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Au cœur de la salle des opérations contre l’État islamique, dans le sud de la Syrie

Middle East Eye a obtenu un accès exclusif à la coalition rebelle, comprenant l’ASL, Ahrar al-Sham et le Front al-Nosra, qui mène le combat contre l’État islamique à Deraa
Combattants du Front du Sud de l’Armée syrienne libre suite à une réunion dans la salle des opérations de Deraa, en Syrie (MEE/capture d’écran)

Middle East Eye a obtenu un accès exclusif à la salle des opérations dans laquelle le combat contre les militants de l’État islamique est coordonné, à Deraa, dans le sud-ouest de la Syrie.

Cette salle des opérations conjointes rassemble toutes les factions d’une large coalition du Front du Sud et de l’Armée de la conquête, dont Ahrar al-Sham et le Front al-Nosra, la branche d’al-Qaïda en Syrie.

Un commandant du Front du Sud s’exprime devant les factions rassemblées : « C’est le Front du Sud qui mène ce combat et qui coordonne toutes les factions. Ceux qui sont ici uniquement pour combattre pour eux-mêmes et non pour notre cause juste peuvent partir maintenant. »

« Nous devons tous combattre ensemble comme un seul front. »

Suite à la cessation des hostilités avec les forces gouvernementales survenue à la fin du mois de février, les groupes affiliés à l’État islamique ont lancé le 21 mars une offensive majeure dans la province de Deraa et fait irruption dans les villes de Tasil, Saham al-Jawlan, Adwan, Tirah, al-Shaykh Saad et Jalin.

Les combattants ont organisé des exécutions publiques lors de la prise des villes, érigé le drapeau noir associé à l’État islamique et imposé l’idéologie stricte du groupe.

Le Front du Sud et l’Armée de la conquête se sont mobilisés en réponse et ont commencé à repousser les assaillants après plus d’une semaine de combats intenses. En avril, ils ont repris le contrôle de chacune des villes conquises et ont fini par repousser les militants dans le bassin du Yarmouk.

Aujourd’hui, des discussions sont en cours afin de coordonner les efforts pour combattre l’État islamique et leurs groupes affiliés dans la région.

Des militants locaux ont déclaré que les combats entre les factions belligérantes dans l’ouest de Deraa ont fait des dizaines de morts et de blessés parmi les civils, dont des femmes et des enfants. À l’issue de plus de deux mois d’affrontements, des zones résidentielles ont été endommagées par des tirs de missiles aléatoires et des tirs de mitrailleuses lourdes.

Après plusieurs années de combats intenses entre les forces gouvernementales syriennes et les groupes d’opposition, la cessation des hostilités négociée fin février a apporté un peu de répit aux habitants de Deraa, la situation étant passée de combats quasiment constants à un calme relatif ; celle-ci a également entraîné un changement pour l’Armée syrienne libre, qui luttait auparavant contre les troupes gouvernementales syriennes et combat désormais les milices de l’État islamique.

Pour les civils, la trêve prolongée, un silence qui n’est brisé que de temps en temps par les bombardements ou les frappes de bombes-barils, marque un soulagement bienvenu.

« Nous espérons que la trêve puisse durer en Syrie. Nous sommes fatigués de connaître la guerre, la mort et les destructions », a déclaré Abou Jassim, un homme de 43 ans qui vend des fruits et des légumes dans une charrette à Sida, dans l’est de la province de Deraa.

Selon le Daraa Martyrs Documentation Office (ODMD), une quarantaine de civils ont été tués au cours des trois mois de trêve à Deraa. Avant la trêve, il n’était pas inhabituel de voir deux fois plus de personnes tuées en un mois.

« Deux mois complets après que la trêve a été déclarée par les Nations unies le 27 février 2016, le nombre de victimes a chuté de façon spectaculaire. À Deraa, le nombre de victimes civiles était de seulement 29 personnes entre le 27 février et le 27 avril », a déclaré Abou Giyas Shara, de l’ODMD.

« L’absence d’avions et d’hélicoptères est probablement le principal facteur de la baisse du nombre de victimes. La plupart des personnes tuées au cours du cessez-le-feu ont été tuées par des tirs d’artillerie et des missiles, principalement dans la ville de Deraa. Si l’on compare la province de Deraa au reste de la Syrie, il y a moins de morts ici depuis que le cessez-le-feu a commencé car celui-ci fonctionne ici. La province de Deraa est en majeure partie calme », a-t-il indiqué à MEE.

Abou Jassim, le vendeur de fruits et de légumes, a acquiescé. « J’ai pu respirer de nouveau après que la trêve a été mise en vigueur. La vie a repris ici en dépit des conditions difficiles et les gens sont retournés dans les marchés et les magasins. »

Pourtant, malgré le cessez-le-feu, les combats entre la coalition rebelle et l’État islamique continuent de faire rage.

Parmi les personnes tuées au cours des affrontements récents figure un haut commandant du mouvement al-Muthanna allié à l’État islamique, Abou Omar Sawayq, tué dimanche 5 juin.

Selon des activistes civils vivant sur des terres contrôlées par l’État islamique dans la région de Yarmouk, « l’explosion dimanche dernier d’un engin explosif improvisé [EEI] dans la ville d’al-Shajarah, située dans la campagne à l’ouest de Deraa et sous le contrôle de Daech, a entraîné la mort du commandant de deuxième rang du mouvement al-Muthanna, Abou Omar, de son fils et d’un certain nombre d’autres membres du mouvement ».

Ces mêmes activistes ont affirmé qu’Abou Omar Sawayq était le principal responsable des assassinats qui ont eu lieu récemment dans la province de Deraa, dont le meurtre du cheikh Oussama al-Yateem, président de la Chambre de la Cour de justice de Deraa.

Les Martyrs de Yarmouk sont accusés d’avoir prêté allégeance à État islamique il y a plus d’un un an et demi. Ils contrôlent plusieurs villages de la région de Wadi al-Yarmouk, dans la campagne à l’ouest de Deraa.

Ces villages de la vallée du Yarmouk – al-Shajarah, Nafaah, Ain Thakar, Jamlah, Koayiah, Baiyt Irah, Marbah, Aabdyn et Quseir – sont situés dans une zone stratégique importante à la frontière avec le Golan, occupé par Israël, et la Jordanie.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.