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Le petit-fils de Saddam Hussein : « Seule la Turquie peut entrer dans Mossoul »

Mesut Torun rejette toute allégation de liens entre l’EI et le parti Baas et prétend que la bataille de Mossoul est « une guerre de libération » contre l’Iran et les États-Unis
Voici ce que prétend Mesut Torun au sujet de la bataille de Mossoul contre le gouvernement irakien : « C’est une guerre de libération, une lutte pour l’indépendance. Nous luttons contre l’Iran, les États-Unis et plus de soixante autres pays » (MEE)
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ISTANBUL, Turquie - Mesut Torun, petit-fils de l’ancien dirigeant irakien, Saddam Hussein, est né et a été élevé en Turquie. Cet homme de 33 ans roule toujours pour le drapeau du parti Baas, maintenant interdit, et en faveur de son combat, qu’il appelle la « libération » de l’Irak de l’emprise de l’Iran et des États-Unis.

D’après Torun, les forces gouvernementales irakiennes qui se battent pour reprendre Mossoul aux combattants de l’État islamique (EI) commettent « un génocide » contre la population et veulent écraser la résistance baasiste ainsi que d’autres forces sunnites dans la ville.

Les militants du parti luttent contre le groupe État islamique, mais aussi contre l’Iran, les États-Unis et les milices chiites opérant en Irak, certifie le petit-fils du dirigeant, qui affirme que pour garantir la protection de sa population sunnite, seule la Turquie devrait entrer dans la ville.

« C’est une guerre de libération, une lutte pour l’indépendance. Nous luttons contre l'Iran, les États-Unis et plus de soixante autres pays »

« C’est une guerre de libération, une lutte pour l’indépendance. Nous luttons contre l’Iran, les États-Unis et plus de soixante autres pays. Si seulement la milice iranienne se retirait de notre territoire, nous serions capables de reprendre Bagdad en 48 heures », affirme Torun à Middle East Eye.

Torun, basé désormais en Turquie, indique que le parti Baas et son chef Izzet Ibrahim al-Duri ont exprimé leur soutien en faveur du gouvernement turc. Des membres de sa propre famille sont même descendus dans les rues à Istanbul pendant la tentative de coup d’État du 15 juillet contre le président Recep Tayyip Erdoğan. 

Torun dément tout coopération du parti Baas avec l’EI, réputé avoir recruté beaucoup d’anciens partisans de la formation politique. Selon plusieurs rapports, des officiers supérieurs du parti et des agents du renseignement ont contribué à la prise d’importantes régions du territoire irakien en 2014.

Un des derniers survivants

Torun prétend qu’États-Unis et Iran contrôlent l’EI et que le pouvoir du groupe a été grandement exagéré par les forces internationales. En déclarant que plus de 70 groupes en Irak luttent contre les forces gouvernementales, Torun affirme que la principale force n’est pas l’EI, mais les militants Baas. « Les Unités de Kerame, la Brigade de libération et de paix et l’armée Naqshbandi luttent à Mossoul aux côtés du Haut commandement du djihad et de la libération . Tous ces groupes relèvent de l’autorité de notre chef Izzet Ibrahim al-Duri. Les tribus sunnites ont aussi été impliquées dans cette guerre en 2012. Ces tribus obéissent aussi à notre chef.

« Évidemment, il existe aussi de petits groupes sunnites non affiliés au parti Baas. Le Parti Baath et les tribus sunnites à Mossoul luttent [contre le gouvernement et les forces étrangères], pas l'EI. C'est une lutte pour l’indépendance contre plus de soixante pays. »

Torun prétend que l’EI se trouve en « état de panique » à Mossoul et que leparti Baas, sous la bannière de l’armée Naqshbandi, a, ces derniers jours, lancé des attaques contre le groupe à l’intérieur de Mossoul. La formation fait partie d’une coalition de forces de résistance sunnites qui cherchent à éliminer l’EI et mettre fin à « l'occupation » iranienne de l’Irak, précise-t-il.

« Depuis l'invasion de 2003, nous avons offert 160 000 martyrs. Officiers supérieurs, enseignants et ingénieurs, pour la plupart. Le parti Baas n’est pas seulement une structure cherchant à prendre le pouvoir en Irak. Notre chef al-Duri n’ambitionne pas de devenir Premier ministre. C'est une guerre de libération, une lutte pour l’indépendance ».

Pour résumer les exigences du parti Baath pour trouver une solution à la crise en Irak, il faut, selon Torun Mesut, commencer « par la fin de l’occupation du pays par l’Iran, un nouveau gouvernement de transition, et le lancement du travail constitutionnel ainsi que l’arrêt de l’exclusion de sunnites ».

Cette photo d’archive datée du 20 mai 2001 montre deux des fils du président irakien, Saddam Hussein : Uday (à droite) et Qusay, à Bagdad, quelques jours après la réélection de Saddam à la tête du parti Baath, qui lui permit de renforcer son emprise sur l

Fils d’Uday Hussein

Sevim, la mère de Torun, décédée en 2010, était turque. Elle s’était rendue en Irak pendant l’ère Saddam et a été mariée à son fils aîné, Uday, qui l’avait rencontrée lorsqu’elle participait à un concours de beauté à Bagdad en 1982. Cependant, ses relations avec le fils, notoirement violent, du leader irakien se sont rapidement détériorées et, quand Sevim s’est rendue compte qu’elle était enceinte, elle est retournée en Turquie, à l’insu d’Uday. C’est ensuite que Torun est né.

Ce dernier est l’un des quelques survivants de la famille de Saddam Hussein après la mort d’un grand nombre d’entre eux, dont le père Uday, suite à l’invasion américaine de l’Irak en 2003. Il a des contacts avec le parti Baas, réputé toujours actif en Irak et partage sa vision de la situation du pays.

La puissance de l’EI est « exagérée »

Selon Torun – qui prétend que l’EI est une création des États-Unis et de l’Iran – la puissance de l’organisation est délibérément exagérée, et cela fait partie d’une stratégie visant à saper la légitimité de la « résistance irakienne ».

« L’EI est une organisation terroriste, nous ne dépendons pas d’eux. Par le passé, l’armée Naqshbandi a organisé de grosses opérations contre l’EI à Mossoul. Par conséquent, nous savons que l’organisation panique. Nous luttons donc à l'intérieur de Mossoul contre l’EI, et à l’extérieur contre Iran, États-Unis et milices chiites. Je sais que c’est difficile à croire mais le parti Baas ne veut pas se mettre en avant. Cela fait partie de notre stratégie. Nous [le parti Baas] n’ignorons pas l’existence de I’EI dans le pays mais il ne constitue pas la force principale dans ce conflit ».

Selon Torun, l’EI n’a pas les moyens de rester en Irak. « Ceux qui sont enracinés ici, ce sont les gens de la région, les forces locales et les tribus. Ce sont eux les véritables propriétaires du pays », pas l’EI.

« Génocide »

Torun qualifie aussi de « génocide » les conditions de l’offensive soutenue par les États-Unis pour reprendre Mossoul et critique la communauté internationale pour son silence.

« Les civils sont visés par des bombardements massifs. Il est très triste que la communauté internationale n’ait pas réagi à cette situation. C’est un génocide. Les populations sont assiégées et se battent la faim au ventre, sans soutien médical. Malgré tout, nos troupes opposent une résistance extraordinaire ».

Torun soutient que Mossoul est la forteresse de l’insurrection sunnite. « Si Mossoul est reprise par les forces gouvernementales, la sécurité de la Turquie sera en danger. Nous savons que les milices chiites iraniennes ont déjà menacé la Turquie. Mais nous savons aussi que ces mêmes milices veulent aussi aller en Syrie soutenir le régime d’Assad. Si Mossoul est perdue, ce sera une perte pour tous les sunnites. »

Seule la Turquie peut entrer dans Mossoul

Pour le petit-fils de Saddam Hussein, la Turquie sera forcée d’abandonner sa base de Bashiqa en Irak du Nord, suite aux pressions de l’Iran, qui n’a de cesse de voir la Turquie chassée d’Irak.

Cependant les forces de « résistance » à Mossoul ont souhaité que seule la Turquie envoie ses forces pour prendre la ville, indique Torun. « L’Iran veut que la Turquie soit écartée du jeu en Irak. Nous sommes la résistance irakienne et nous disons que seule la Turquie est en mesure d’entrer dans Mossoul. Aucune autre force ne peut y pénétrer. Ce n’est pas la première fois que nous demandons à la Turquie de résoudre les problèmes de la région. Il y a quelques temps, notre chef, al-Duri, a félicité le gouvernement turc après l’élection [de 2015]. Il a conclu sa déclaration en appelant le président Erdoğan ‘’votre frère Ibrahim’’. Aux côtés du gouvernement, nous défendons les intérêts de la région et de la Turquie ».

Torun soutient aussi : « Le drapeau turc est le seul drapeau de l’islam à n’avoir pas connu la défaite. C’est le drapeau de l’empire ottoman, c’est donc notre drapeau à tous. C'est là ce que croit le parti Baas ».

Photo non datée du président irakien Saddam Hussein (assis) et de sa famille à Bagdad. Ses fils Uday (au centre) et Qussay (à l’extrême droite), la femme de Qussay, Lama (2e à droite) et la femme de Hussein, Sajida (assise) (AFP)

L’héritier de Saddam ?

Torun dément aspirer à reprendre la direction du parti Baas bien qu’il soit l’héritier de Saddam Hussein en Irak. Il a précisé que ceux dans le parti qui l’ont pensé « ne devraient pas se faire d’illusions. Je n’ai aucune ambition personnelle. Je dépends de notre chef al-Duri. »

« Je ne veux pas me mettre en avant. Nous avons un parti et une armée. Notre parti a des dirigeants. Certains sont devenus des martyrs pendant cette lutte et ont payé le prix fort. Je suis le petit-fils de Saddam Hussein et mon rôle est de soutenir notre parti. Mon seul but c’est d’être soldat au service de Sheikh Izzet Ibrahim al-Duri, notre chef. Quand on dit que j’ai des droits sur l’héritage de mon grand-père, c’est faux. Je n’ai qu’un droit : remercier le peuple d’Irak ».

Torun, appelé aussi Mesut Uday Saddam Hussein, explique que porter le nom de famille de son grand-père revêt pour lui une importance spirituelle.

Il défend d’ailleurs le bilan de son aïeul, qui selon lui, fut pendant de nombreuses années le rempart contre l’expansion de l’Iran dans la région. « Nous croyons que les États-Unis veulent faire un seul pays de l’Irak et l’Iran et favoriser ainsi l’expansion chiite au Moyen-Orient. Mon grand-père Saddam Hussein fut la soupape de sûreté des États du Golfe et de la société arabe, empêchant ainsi la formation de la tenaille chiite actuelle. Après la disparition de cette soupape de sûreté, on s’est tous retrouvés à proximité de milices iraniennes et confessionnelles ».

Torun concède que la politique de l’administration Trump en Irak manque de clarté, et estime que la nouvelle administration « devrait développer des solutions réalistes ».

Des alliances en direction des militants turcs

S’il reste discret, Torun a travaillé avec les associations islamistes radicales connues en Turquie pour leur intimité avec le parti Baas irakien et a fait plusieurs déclarations à la presse devant les consulats iraniens et américains. Il a confié qu’il recevait de temps en temps des menaces de mort de la part des nationalistes kurdes et des milices chiites.

En mars 2015, un attentat à la bombe a ciblé le bureau du magazine Adimlar à Istanbul, où Torun fait partie des chefs de l’équipe de rédaction. Ce magazine est réputé entretenir des liens avec le Great Eastern Islamic Raiders' Front (İBDA-C), groupe salafiste militant qui s’oppose à la sécularisation de la Turquie, et a revendiqué par le passé des attentats de faible envergure dans le pays.

Le magazine a exprimé son soutien en faveur de l’EI, le parti Baath irakien et la population sunnite en Irak. Les auteurs présumés de l’attentat qui a tué une personne et blessé trois autres n’ont pas été retrouvés.

Traduit de l’anglais (original) par [email protected].