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À Istanbul, les festivités du Nouvel an place Taksim interdites pour « raison de sécurité »

L’état d’urgence instauré en Turquie après le coup d’État raté du 15 juillet 2016 permet au gouvernement d’interdire les rassemblements en tous genres
Un policier turc en faction à l'extérieur d'un restaurant sur l'avenue Istiklal, au centre d'Istanbul, le 1er janvier 2016 (AFP)

ISTANBUL, Turquie – Sur une des places les plus emblématiques d’Istanbul, la plus grande ville de Turquie, les festivités du Nouvel an ne seront pas autorisées, a annoncé mercredi le chef de la police en évoquant de possibles problèmes de sécurité.

Ismail Kılıç, chef de la police du district de Beyoğlu, où se trouve la place Taksim, a prévenu qu’aucune fête ne serait autorisée sur la place et que les mesures de sécurité seraient à leur niveau le plus élevé, ont aussi rapporté des médias locaux.

« Il n’y aura pas de fête pour que le public puisse passer la nouvelle année dans le calme. Les rassemblements ne seront pas autorisés », a déclaré Ismail Kılıç lors d’une rencontre spécialement consacrée au sujet.

« Nous allons doubler les mesures de sécurité car nous avons remarqué l’an dernier que l’attaquant de [la discothèque] Reina avait filmé Taksim avant de choisir une autre cible en raison des mesures de sécurité mises en place », a-t-il encore expliqué.

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La discothèque chic Reina avait été attaquée aux premières heures du 1er janvier 2017 par un membre présumé du groupe État islamique, Abdukadir Masharipov. Parmi les personnes qui faisaient la fête, 39 ont été tuées par Masharipov qui était entré dans la boite de nuit et avec ouvert le feu avec un fusil d’assaut.

Masharipov et 56 autres personnes suspectées d’être impliquées dans l’attaque font actuellement l’objet d’un procès à Istanbul. Le tribunal a ordonné samedi la remise en liberté sous contrôle judiciaire de sept des 51 accusés qui comparaissaient incarcérés, et le maintien en détention provisoire des 44 restants, a rapporté l'agence de presse étatique Anadolu.

La discothèque Reina se trouvait à Ortakoy, près du district de Beşiktaş à Istanbul. Cette attaque a été la plus importante en Turquie après une année difficile au cours de laquelle 385 personnes ont été tuées au cours de 24 attaques terroristes majeures. La discothèque Reina a été partiellement démolie en mai sur ordre de la municipalité d'Istanbul pour infraction aux règles d'urbanisme, sans jamais avoir rouvert ses portes.

Capture d’écran d'une vidéo montrant Abdukadir Masharipov, l’attaquant présumé de la boîte de nuit sur la place Taksim (AFP)

Sans préciser si ces mesures de sécurité obéissaient à des rapports faisant état de menace, Ismail Kılıç a ajouté que les entrées menant à la place Taksim et à l’avenue Istiklal seraient contrôlées.

Ces deux dernières années, la Turquie a resserré les contrôles le long de sa frontière avec la Syrie et a même construit un mur équipé de système de surveillance haute technologie pour arrêter les entrées illégales sur le territoire.

Selon certains rapports, de nombreux combattants de l’EI turcs mais aussi étrangers cherchent à entrer en Turquie alors que les bastions de l’organisation en Syrie tombent un à un.

Des policiers turcs assistent aux funérailles de l’officier des forces spéciales de la police Meriç Alemdar, tué au cours du coup d’État manqué du 15 juillet, à la mosquée Kocatepe, à Ankara le 21 juillet 2016 (AFP)

Le Soufan Center, une ONG basée aux États-Unis qui mènent des recherches sur les questions de sécurité internationale a estimé dans un rapport publié en octobre qu’environ 1 500 Turcs avaient rejoint les rangs des combattants de l’EI et que parmi eux, 900 étaient déjà revenus en Turquie.

La Turquie vit sous état d’urgence depuis le 21 juillet 2016. L’état d’urgence a été déclaré à la suite d’un coup d’État raté le 15 juillet 2016 et depuis, est prolongé pour des périodes de trois mois.

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Les pouvoirs de l’état d’urgence permettent au gouvernement d’interdire les rassemblements de toutes sortes, y compris les manifestations pacifiques garanties par la Constitution.

Les années précédentes, la place Taksim pendant le réveillon accueillait des concerts gratuits et de grands feux d’artifices. Mais ces dernières années, les fêtes publiques ont commencé à s’organiser dans le quartier de Nişantaşı, un quartier chic d’Istanbul. Ce changement est en partie lié à l’augmentation des incidents de type comme des formes de harcèlement sexuel et autres.

Les fêtes du Nouvel an à Taksim avaient aussi été suspendues par le passé, tout comme les fêtes dans le pays, pour diverses raisons, notamment les attaques du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui ont coûté la vie à des soldats turcs.

Des franges plus libérales de la société considèrent toutefois que ces annonces telles que l’interdiction des festivités publiques à Taksim cette année entrent dans le cadre d’un désir plus large de la part du gouvernement islamiste de cibler les quartiers réputés pour abriter des divertissements de type occidentaux.

Traduction : « Les fêtes du Nouvel an ont été interdites à Taksim. Ne pensez-vous pas que la raison est claire ? Nous sommes rapidement éloignés des divertissements, de la joie. Je ne serais pas surprise, que dans un futur proche, ils interdisent aussi le Nouvel an en disant : « Nous ne faisons pas la fête pour des raisons de sécurité »

Traduit de l'anglais (original).