Aller au contenu principal

Des personnalités de l’opposition qatarie sur le point d'annoncer un « gouvernement en exil »

Plusieurs dissidents de la famille dirigeante al-Thani doivent lancer une initiative, selon une source proche de l’opposition
Les forces spéciales de la Marine sur les côtes de Doha, la capitale du Qatar (AFP)
Par

Des exilés qataris, certains ayant des intérêts financiers en Arabie saoudite, doivent annoncer la formation d’un gouvernement qatari en exil pour prôner un changement de régime à Doha, confie une source informée au sujet de cette déclaration à Middle East Eye.

Cette source, qui a souhaité rester anonyme, précise qu’un certain nombre d’exilés qataris, connus pour être des opposants à l’émir dirigeant, Tamim ben Hamad-Thani, se préparent à annoncer l’instauration d’un gouvernement d’opposition, et cette annonce pourrait tomber samedi.  

Depuis le mois de juin – les États arabes voisins avaient rompu leurs relations diplomatiques et imposé un blocus – le Qatar se retrouve isolé.

Un certain nombre d’événements se sont tenus depuis lors, dans lesquels figuraient des dissidents qataris appelant au changement de gouvernement dans le pays, la création d’une monarchie constitutionnelle, et la fin de ce qu’ils appellent le « financement du terrorisme » par le Qatar.

« J’ai appris de la crise du Golfe que le calme précède la tempête, et la semaine prochaine verra une décision historique pour la crise »

- Sultan ben Suhaim al-Thani

Le sultan ben Suhaim al-Thani, membre de la tribu dirigeante des al-Thani, qui a auparavant condamné l’« accueil » réservé aux organisations terroristes par le Qatar, a annoncé sur Twitter le 4 octobre qu’« une décision historique » serait prise la semaine suivante.

« J’ai appris de la crise du Golfe que le calme précède la tempête, et la semaine prochaine verra une décision historique pour la crise », a-t-il écrit. « Souvenez-vous bien de ce tweet ».  

Il a également tweeté un hashtag faisant référence au « Mouvement du 13 octobre au Qatar ».

Selon MEE, le prince est une des deux personnalités à la tête de cette nouvelle initiative, l’autre étant Abdallah ben Ali al-Thani, un autre dissident de la famille royale qatarie qui s’est montré publiquement très critique envers l’actuelle administration.

Le roi Salmane avec Abdallah ben Ali al-Thani à Riyad (SPA)

Abdallah est le frère du cheikh Ahmed ben Ali al-Thani, qui a dirigé le Qatar jusqu’à 1972, date à laquelle il fut renversé par le grand-père de l’actuel émir Tamim.

Parmi les autres personnalités probablement impliquées dans le nouveau projet : Fawaz al-Attiya, un ancien porte-parole qui accusa l’ex-Premier ministre qatari Hamad ben Jassim al-Thani de l’avoir emprisonné et torturé en 2016, et l’homme d’affaires Khaled al-Hail qui a organisé la Conférence internationale sur la sécurité et la stabilité au Qatar en septembre.

Cette conférence a rassemblé un certain nombre de commentateurs des médias et de la politique pour discuter de l’avenir du Qatar à la lumière de la crise du Golfe.

Elle a également soulevé la possibilité d’établir une monarchie constitutionnelle au Qatar, où les partis politiques sont actuellement interdits et où l’émir est tout-puissant.

Le sultan ben Suhaim al-Thani, huitième enfant du Premier ministre qatari des Affaires étrangères, le cheikh Suhaim ben Hamad, est basé à Paris et est connu pour avoir des intérêts financiers en Arabie saoudite.

En janvier 2016, il a été annoncé que la compagnie royale SST Holding devait construire un projet de 8,8 milliards de dollars (7,4 milliards d’euros) à Riyad, comprenant un centre commercial, des mosquées et des hôtels.

Dans une déclaration le mois dernier, le sultan a exprimé sa tristesse de voir que le Qatar était devenu « associé au terrorisme ».

« À cause de la politique du gouvernement qui a permis à des personnes haineuses et amères de s’enraciner au Qatar et de répandre leur poison partout, nous avons atteint l’abîme », s’est-il désolé dans une déclaration qui a beaucoup circulé dans les médias saoudiens et émiratis.

« Notre objectif aujourd’hui est d’être unis pour purger notre pays de ces étrangers et de continuer nos efforts de développement pour apporter de la fierté à notre pays, pour gagner un rôle et un caractère plus humanitaire et plus civique. Nous avons besoin d’être unis pour protéger le Qatar des organisations terroristes. »

La probabilité que les pays ayant imposé le blocus – l’Égypte, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et Bahreïn – reconnaissent un gouvernement en exil dirigé par Abdallah al-Thani a été évoquée pour la première fois en août.

Toutefois, il n’y a eu jusqu’à maintenant aucune reconnaissance officielle des personnalités de l’opposition par un de ces États.

MEE a contacté le porte-parole de Khaled al-Hail, le sultan ben Suhaim al-Thani et Abdallah ben Ali al-Thani pour un commentaire mais aucun n’a répondu.

Selon Andreas Krieg, chercheur associé au King’s College de Londres, proche de la famille dirigeante au Qatar, cette tentative de créer un gouvernement en exil a très peu d’importance.

« Ces deux personnes n’ont jamais été dans le radar d’un quelconque cercle du pouvoir au Qatar, ils n’ont jamais fait partie du cercle restreint de la famille al-Thani », explique-t-il à MEE.

D’après lui, ils ont plus vraisemblablement été motivés par leurs intérêts financiers en Arabie saoudite que par une préoccupation particulière concernant une réforme politique au Qatar.

« Aucun fondement ne permet de penser qu’il y aura un gouvernement en exil – mais ce serait un joli coup de relations publiques. »

Traduit de l'anglais (original).