommes dégoûtés que ce criminel ait foulé le sol de notre chère patrie et nous sommes sincèrement désolés pour les Palestiniens. L’entité sioniste ne sera jamais un État normal dans la région tant que ses agissements ne sont pas normaux », a-t-il ajouté.

La majorité des États arabes et du Golfe prévoient des lois criminalisant les relations avec Israël.

Le Liban fait notamment partie des pays où un citoyen peut déposer une plainte contre quiconque est soupçonné de traiter avec Israël. L’an dernier, le réalisateur libanais Ziad Doueiri a comparu devant un tribunal militaire après avoir tourné des scènes de son film L’Insulte en Israël.

À LIRE ► Oman est-il vraiment la seule anomalie paisible du Moyen-Orient ?

Cependant, certains pays continuent de débattre de nouvelles lois qui criminaliseraient la normalisation des relations avec Israël, comme la Tunisie, où le Parlement a refusé en février d’adopter le projet de loi pour la deuxième fois, malgré les pressions énormes exercées par des partis politiques et le mouvement BDS. 

En dépit des relations officielles chaleureuses qu’Israël a tenté de développer avec les États arabes du Golfe, le 2017-2018 Arab Opinion Index, sondage réalisé par le Doha Institute, a révélé que 90 % des Arabes considéraient Israël comme « une menace pour la sécurité et la stabilité de la région ».

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.