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Le tourisme 2.0 en Iran : déconstruire les clichés et les peurs

L’Iran fascine, intrigue, réveille curiosité et fantasmes. Culture millénaire, hospitalité légendaire, paysages incroyables, le pays a plus d’un atout. Pourtant, les voyageurs sont encore peu à partir à sa découverte. Pour les attirer, des Iraniens ont décidé de déconstruire peurs et clichés
Vue du village de Palangan, dans la province iranienne du Kurdistan, à environ 660 km au sud-ouest de Téhéran, le 11 mai 2011 (Reuters)

Révoltes, guerres, accord sur le nucléaire, sanctions économiques, tensions renouvelées avec les États-Unis, l’Iran fait souvent la une des pages internationales. Victime de son image, le pays voit son tourisme évoluer au fil des crises qui le secouent.

Selon les autorités iraniennes, le nombre de visiteurs a néanmoins augmenté de 52,5 % au cours de la dernière année perse (entre mars 2017 et mars 2018), atteignant environ 7,8 millions de touristes.

Depuis le retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire en mai 2018, la République islamique connaît l’une de ses pires crises financières. La dévaluation du rial iranien par rapport aux monnaies étrangères a toutefois joué en faveur du secteur touristique, faisant du pays une destination bon marché pour les visiteurs issus principalement des pays limitrophes mais aussi d’Occident.

Territoire immense aux multiples facettes, la destination a de quoi séduire. Mais préparer une escapade en République islamique entraîne chez les étrangers une multitude de questions et d’appréhensions.

Grâce au groupe Facebook See You in Iran, futurs touristes, anciens baroudeurs, Iraniens et expatriés peuvent communiquer librement, et échanger conseils et idées.

Une fenêtre sur Téhéran

Les contenus partagés par les internautes sur le groupe See You in Iran, qui compte plus de 140 000 membres, permettent de découvrir les différents visages du pays.

Chacun y va de sa question. « Est-ce risqué de voyager seule ? », « Le voile est-il obligatoire absolument partout ? » ou encore « Est-ce qu’un couple non marié peut dormir dans la même chambre d’hôtel ? ». Sous chaque post, une série de commentaires rédigés par d’autres voyageurs et des locaux qui veulent aider les touristes à partir à la découverte de l’ancienne Perse.

EN IMAGES : Les masques du marché de Minab en Iran
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Des questions mais aussi de véritables discussions autour de la sécurité, de la religion, des mœurs ou de la liberté.

C’est Navid Yousefian, un jeune Iranien, doctorant en sciences politiques, qui a lancé l’initiative en août 2015.

« Il vivait à l’étranger à ce moment-là. Dans sa vie de tous les jours, il entendait tellement d’idées reçues sur notre pays qu’il a décidé de créer une plateforme d’échanges culturels. Très vite, nous sommes plusieurs à l’avoir soutenu et le groupe a pris de plus en plus d’importance », explique à MEE Mina Jazayeri, porte-parole de See You in Iran.

Un an et demi après le lancement de la communauté en ligne, Navid, Mina et leurs comparses ont ouvert une auberge de jeunesse en plein cœur de Téhéran. 

« On voulait créer un espace où les gens pourraient se rencontrer en chair et en os, échanger leurs idées, découvrir notre culture. On organise des activités culturelles. Par exemple, on a mis en place tout un cycle de conférences et de rencontres autour de l’Afghanistan et la question des migrants afghans en Iran », continue Mina Jazayeri.

Carnet de voyage comme témoignage

Conscients de la mauvaise image du pays, les voyageurs qui ont découvert l’Iran s’évertuent à leur tour à attirer d’autres touristes. Ils sont nombreux à partager des photos et films magnifiques sur les réseaux sociaux.

À l’instar de Benjamin Martinie, un Français qui a réalisé une vidéo au titre provocateur : « Don’t go to Iran ». Le film de trois minutes a été visionné près de 2 millions de fois sur YouTube. Il y démonte les idées reçues une par une à coup de prises de vue extraordinaires.

Le pays demeure toutefois un territoire extrêmement complexe, que personne ne peut résumer à un bel album photos. Si c’est à chacun de se faire son avis, ces initiatives 2.0 aident néanmoins plus d’un voyageur à passer le cap et à partir à la rencontre des Iraniens et de leur patrimoine.